Julian Eggerickx et Grégoire Monsaingeon dans Woyzeck d'après Woyzek

Julian Eggerickx et Grégoire Monsaingeon dans Woyzeck d'après Woyzek

© Pierre Grosbois
Le destin tragique d'un lumpen soldat replacé dans le contexte du 18e siècle allemand

de Georg Büchner

Un spectacle de Gwenaël Morin

Théâtre de la Bastille

76, de la Roquette

75011 Paris

Jusqu'au 2 avril

Avec Grégoire Monsaingeon, Barbara Jung, Renaud Béchet, Virginie Colemyn, Julian Eggerickx, Michel Coquet

La vie du soldat Woyzek n'est pas un parcours enchanteur. Sa maîtresse Marie est tout pour lui mais en dehors de cette satisfaction il est pour beaucoup un souffre-douleur. Son capitaine, qu'il rase pour se faire de l'argent dont il a grand besoin, ne le comprend  pas. Lorsqu'il interroge Woyzek sur le temps qui passe, il trouve qu'il n'a pas d'idée ou alors la différence avec la pensée  courante le choque; tout comme le fait qu'il ait un enfant hors mariage

 

Face à ceux qui le voit comme être différend de la norme, Woyzek commence ses explications par "Nous les pauvres". Il part aussi souvent en courant à vive allure et puis, rentré chez lui, il interroge sa femme, sur ceux qui lui font la cour, prêt à la frapper. 

 

Woyzeck est une pièce de théâtre fragmentaire de Georg Büchner (1814-1837). L'année de sa mort cet écrivain romantique allemand travaillait sur ce texte, s'inspirant de l'affaire de 

Johan Christian Woyzeck (1780-1824) un ancien soldat sans emploi, accusé d'avoir poignardé son amante. Elle fût publiée par son frère Ludwig à Francfort en 1850. 

La Compagnie Gwenaël Morin a choisi de plonger dans le texte, "commes des animaux fous dans les brousailles", dixit G.Morin.  Avec la volonté de se fier uniquement à leur instinct et d'investir dans l'ordre les quatre manuscrits -même les parties rayées- laissés par Büchner, le but du groupe était de faire "un spectacle qui pourrait fonctionner comme un nouvel organe perceptif".

Après l'expérience, G. Morin explique que Woyzek est noyé dans la masse des personnages et qu'il n'acquiert son importance qu'après son acte exceptionnel. Cet homme "qui aurait pu basculer hors du champ social, beaucoup peuvent le comprendre" estime le metteur en scène.

 

Le spectacle propose une suite de tableaux: Woyzeck rase son capitaine, à la campagne, la fête à l'auberge. S'y déroule la vie du soldat, ses foucades, l'attrait qu'exerce sa maîtresse sur les autres hommes, ses rapports avec la femme médecin à qui il sert de cobaye. Dans ce maelstrom très quotidien, fait de scènes très rapides, aux phrases brèves, tout monde est croqué. Celui de la vie dans ses manifestations prosaiques d'où s'échappe quelquechose d'épique.. et de tragique. Le pauvre Woyzek ne peut plus s'échapper.

La mise en scène, aérée, virevoltante, utilise l'innocence et la fantaisie. La vie dérisoire de Woyzek, interprété par un Grégoire Monsaingeon bluffant, cachant une force vive derrière un regard d'une grande mélancolie, est un spectacle au profil à la forte identité.

 

Le site du théâtre de la Bastille 

   

cliquez ici