Les grands éditeurs se sont dégagés de ce domaine en raison de la décision de la Société des auteurs en 1975 d'un changement de versement de droits.
Une mutation s'en est suivie au profit de nouveaux acteurs et aujourd'hui 380 pièces sont publiés en moyenne chaque année; le chiffre d'affaires du secteur atteint 10 à 12 millions d'euros.
Editeur de théâtre. A priori, cela semble une métier bizarre, un rien anachronique. L'apparition de nouveaux moyens de communication, des habitudes de lecture en baisse, semblaient être de mauvaises nouvelles pour l'édition de théâtre. Pourtant la catastrophe n'a pas eu lieu. Les chiffres traduisent un renouveau patent. En vingt ans la production d'ouvrages des éditeurs de théâtre a été décuplé.
Pierre Banos, qui termine, sous la direction de Christian Biet, directeur des Etudes Théâtrales de Paris X, une thèse sur les éditeurs de théâtre, est parfaitement clair: "ce secteur spécialisé s'est bâti, à l'orée des années quatre-vingt sur la désaffection des grands éditeurs pour le théâtre".
Gallimard possède la collection Le manteau d'Arlequin où l'on
peut trouver Eugène Ionesco alors que le dernier paru est "Quand même" de Danièle Sallenave. Quelques auteurs sont également publiés ailleurs tel Roland Dubillard avec "Le drame vapeur" dans la collection blanche ou Françoise Chandernagor pour "L'année du roi", adaptée de son roman. POL et les Editions de Minuit publient également du théâtre. Mais sur 50 ans, ces parutions représentent quelques dizaines de titres pour chacun de ces éditeurs...
Des collections ont carrément sombré: "Théâtre ouvert" chez Stock, "T comme théâtre" au Seuil, PJ. Oswald. Quelle est la cause de cette situation ? Toujours selon M.Banos, "En 1975, la Société des auteurs et compositeurs de musique (SACD) a changé son statut. Elle a interdit à ses auteurs de donner plus de 5% de droits de réprésentation à un tiers (les éditeurs)". Auparavant ils touchaient 50% de ces droits. Pour cette raison purement économique, les auteurs ne plus publiés que marginalement par les éditeurs généralistes.
Dorénavant, la SACD encaisse de 9% à 18% de ces droits alors que les auteurs ont eux, en général, 10% de la jauge de la salle où leur pièce est jouée.
A la fin des années soixante-dix, le choix des metteurs en scène est d'adapter des livres. Exemple "les cloches de Bâle" d'Aragon montée par Antoine Vitez. Conséquence de ces usages: il n'y a plus d'auteurs de théâtre contemporain. La source s'est tarie.
Mais les lois de la nature s'appliquant aussi au monde théâtral, ce vide est notamment comblé en 1981 par Jean-Pierre Engelbach qui crée la collection Théâtrales au sein d'Edilig, appartenant à la Ligue de l'Enseignement. Durant 9 ans, de 1981 à 1988 la maison grandit et la structure s'avère trop vite. J-P Engelbach saute alors le pas et fonde Les Editions Théâtrales.
Un autre pionnier de cette époque est Christian Dupeyron éditeur-libraire qui fonde Papiers en 1985 et promeut des auteurs contemporains qui étaient cantonnés dans des revues et des programmes. Sa maison sera rachetée par Actes Sud.
Le mouvement de rénovation touche également L'Avant-scène, revue bi-mensuelle qui publiait les programmes des spectacles depuis l'entre-deux guerres et se veut le reflet fidèle de la création dramatique. Elle crée la collection des 4 Vents, qui a pour vocation de présenter au public des auteurs francophones en amont de la création d'un spectacle.
Pour sa part, l'Arche fondée en 1949, spécialiste du théâtre étranger se met à publier de jeunes auteurs français comme Michel Deutch, Véronique Olmi. Le mouvement de reconstruction et de passage de relais pour la dramaturgie moderne a réussi.
