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LIVRES

10/06/2008 | 09:49 par Jean-Claude RONGERAS

Editeurs de théâtre: la renaissance

Après une mauvaise passe au début des années 80, de jeunes éditeurs courageux ont repris le flambeau

Les grands éditeurs se sont dégagés de ce domaine en raison de la décision de la Société des auteurs en 1975 d'un changement de versement de droits.


Une mutation s'en est suivie au profit de nouveaux acteurs et aujourd'hui 380 pièces sont publiés en moyenne chaque année; le chiffre d'affaires du secteur atteint 10 à 12 millions d'euros.  

Editeur de théâtre. A priori, cela semble une métier bizarre, un rien anachronique. L'apparition de nouveaux moyens de communication, des habitudes de lecture en baisse, semblaient être de mauvaises  nouvelles pour l'édition de théâtre. Pourtant la catastrophe n'a pas eu lieu. Les chiffres traduisent un renouveau patent. En vingt ans la production d'ouvrages des éditeurs de théâtre a été décuplé.

Pierre Banos, qui termine, sous la direction de Christian Biet, directeur des Etudes Théâtrales de Paris X, une thèse sur les éditeurs de théâtre, est parfaitement clair: "ce secteur spécialisé s'est bâti, à l'orée des années quatre-vingt sur la désaffection des grands éditeurs pour le théâtre".

Gallimard possède la collection Le manteau d'Arlequin où l'on peut trouver Eugène Ionesco alors que le dernier paru est "Quand même" de Danièle Sallenave. Quelques auteurs sont également publiés ailleurs tel Roland Dubillard avec "Le drame vapeur" dans la collection blanche ou Françoise Chandernagor pour "L'année du roi", adaptée de son roman. POL et les Editions de Minuit publient également du théâtre. Mais sur 50 ans, ces parutions représentent quelques dizaines de titres pour chacun de ces éditeurs...

Des collections ont carrément sombré: "Théâtre ouvert" chez Stock, "T comme théâtre" au Seuil, PJ. Oswald. Quelle est la cause de cette situation ? Toujours selon M.Banos, "En 1975, la Société des auteurs et compositeurs de musique (SACD) a changé son statut. Elle a interdit à ses auteurs de donner plus de 5% de droits de réprésentation à un tiers (les éditeurs)". Auparavant ils touchaient 50% de ces droits. Pour cette raison purement économique, les auteurs ne plus publiés que marginalement par les éditeurs généralistes.

Dorénavant, la SACD encaisse de 9% à 18% de ces droits alors que les auteurs ont eux, en général, 10% de la jauge de la salle où leur pièce est jouée.  

A la fin des années soixante-dix, le choix des metteurs en scène est  d'adapter des livres. Exemple "les cloches de Bâle" d'Aragon montée par Antoine Vitez. Conséquence de ces usages: il n'y a plus d'auteurs de théâtre contemporain. La source s'est tarie. 

Mais les lois de la nature s'appliquant aussi au monde théâtral, ce vide est notamment comblé en 1981 par Jean-Pierre Engelbach qui crée la collection Théâtrales au sein d'Edilig, appartenant à la Ligue de l'Enseignement. Durant 9 ans, de 1981 à 1988 la maison grandit  et la structure s'avère trop vite. J-P Engelbach saute alors le pas et fonde Les Editions Théâtrales.

Un autre pionnier de cette époque est Christian Dupeyron éditeur-libraire qui fonde Papiers en 1985 et promeut des auteurs contemporains qui étaient cantonnés dans des revues et des programmes. Sa maison sera rachetée par Actes Sud.

Le mouvement de rénovation touche également L'Avant-scène, revue bi-mensuelle qui publiait les programmes des spectacles depuis l'entre-deux guerres et se veut le reflet fidèle de la création dramatique. Elle crée la collection des 4 Vents, qui a pour vocation de présenter au public des auteurs francophones en amont de la création d'un spectacle.

Pour sa part, l'Arche fondée en 1949, spécialiste du théâtre étranger se met à publier de jeunes auteurs français comme Michel Deutch, Véronique Olmi. Le mouvement de reconstruction et de passage de relais pour la dramaturgie moderne a réussi.  

