La façade du théâtre de l'Union à Limoges
DRNés de l'aspiration à la décentalisation du théâtre qui existe dans les années 50-60, les Centres Dramatiques nationaux ( 33 au total) permettent la diffusion de pièces contemporaines dans les régions.
Au CDN de Limoges, Pierre Pradinas, directeur depuis trois mandats, fort de son succès, souhaite entre autres réaliser des créations internationales.
Pierre Pradinas est dès l'origine un homme protée. Auteur, metteur en scène, réalisateur et directeur de compagnies. Ses premières armes sont réalisées dans une petite salle à Avignon où il met en scène en 1977 et 1978 "Place de Breteuil" puis "Babylone" d'Alain Gautré.
Cultivant l'art de l'amitié avec des comédiens rencontrés au conservatoire de Versailles, à l'ENSATT, rue Blanche, à Paris, il crée en 1978 la Compagnie du Chapeau Rouge avec Yann Collette, Jean-Pierre Darroussin, Catherine Frot, Alain Gautré, Thierry Gimenez. Après une dizaine d'années d'aventure collective, qui conduira la troupe à La Piscine à Chatenay-Malabry (en résidence) et à Annecy, la compagnie sera mise en sommeil.
Durant ces années, Pierre Pradinas, s'est également livré au plaisir de l'écriture avec son frère Simon "Ce qu'il ne faut pas faire", "Ah le grand homme", "Conférence sur l'art" et "Les amis de Monsieur Gazon". Sans compter deux autres pièces, fruits de la collaboration avec Yann Collette et Alain Gautré.
Egalement enseignant à l'Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT) de 1995 à 1997, Pierre Pradinas, passionné depuis toujours par "le travail du décor et la machinerie du théâtre", a eu envie de continuer son travail d'électron libre, dans une structure stable. Aussi, ayant, ancrés en lui, "la culture du service public" et le rêve concomittant "de diriger un théâtre dans une ville moyenne forte d'environ 100.000 habitants", Pierre Pradinas a postulé pour prendre la direction du théâtre de l'Union à Limoges.
Première étape : la présentation de son projet artistique parmi une trentaine d'autres candidats. Après une première sélection, les cinq candidats restant planchent devant les représentants de l'Etat, des collectivités locales et de la ville. Fort de l'ambition "d'un théâtre exigeant et populaire" qui fait la part belle au comique avec des oeuvres ayant une dimension critique ainsi que des oeuvres classiques si elles ont un écho à notre époque, l'homme de théâtre nomade pose ses valises à Limoges le 1er juillet 2002.
Un travail de bénédictin
En 2010, après deux renouvellements de mandats, au théâtre de l'Union "il y a une bonne dynamique" indique, souriant, Pierre Pradinas. Il a mené à bien sa "mission de création théâtrale dramatique d'intérêt public".
Pour
la saison 2010-2011, le théâtre de l'Union, accueille dans la salle de 380 places 23 spectacles. Le décompte des spectateurs affichait 27.000 en 2009-2010, contre 18.700 la saison précédente et 15.500 en 2007-2008. Et si l'on prend en compte, en plus, les spectacles en tournées, ceux en co-productions et les diverses manifestations, les spectateurs qui étaient 26.500 en 2007-2008 atteignaient le nombre de 57.700 en 2009-2010. Côté abonnements, le théâtre de l'Union compte une 1.500 abonnés dont une centaine d'abonnés qui souscrivent même à un abonnement permanent (pour tous les spectacles de la saison).
Pour Valérie Teboulle, conseillère artistique, "l'élargissement du public est une réalité tangible, la proportion d'étudiants qui viennent aux différents spectacles connaît une belle augmentation". Cette réussite est le résultat d'un travail sur le territoire, fondée sur une fidélité avec les compagnies et les auteurs comme Gabor Rassov, Marc Dugowson, auteurs dont les pièces ont été jouées au Théâtre de l'Union.
