Photographe à Keystone, Pierre Rousseau, qui a connu les heures des compressions de personnel, a fondé en 1998, Cit'images, une agence d'illustrations de photos pour les collectivités locales. Lorsqu'en 2006, trois photographes d'Enguerand se retrouvent libres, il les engagent pour former un nouveau rameau, Cit'images, à sa société. Les nouveaux domaines couverts sont: théâtre, opéra, art lyrique et jazz.
Comme leurs confrères, les journalistes de Cit'images se rendent aux filages ou aux générales de presse -organisées pour la profession-. Mais ils choisissent également de s'intéresser aux petites pièces "dont on risque de parler, en raison notament de la notoriété du metteur en scène". Un choix qui s'est avéré payant pour "Le Fil à la patte" mis en scène par Alain Sachs au Théâtre de Paris. Les images mises en boîte ont en effet été vendues sept à huit fois.
"Parfois on vend ces pièces, parfois elles nous restent sur les bras, explique Pierre Rousseau. Afin d'établir une sélection, Cit'images fonctionne avec une conférence de presse plus ou moins bi-hebdomadaire, parfois au pied levé. L'équipe accepte bien sûr des commandes de journaux, fait des pièces qui passent quelques jours à Paris avant de continuer une tournée". Pour M.Rousseau, leur marque de fabrique est "on va plus loin que les autres".
Outre l'équipe parisienne, -cinq personnes et demie en comptant les deux agences-, Cit'images dispose de plusieurs correspondants spécialisés en province: dont deux à Marseille et 2 à Nice, qui couvrent également la danse.
Le métier a de réelles spécificités "les salles sont souvent mal éclairées. Il y a toutes sortes de lumière, les éclairagistes se font plaisir. Le photographe doit très bien connaître, la couleur, la lumière. D'autres fois, au contraire, il n'y a pas de lumière. Et puis, les constrastes sont très fort, il peut y avoir 8.000 joules au jardin et 100 au balcon". Ce n'est pas un job pour photographe débutant.

Le béotien que je suis demande si les mêmes photos ne se retrouvent partout? "Pour les grands spectacles, trois à cinq photos tournent dans les canards", reconnaît Pierre Rousseau.
Le directeur de Cit'images aime le théâtre "Je vais au théâtre de temps en temps. Je trouve désolant qu'on n'en parle pas assez dans les journeaux et autres médias. Le Roi Lear au Théâtre des Amandiers de Nanterre c'était un grand moment". Pour lui, le photographe qui prend de 300 à 500 photos durant un spectacle est un critique comme un autre. "Il sait quand il sort si la pièce est bonne ou pas".
Comme un leitmotiv, il revient souvent sur la qualité. "On est à 95% de la qualité maximun requise. On peut dire qu'on est bon". Il dit aimer la concurrence, les pièces où un gars de son agence se retrouve avec une vingtaine d'autres.
Un problème inhérent au métier ce sont les exclusivités. "Certaines stars comme Alain Delon, Isabelle Adjani ne veulent travailler qu'avec telle agence ou ne faire que des portraits"? "Tout comme Bernard Murat, un metteur en scène très en vue, qui ne veut qu' intel". Résultat de ces exigences, " Il y a dix pièces par an où on ne met jamais les pieds, et deux ou troix exclusivités que l'on accepte".
Au fait combien cela coûte? "Le moins cher c'est Libé, qui paie 56 euros pour une photo d'un quart de page. Des gratuits comme Direct soir offrent 50% de plus. Selon le tirage de la publication et la taille de la photo, cela peut monter jusqu'à 500 euros, c'est le cas des hebdomadaires de télévision".
Une partie du mode de ventes des photos est régit par un code non écrit, celui des liens d'habitude et d'amitié. "Il y a des clubs, la bande à Libé, des gens se connaissent depuis plus de 20 ans", raconte Pierre Rousseau, précisant "on a certaines accointances avec certains journaux ou magazines. Avec Match au contraire on ne fait rien sans que l'on sache pourquoi".
Les ventes se font désormais par la banque de données du site internet de Cit'images ou sur Pix.Palace, où se retrouvzent de nombreuses agences. Les journaux peuvent télécharger le nombre de photos qu'ils désirent. Elles ne sont payées qu'à la parution. Les dérives existent: "Il y a un journal qui téléchargent mais n'utilise jamais les photos. Un autre titre vient voir si on a bien travaillé".
En dehors de la presse, les acheteurs des photos de spectacles vivants ne sont pas très nombreux: "il y a des mairies qui ont une grosse activité théâtrale, des conseils généraux qui font des plaquettes et certaines compagnies de danse ou de théâtre qui achètent pour leurs dossiers, leurs affiches".
Encore jeune sur la scène, Cit'enscène se félicite d'avoir déja eu des parutions dans le Financial Times, le New York Times, surtout pour des festivals même si cela ne représente qu'une petite partie du marché. Actuellement, leurs archives contiennent 40.000 photos sélectionnées (pour un spectacle un photographe garde en principe 20 à 30 photos de celles qu'il a prises).
Au final, Pierre Rousseau affirme: "dans ce métier, on n'est pas maître de toutes les ficelles". Certains journaux se mettent à faire eux-mêmes des photos, comme le Parisien. "Ils pensent que cela est plus intéressant", dit-il dubitatif.
Autre problème, qui fait sortir le directeur de l'agence de ses gonds: "les institutionnels qui distribuent gratuitement leurs photos aux journaux". Sont visés les Opéras et plus spécialement l'Opéra de Paris "qui possède un service photo". La Comédie française, elle, ne distribue pas de photos."La concurrence est féroce. Qu'on nous laisse bosser".
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