En ce printemps 2008, il existe une quinzaine d'éditeurs importants les plus grands étant Actes sud-Papiers, L'Avant-Scène, L'Arche, Les Solitaires intempestifs et Les Editions théâtrales. A cela s'agrège une foison de petits éditeurs, souvent dans les régions. Ces derniers sont très vivaces, tel Le Bord de l'eau à Bordeaux.

Ces éditeurs passionnés peuvent monter des productions locales, avoir des aides des DRAC, des différents centres régionaux.Mais ils doivent lutter chaque jour pour leur suvie. Ce sont de très petites structures pouvant ne compter qu'un seul salarié et des bénévoles. Les responsables de certaines de ces maisons d'éditions exercent souvent en même temps un autre métier qui leur permet d'avoir une source de financement. La Traverse à Nice et La Fontaine à Lille sont à la base des libraires, d'autres sont imprimeurs, éditent des affiches, etc. 

Dans ce flot de publications, la difficulté est de  différencier la politique éditoriale des éditeurs. Pierre Banos, qui est également délégué éditorial des Editions théâtrales, utilise "un marqueur". Il s'agit du rapport entre le fonds et les nouveautés. Dans son entreprise, les ventes s'établissent  à 75% grâce au fonds et 25% avec les nouveautés. L'éditeur n'est ainsi "pas redevable d'un échec, tout marche un peu".

En ce qui concerne le tirage, Les Editons théâtrales impriment les ouvrages à 1.500 et 5.000 exemplaires. Le seuil de rentabilité s'établit à 300/400.

L'ouvrage qui marche le mieux depuis le début est le "Bastringue" de Karl Valentin, dans une nouvelle traduction de Jean Besson et Jean Jourdheuil (2003).

Dans ce monde très concurrentiel, seuls deux éditeurs Actes Sud-Papiers et Les Editions Théâtrales ont un diffuseur extérieur. Pour le dernier cité, la diffusion (les représentants) est assurée par CDE (groupe Gallimard) et le distributeur est Sodis.  

 
Lecteurs de théâtre: nombreux afficionados

Observateur attentif et universitaire précis, Pierre Banos a classé les lecteurs des auteurs contemporains en trois catégories. La première est celle du public spécialisé, formé des professionnels, des gens des medias et surtout du gros contingent des milliers de troupes de théâtre amateurs qui inondent le territoire. Les plus gros lecteurs ne sont eux pas pris en compte: ils utilisent des photocopieuses (selon Pierre Banos, pour un acheteur on compte 4,5 utilisateurs).

La seconde catégorie est celle des spectateurs, qui veulent garder une trace d'un spectacle qui les a séduit (4% de la jauge d'un théâtre aurait ce réflexe).La troisième catégorie est celle des "publics de l'étude" selon le terminologie de P.Banos. Elle concerne les lycéens des 30 classes théâtre dans l'hexagone soit quelque 2.000 personnes mais surtout les jeunes enfants du cycle trois, car depuis 2002 le ministère de l'Education nationale publie une liste d'une vingtaine d'ouvrages -dont des publications de théâtre- que doivent acquérir les bibliothèques des écoles.   

Le dernier carré des lecteurs de pièces de théâtre est formé du public "fantasmé", constitué par les purs lecteurs comme le sont par exemple ceux de la poésie.  

 
Les grands noms de la profession
- Les Editions théâtrales -
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Chacun de ces éditeurs, grands ou petits, brandissent l'étendard du style maison, mais définir le parfum spécifique qui s'élève des différents ateliers de production n'est pas franchement aisé. Pourtant, aux Editions Théâtrales, qui recoivent entre 500 à 600 manuscrits par an, P. Banos affirme "Quand je lis un manuscrit je sais très bien chez qui il ira".

