Pierre Arditi et Robert Plagnol dans "Les Fausses confidentes"
© Brigitte Enguérandde Marivaux
Mise en scène: Didier Bezace
Théâtre de la Commune
2 rue Edouard Poisson
93304 Aubervilliers Cedex
jusqu'au 2 avril
Dubois, un valet, cherche à ce que son ancien maître, Dorante, devienne l'intendant d'une jeune et riche veuve, Araminte. Le but est de le faire aimer de cette dernière malgré son manque de fortune. Dubois est sûr de lui: "Vous réussirez", vous dis-je. "Je connais l'humeur de ma maîtresse, je sais vos mérites, je sais mes talents, et on vous aimera, toute raisonnable qu'on est".
Le valet, habillé tout en noir, est un homme de sang-froid, qui sait tendre ses filets, disparaître par une petite porte, faire une analyse totalement fausse des sentiments de Dorante à Amarinte.
Questionné par Amarinte, l'intendant avoue son amour brûlant pour une femme dont il ne peut révèler l'idendité. L'intrigue se double d'un procès incertain, d'un comte qui voudrait épouser la belle Amarinte, de la servante de la veuve, etc...
Retors à souhait, homme de l'ombre féroce, Dubois semble être la doublure de Marivaux lui-même se battant contre les conventions rigides de l'époque. Pierre Arditi,
endosse le rôle de maître d'oeuvre agissant en coulisses avec une mauvaise fois parfaite. Une prestation éblouissante dans un registre qui n'est pas le sien.
Anouk Grinberg est une Amarinte également trés convaincante. Elle se trouve confrontée à une situation fort difficile à vivre: son coeur va vers ce jeune intendant qui paraît si honnête et bien fait, et si bien disposé à son égard, mais ce dernier ne veut avouer la flamme qui couve en lui, et, d'autre part, leur rang à tous deux dans la société doit raisonnablement être un obstacle à tout rapprochement.
Devant arborer, de prime abord, une froideur nécessaire, il émane de sa frêle stature une indéniable douceur féminine alors que sa voix et ses yeux trahissent quelques miettes d'un subtil transport pour cet homme raide comme un piquet devant elle. Un grand rôle pour une grande actrice.
Autre acteur dont l'importance est grande, Robert Plagnol (Dorante), fait preuve de lucidité, de la sobriété nécessaire à cet intendant soumis à des forces contraires. Il ne peut avouer son amour, sous peine de tout perdre, croit-t-il. Et, obéir, aux drôles de consignes de son mentor. Pourtant, son phrasé paraît un peu intellectuel et même si il doit tenter de ressembler à un bloc de marbre, le manque de chaleur peut parfois agacer.
La mise en scène de Didier Bezace, aidée par un jeu de machinerie fort efficace, sans céder à l'époque de la comédie est efficace, claire, laissant la part belle au jeu des acteurs grace à une distribution parfaite. Tout les acteurs ont leur part dans l'attractivité de ce spectacle, comme Marie Vialle (Marton) dont l'entrain et le sourire font des ravages ou Alexandre Aubry, un Arlequin roué de haute volée, partant sur un scooter à la fin du spectacle. Un spectacle formidable, de haute tenue duquel il ne point abstraire pour la réussite la langue merveilleuse de Marivaux d'un pureté d'une richesse qui peut faire peur au début, mais qui est d'un plaisir sans égal à écouter.
Le site du théâtre de la Commune