Le CDN de Limoges offre un important pannel de propositions. "Théâtre populaire cela ne veut pas dire que ce n'est pas exigeant", indique Pierre Pradinas. Labiche, dont Pradinas a découvert l'intérêt en lisant un livre de Philippe Soupault qui voyait en lui un révolté contre la bourgeoisie oppressante, a été monté ("29 degrés à l'ombre" et "Embrassons-nous, Folleville") à l'Union avant de partir à la Cartoucherie de Vincennes.
Au sein du théâtre, Les Francophonies en Limousin ont une place particulière. En 2010, l'Union a été co-producteur d'une création "Amnesia" de Fadhel Jaïbi, qui a fait une tournée internationale.
Parmi les autres atouts de l'Union, il faut citer le bar, en étage, endroit très convivial où se déroulent moult activités et où les gens peuvent se sustanter. La Compagnie du désordre, animée par Filip Forgeau, y propose "Les auteurs vivant ne sont pas tous morts": un auteur contemporain lit un de ses textes, puis un metteur en scène dirige des comédiens pour une mise en espace. Le jeudi est un jour de rencontres entre le public et l'équipe artistique après une première suivie d'un buffet. 
Le bar accueille des expositions dans deux salles, régulièrement en partenariat avec le FRAC Limousin, qui occupe un bâtiment voisin. L'Union, jamais en manque d'imagination, propose aussi du théâtre filmé, des court-métrages, des activités musicales, dont des spectacles de jazz. Dernier élément valorisant pour le CDN, l'existence d'un atelier de création de costumes et de décor.
Pierre Pradinas est aussi directeur de l'Académie, Ecole Supérieure Professionnelle de Théâtre du Limousin, qui accueille en 2010-2011 dix-sept étudiants-comédiens pour une formation de trois ans alternant cours techniques et ateliers d'interprétation. La direction pédagogique est assurée par le Russe Anton Kouznetsov, un comédien formé par la grand école de théatre de russe, en l'ocurrence par Lev Dodine, à Saint-Pétersbourg. A.Kouznetsov, qui avait multiplié les échanges avec la France et dirigeait de théâtre de Saratov, est venu transmettre son savoir à Limoges.
Nombreuses vicissitudes
Lorsqu'il arrive au Théâtre de l'Union à la mi 2002, Pierre Pradinas trouve une situation difficile. Un public peu nombreux, un manque de projets. Il doit tout réinventer. "Pour redresser la situation, il ne suffit pas d'arriver avec une bonne idée", explique Pradinas.
Pour commencer la reconquête du public, il faut faire des choses intéressantes, prendre des responsabilités supplémentaires. Débutant avec des personnels en place, Pierre Pradinas a une formule: "L'aventure artistique se vit dans la complicité: cela créé l'émulation". La démarche est lourde: "Il faut comprendre comment cela marche à l'intérieur, comment ça communique à l'extérieur, quel est l'état du collectif".
Fait notable, le statut de directeur d'un CDN est celui de gérant d'une SARL, de droit privé. Il est responsable sur ses biens, Lorsqu'il part, il ne touche pas les Assedic. "On doit assumer. Il faut montrer que l'on est capable de gérer l'argent public", dit-il.
Le CDN de Limoges compte 20 permanents et de 10 à 20 intermittents, selon les activités. C'est une petite PMI dont le budget tourne autour de 2,4/2,9 millions d'euros par an, ces dernières années.
Avec allant et imagination, des pièces comme "Fantomas revient!" de Gabor Rasov, qu'il met en scène, Pierre Pradinas commence à améliorer la fréquentation et remonter la réputation du CDN. Malheureusement un double avatar surgit lors de la saison 2007-2008, lors de son deuxième mandat. Un changement dans les aides des contrats de qualification des élèves de l'école de théâtre engage un surcoût important pour le théâtre. Dans le même temps, le responsable financier de l'époque s'est lancé dans une gestion hasardeuse. "Ca a été difficile", avoue Pierre Pradinas. "J'avais interdiction de dépasser le budget. Nous avons mis deux ans à redresser".