La plupart des éditeurs publient en fonction de paramètres auquels ils donnent plus ou moins d'importance: le répertoire (quels sont les auteurs d'aujourd'hui qui seront joués dans dix, vingt ou trente ans), la volonté de présenter un témoignage de l'époque et la relation au plateau (d'après les observateurs 90% des textes sont publiés en amont de la représentation). Un savant mélange maison.

Les Editions Théâtrales ont, elles, comme credo de traiter le théâtre comme un genre littéraire à part entière."Est-ce qu'il y a une langue? est-ce qu'elle résiste?. Est-ce que le texte tient debout sans représentation scènique?" demande Pierre Banos qui applique cette grille de lecture dans ses choix. 

Le dernier auteur publié est Sylvain Levey avec "Pour rire pour passer le temps". Au domaine jeunesse, il est également l'auteur de "Alice pour le moment".  


Figurant parmi les grands noms, Les Solitaires intempestifs sont l'émanation de la compagnie de la Roulotte créée par Jean-Luc Largarce. C'est en 1992 que l'idée d'éditer des auteurs de la même génération que Lagarce germe. François Berreur, l'actuel directeur, créé avec lui la maison d'édition en 1995, année de sa  disparition. Lagarce est désormais célèbre dans le monde entier. Olivier Py est,lui, un des premiers auteurs à être publié. Implantés à Besançon, ville d'origine de Lagarce, Les Solitaires intempestifs, dont le nom vient d'un collage de Jean-Luc Lagarce, comptent 300 titres à leur catalogue, dont Claude Régie "Au-delà des larmes", Rodrigo Garcia. Le chiffre d'affaires est de 215.000 euros . Les employés sont trois plus le directeur, le gérant n'est pas salarié. 


"On ne représente personne, on est là pour accueillir", c'est ainsi que Sylvain Loux, un des responsables de la maison d'édition, définit le travail accompli par l'éditeur, ajoutant "on est une petite maison qui se structure progressivement. On trouve sa place dans le théâtre français".Autre domaine de publication: les nouvelles traductions de classiques, Shakespeare, Tchhekov par André Markovic par exemple, en collection de poche.

 

Les Solitaires intemperstifs, qui travaillent avec la Maison des écritures européennes contemporaines à Pont-à-Mousson et la Maison Antoine Vitez, porte une attention particulière à l'écriture. Ils ont à leur catalogue Jean-Pierre Siméon, également auteur de poésie  (Chêne éditeur). Pour Sylvain Loux, "la frontière est de plus en plus ténue entre la poésie et le théâtre". "La langue se déplace entre les deux, elle a envie de bousculer les définitions". Une petite collection, FICTION, accueille des récits à la première personne, des fragments, porte de nouvelles formes.

Actes-sud, éditeur renommé, a lui racheté en 1987 Papiers. En 2005, Actes sud-Papiers, équilibré financièrement, a un fonds de 900 titres, avec un apport de 30 titres par an. le chiffre d'affaire s'est établi en 2006 à 600.000 euros. Hubert Nyssens, le créateur de la maison d'édition, sise à Aix-en Provence, très proche du théâtre, croit en l'importance de cet apport intellectuel, cette forme littéraire inégalable.

Claire David, la directrice de collection, entend diffuser le maximun d'auteurs ayant une force créatrice importante. Le catalogue compte parmi les auteurs ayant pignon sur rue: Olivier Py, Eugène Durif, Jean-Michel Ribes. Jean-Claude Briville, Jean-Claude Grimberg, Pierre-George Gabily sont ou ont été des fidèles depuis les débuts. Serge Kribus et Lionel Spycher comptent parmi les plus jeunes.

Parmi les jeunes auteurs, "Les aventures de Nathalie, Nicole, Nicole" de Marion Aubert a été monté au Théâtre du Rond-Point, à Paris du 16 février au 24 fevrier 2008 tandis que Pipo del Bono voit publier un beau livre sur son parcours: "Récits de juin". Gildas Milin, un des derniers édités, vient de voir "Machine sans cible" joué au Théâtre de la Colline, à Paris, début 2008.