En ce printemps 2008, il existe une quinzaine d'éditeurs importants les plus grands étant Actes sud-Papiers, L'Avant-Scène, L'Arche, Les Solitaires intempestifs et Les Editions théâtrales. A cela s'agrège une foison de petits éditeurs, souvent dans les régions. Ces derniers sont très vivaces, tel Le Bord de l'eau à Bordeaux.
Ces éditeurs passionnés peuvent monter des productions locales, avoir des aides des DRAC, des différents centres régionaux.Mais ils doivent lutter chaque jour pour leur suvie. Ce sont de très petites structures pouvant ne compter qu'un seul salarié et des bénévoles. Les responsables de certaines de ces maisons d'éditions exercent souvent en même temps un autre métier qui leur permet d'avoir une source de financement. La Traverse à Nice et La Fontaine à Lille sont à la base des libraires, d'autres sont imprimeurs, éditent des affiches, etc.
Dans ce flot de publications, la difficulté est de différencier la politique éditoriale des éditeurs. Pierre Banos, qui est également délégué éditorial des Editions théâtrales, utilise "un marqueur". Il s'agit du rapport entre le fonds et les nouveautés. Dans son entreprise, les ventes s'établissent à 75% grâce au fonds et 25% avec les nouveautés. L'éditeur n'est ainsi "pas redevable d'un échec, tout marche un peu".
En ce qui concerne le tirage, Les Editons théâtrales impriment les ouvrages à 1.500 et 5.000 exemplaires. Le seuil de rentabilité s'établit à 300/400.
L'ouvrage qui marche le mieux depuis le début est le "Bastringue" de Karl Valentin, dans une nouvelle traduction de Jean Besson et Jean Jourdheuil (2003).
Dans ce monde très concurrentiel, seuls deux éditeurs Actes Sud-Papiers et Les Editions Théâtrales ont un diffuseur extérieur. Pour le dernier cité, la diffusion (les représentants) est assurée par CDE (groupe Gallimard) et le distributeur est Sodis.
| Espace 34: un gros travail | |
A Montpellier, Espace 34 a démarré en 1990 en éditant des ouvrages scientifiques et médicaux. Une nécessité afin d'assurer la trésorerie avant de démarrer l'édition théâtrale en 1992-1993. 10 titres sortent des presses à la date d'aujourd'hui et 80 titres sont au catalogue.Sabine Chevallier, directrice extérieure de la collection Espace théâtrale, explique qu'une des particularités de la maison est de travailler avec des universitaires afin de remettre au goût du jour des pièces relativement introuvables de Voltaire, Diderot ou Marivaux, ainsi que de faire connaître des auteurs qu'on ne connaît plus, tel Delisle de la Drevetière, Louis de Boissy (1694-1758) joué en 1930 à la comédie italienne (Arlequin est le personnage principal).
Le travail de l'éditeur continue avec la recherche d'une scène pouvant accueillir le texte.
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| Des aides à la publication bienvenues |
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Le monde de l'édition théâtrale peut bénéficier de certaines subventions qui sont un souffle d'air bienvenue dans la lutte pour leur survie. D'autres organismes délivrent également des bourses: La Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des spectacles (DNDTS), le Centre national du Théâtre (CNL) ainsi que les régions, les départements, etc... |
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| Auteurs-éditeurs: une alchimie intime |
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Envoyer son manuscrit par la poste est l’aventure la plus fréquente pour un jeune auteur mais certains ont un parcours plus facile. Ainsi Rémi De Vos, qui a suivi des cours de théâtre et vécu de petits boulots avant de se mettre à écrire, a ensuite connu une période faste. Sa première pièce « Débrayage » a obtenu une bourse de l’association Beaumarchais. Lue lors de « paroles d’auteurs » au Théâtre de l’Est Parisien (TEP), elle est remarqué par Laurent Benjamin des Editions Crater qui la publie ainsi que les deux suivantes. Une de ses pièces co-écrite avec les acteurs, « André le Magnifique », a obtient une kyrielle de récompenses dont le Molière du meilleur auteur. Sa dernière création, « Jusqu’à ce que la mort nous sépare » jouée et reprise au Théâtre du Rond-Point à Paris alors qu'il est actuellement auteur-associé au Théâtre de Lorient.
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