Le directeur et metteur en scène a fait jouer les gens qu'il aime: David Lescot , Alain Gautré, Gabor Rassov, Michel Didym. Il a intensifié les créations ("Le Repas" d'après Valère Novarina monté par Thomas Quillardet, repris à la Maison de la Poésie à Paris), les co-productions ("La Duchesse de Malfi" une pièce de John Webster, tragédie sanglante du début du 17e siècle, traduite et adaptée par Anne-Laure Liégois, directrice du Festin, CDN de Montluçon).
Pierre Pradinas pioche dans l'émergence de textes qui le touche. Il estime remplir la mission de création qui incombe au Théâtre de l'Union. Le CDN a maintenant une certaine notoriété; c'est un lieu de référence. Les liens avec les autres centres dramatiques sont propices à des découvertes."Quelque chose s'invente", résume Pierre Pradinas
L'heure est désormais à la fête. En septembre le bâtiment qui abrite l'Union aura 100 ans. Pour l'évènement, un appel à témoin a été lancé pour faire resurgir les souvenirs liés au lieu. Nombre de projections, débats et surprises sont au programme. Et la compagnie des 26.000couverts est chargée d'animer ces jours mémorables -une compagnie qui envisage le théatre comme une utopie et pratique le théâtre de rue, de proximité et de perturbation.
Avec son riche bilan, Pierre Pradinas va postuler pour un quatrième mandat à la tête du CDN de Limoges pour peaufiner la tâche entreprise. Il est satisfait d'avoir "mis le théâtre à la portée de tous par la variété des spectacles présentés" et fier "du développement des publics". Pour Pierre Pradinas "Le CDN est un lieu de création qui a un rôle de passeur et de concepteur de spectacles. Il met en selle des compagnies et est un lieu de transmission". Mais d'autres rêves habitent le directeur du CDN: "un laboratoire s'est mis en place pour intéresser le grand public. Il faut travailler avec des comédiens exigeants et acquérir un rayonnement international".
Un nouveau projet a démarré: celui d'un travail réunissant des écritures nouvelles venues de plusieurs horizons. L'aventure continue avec peut-être trois nouvelles années pour travailler sereinement.
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Théâtre de l'Union: historique Le Théâtre de l'Union, comporte principalement une salle de 360 places. Il est situé dans le centre de la préfecture de la Haute-Vienne et vient de fêter ses vingt ans durant la saison 2009-2010.
Le Théâtre occupe un joli bâtiment chargé d'histoire, construit entre 1910-1911 par l'Union de Limoges, une coopérative ouvrière. Salle des fêtes, à l'origine, vouée à l'accueil de différentes manifestations et spectacles dont des réunions syndicales, la salle avait à l'ouverture une capacité de 6.000 places debout.
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Qu'est ce qu'un centre dramatique national?
Les Centres dramatiques nationaux sont des troupes subventionnées par l'Etat et les collectivités locales et dotés de moyens nécessaires à leur focntionnùent. Ils doivent remplir une "mission de création théâtrale dramatique d'intérêt public. Les directeurs sont nommés habituellement pour trois ans. Ils ne peuvent en principe effectuer que trois mandats.
Au nombre de 33 sur le territoire, ils doivent être "un lieu de référence nationale et régionale pour la création et l'exploitation des spectacles créés" par l'équipe du directeur. Ils doivent "s'efforcer de diffuser "des oeuvres théatrales de haut niveau". ""La recherche d'un vaste public et la conquête de nouveaux spectateurs" fait partie de leur mission, tout comme "la formation et l'initation au théatre" dans leurs zones d'activité. En 2007, les subventions du ministère de la Culture aux CDN et régionaux (au nombre de 6) s'élevaient à 57,6 millions d'euros, soit 57,1% des 100,8 millions de subventions gobales versées pour leur fonctionnement.
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