Comme beaucoup d'autres, Actes Sud-Papiers publie de nouvelles traductions dans la collection Babel: Dostoievski, Tchékhov, Oscar Wilde, André Markovitch est le principal traducteur. David Mamet, Sam Shepard, Odon Von Horvath sont également retraduit .

Papiers publie aussi des romanciers, écrivant également du théâtre comme Laurent Gaudé "Sacrifiées".


"Si un sujet vient à ce genre d'auteurs, il sait d'emblée si c'est du théâtre ou un roman", explique Christine Gassin, du service communication d'Actes Sud-Papiers.

Autre grand nom, L'Arche, se distingue par le grand nombre  d'auteurs étrangers publiés.


Selon François Leclerc, libraire de théâtre, qui a notamment mis en place une dizaine de points de vente dans les théâtres publics, la ligne éditoriale est très claire: "les auteurs publiés parlent du monde. Ils analysent la fracture entre les hommes et leurs sociétés. Ce sont les héritiers d'Ibsen, Strindberg, Lars Noren. Ces auteurs souvent anglo-saxons sont connus dans leurs pays d'origine.

Un contre exemple est celui de l'Australien Daniel King inconnu dans sa terre natale avant sa publication en France".

 

Hélène Sardinoux, de l'Arche, rue Bonaparte, donne un rapide historique. "Les éditions ont démarré en 1949, avec Mr.Voisin qui avait beaucoup de contacts avec l'Allemagne. Outre trois ou quatre publications par mois, l'Arche édite des travaux universitaires ainsi que des textes philosophiques et esthétiques"."Sans grille de lecture particulière, l'éditeur entend rendre familier au public le théâtre contemporain important. En 1986, Mr.Rach, qui a également des affinités avec l'Allemagne, reprend les éditions. Depuis les débuts, l'éditeur a à son actif de 700 à un millier d'ouvrages".  

Mais l'une des caractéristiques de cet éditeur est de fonctionner comme un agent littéraire. Il fait circuler les textes, perçoit les droits d'auteur, passe les contrats avec les théâtres à la place de l'auteur.

La Revue de l'Avant-scène, a, elle, pour objet de coller à l'actualité théâtre hexagonale. Elle publie une vingtaine de numéros par an sur environ 300 spectacles possibles. Le texte de la pièce,  intégral, est enrichi de photos de la mise en scène ainsi que de  commentaires et d'éclaircissements du texte. Le tirage varie de 3.000 à 10.000 exemplaires. La revue, "qui n'entend se priver d'aucunes ressources du théatre contemporain s'intéresse autant au théâtre public que privé", indique Olivier Selik, directeur-délégué.

La Collection des Quatre Vents édite elle du théâtre dramatique contemporain. José Pliya, Marc Dugowson et Pierre Notte, secrétaire général de la Comédie Française sont parmi les plus connus. Olivier Selik estime que c'est le pôle d'auteurs attachés à une maison d'éditon qui lui donne sa tonalité. Quant au fait que les auteurs sont souvent publiés en raison d'une production imminente de leur texte, il ne pense pas que cela soit automatique. D'ailleurs, "si l'éditeur peut bénéficier d'une couverture médiatique", cela n'a rien "d'anormal". C'est la loi du genre.       

 
Espace 34: un gros travail
- Editions Espaces 34 - DR -
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A Montpellier, Espace 34 a démarré en 1990 en éditant des ouvrages scientifiques et médicaux. Une nécessité afin d'assurer la trésorerie avant de démarrer l'édition théâtrale en 1992-1993. 10   titres sortent des presses à la date d'aujourd'hui et 80 titres sont au catalogue.Sabine Chevallier, directrice extérieure de la collection Espace théâtrale, explique qu'une des particularités de la maison est de travailler avec des universitaires afin de remettre au goût du jour des pièces relativement introuvables de Voltaire, Diderot ou Marivaux, ainsi que de faire connaître des auteurs qu'on ne connaît plus, tel Delisle de la Drevetière, Louis de Boissy (1694-1758) joué en 1930 à la comédie italienne (Arlequin est le personnage principal).

La palette des Editions 34 comprend en principe 6 pièces de théâtre contemporain, deux livres sur le théâtre du 18eme siècle, un livre autour de la traduction.

 

Simon CallowLe livre fétiche d'Espace 34 est l'essai du comédien britannique Simon Callow "Dans la peau d'un acteur", qui est un best-seller en Grande-Bretagne. Dans la traduction de Gisèle Joly, c'est également le livre de chevet de tous les comédiens dans les écoles d'art dramatique. "Des pages magnifiques sur Shakespeare. On connaissait la traductrice", précise Mme Chevallier.

Le fonctionnement de ce type d'éditeur se fait largement grâce à des réseaux. Les auteurs publiés se connaissent souvent entre eux, comédiens et metteurs en scènes des pièces sont aussi liés entre eux. Les auteurs sont suivis avec soin, accompagnés lors de leur période de création, comme Claudine Galea, William Pellier.
Le choix d'un texte résulte "de thèmes très ancrés dans le monde contemporain. Il doit pouvoir également être mis en lecture".

Le travail de l'éditeur continue avec la recherche d'une scène pouvant accueillir le texte.

Ainsi fut-il fait avec "L'extraordinaire tranquillité des choses" de Lancelot Hamelin, Sylvain Levey, Philippe Malone et Michel Simonnot. La pièce a été joué en septembre 2006 au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis, puis reprise à Montpellier en 2008.

Le travail de fond de l'éditeur finit lui aussi par payer: "Médée" de Max Rouquette a été joué aux Amandiers de Nanterre, dans une mise en scène de Jean-Louis Martinelli en 2003, dix années après la première publication.

Une des dernières pièces d'un auteur maison jouée est "Requiem Manuel Pereirapour une cascadeuse", du franco-portugais Manuel Pereira, qui a été présentée au Théâtre des Tanneurs à Bruxelles en novembre 2006.
 
Parmi les jeunes pousses de l'édition, Quartett, sis à Fontenay-sous-Bois, qui a démarré en 2006, essaye de se faire une place dans le milieu grâce "à des trésors d'imagination", selon Benjamin Dupré, directeur éditorial. "A chaque fois qu'une nouveauté paraît on envoie un argumentaire à 8.000 libraires de France, Suisse et Belgique grâce à l'Internet et on propose un visuel" tout en reprenant les titres de la collection -une demi-douzaine actuellement. D'où l'importance de "réaliser un bel objet et une jolie maquette".


Outre cette technique, Quartett a sollicité des aides auprès de la SACD et du Centre national du livre (CNL). Ce métier ressemble donc à un combat quotidien et un bel appétit de lecture car tout commence par la lecture des manuscrits. "Lorsqu'on a très peu de moyens, il faut des libraires fidèles et revenir à la matière brute. Nous éditons des textes dont les propos et la langue sont brillants, tout en laissant une grande part à la liberté".

Quartett qui a actuellement cinq titres à son actif va publier à la rentrée "Verticales de fureur" de Stéphanie Marchais et "Peaux mortes" de Fabrice Agnet.

    

 
Des aides à la publication bienvenues

Le monde de l'édition théâtrale peut bénéficier de certaines subventions qui sont un souffle d'air bienvenue dans la lutte pour leur survie.
Le centre national du livre (CNL) est l'un de ces pourvoyeurs généreux. Ces sommes qui correspondent au maximun à 30 où 50% du coût de la fabrication (hors taxe) sont notamment alimentées par les taxes sur la reprographie.

Une commission théâtrale, comprenant des représentants des éditeurs et de l'Etat, ainsi que des journalistes, doit donner un avis favorable pour que ces attributions soient accordées. Chaque éditeur peut présenter trois projets lors de chacune des trois sessions annuelles (soit 9 demandes par an).

En 2006, douze éditeurs ont bénéficié de ces bourses: Actes sud-Papiers (cinq livres dont "Rien qu'un acteur, suivi de Farben", de Mathieu Bertholet -3.000 euros), Editions de l'Amandier (deux livres), L'Arche (deux livres dont "Lisbeths" de Fabrice Melquiot -1.350 euros), L'AtalanteL'Avant-Scène Théâtre, L'Entretemps pour "le Chant de la femme kamikaze" de Royds Fuentes-Imbert, L'Espace d'un instant (cinq livres), Espaces 34 (quatre livres dont "Quelqu'un manque" d'Emmanuel Darley -1.000 euros), Editions de Minuit, Les Solitaires intempestifs (sept livres dont "Odyssée, dernier chant" de Jean-Pierre Siméon -900 euros, Editions théâtrales (huit livres dont "Brasserie" de Koffi Kwahule -1.600 euros) et Verdier (un livre).

Les ouvrages aidés s'élèvent à 38 et le montant global des aides est de 56.200 euros.

D'autres organismes délivrent également des bourses: La Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des spectacles (DNDTS), le Centre national du Théâtre (CNL) ainsi que les régions, les départements, etc...

 
Auteurs-éditeurs: une alchimie intime

Envoyer son manuscrit par la poste est l’aventure la plus fréquente  pour un jeune auteur mais certains ont un parcours plus facile. Ainsi Rémi De Vos, qui a suivi des cours de théâtre et vécu de petits boulots avant de se mettre à écrire, a ensuite connu une période faste. Sa première pièce « Débrayage  » a obtenu une bourse de l’association Beaumarchais. Lue lors de « paroles d’auteurs » au Théâtre de l’Est Parisien (TEP), elle est remarqué par Laurent Benjamin des Editions Crater qui la publie ainsi que les deux suivantes.

Puis Claire David, la directrice d'Actes Sud-Papiers qu’il a rencontré, lui demande de lui envoyer ses textes. Depuis lors, elle est son éditrice. Un type de relation qui tient à la confiance existant entre deux individus. Rémi De Vos affirme que Claire David ne lui « fait que de petites remarques » sur ses textes et jamais de demandes de retouches importantes.

Une de ses pièces co-écrite avec les acteurs, « André le Magnifique », a obtient une kyrielle de récompenses dont le Molière du meilleur auteur. Sa dernière création, « Jusqu’à ce que la mort nous sépare » jouée et reprise au Théâtre du Rond-Point à Paris alors qu'il est actuellement auteur-associé au Théâtre de Lorient.

Lionel SpycherLionel Spycher, est lui passé par l'Ecole nationale de théâtre de Strasbourg, section régie. Il a commencé par écrire des pièces courtes pour la radio, qui ont été joué au théâtre. Ce succès l'a encouragé à viser plus haut. Sa première pièce "Pitbull" a été mise en scène par Joël Jouanneau au Théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis en 1998. Lui aussi est un contre-exemple des habituels parcours du combattant, puisque après les représentations, Claire David, toujours sur la brèche, lui a téléphoné. Un bon feeling suivi d'un contrat qui stipule qu'il doit donner la priorité à Actes Sud-Papiers pour ses textes et le tour est joué.

La deuxième pièce de cet auteur, natif de Mulhouse, "9mm" a comme la première été traduite dans plusieurs pays. Quant à sa troisième pièce "La solitude du plongeur", elle lui a été commandé par la Deutches Schauspielhaus de Hambourg où il a été en résidence. Lionel Spycher avoue être satisfait du fonctionnement des rapports entre auteurs et théâtres en Allemagne. Dans ce pays, comme dans les pays nordiques, ce sont les agents qui font le tour  des nombreux théâtres existant dans les landers pour présenter les nouveaux textes des écrivains. Si le spectacle est monté, c'est le théâtre qui se charge d'imprimer un nombre suffisant d'exemplaires de la pièce. 

Olivier Selik, d'Avant-Scène Théâtre, souligne "que la foi des Allemands dans leurs auteurs est plus importante que dans l'hexagone". Leur tradition  théatrale est très forte et les créateurs peuvent ainsi prendre plus de risques. En France, c'est aux éditeurs qu'il revient d'impulser le mouvement bien que des théâtres passent égalment des commandes à des auteurs. Le vivier des jeunes auteurs est suffisamment important pour répondre aux besoins.     

  

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