Laurent Terzieff, le 25 avril 2010.

Laurent Terzieff, le 25 avril 2010.

France 2
Les obsèques de l'acteur et metteur en scène Laurent Terzieff auront lieu mercredi en l'église Saint-Germain des Prés

Laurent Terzieff, 75 ans depuis le 27 juin, est mort vendredi, à Paris, "de complications pulmonaires", a annoncé son agent samedi.

Cette légende du théâtre français avait obtenu, le 25 avril 2010, le Molière du comédien. Il avait été nommé pour ses rôles dans deux pièces, L'Habilleur pour le théâtre privé et Philoctète pour le secteur subventionné.

 Vidéo

 

Hommage à Laurent Terzieff sur France Télévisions
"Les Tricheurs", film de Marcel Carné qui l'a révélé en 1958, aux côtés de Jacques Charrier, Pascale Petit et Jean-Paul Belmondo, sera diffusé sur France 3 le mardi 6 juillet à 22h45.

Le lendemain à 22h10, France 2 diffusera "L'Habilleur" de Ronald Harwood, l'une de ses dernières pièces, qu'il a mise en scène et dans laquelle il jouait le rôle d'un comédien au soir de sa vie.

Figure oecuménique du théâtre, cet acteur incandescent au visage émacié, avait déclaré, en recevant sa récompense, le 25 avril 2010: "J'ai toujours oeuvré pour une mixité entre un certain théâtre privé et l'aide publique dont je dispose", avant d'ajouter que "le théâtre ne se laisse pas enfermer dans des clivages et des étiquettes".

Né Laurent Tchemerzine, le 27 juin 1935 à Toulouse, en Haute-Garonne, ce fils d'une plasticienne et d'un sculpteur russe émigré en France pendant la Grande Guerre devient un adolescent féru de philosophie et de poésie après avoir été un enfant marqué par la Seconde guerre mondiale guerre et ses bombardements. C'est après la représentation de La Sonate des spectres de Strindberg qu'il décide de devenir comédien.

Il fait ses débuts sur scène en 1953 au Théâtre de Babylone de Jean-Marie Serreau dans Tous contre tous d'Adamov. Durant toute sa carrière, le comédien affichera une prédilection pour les dramaturges contemporains.

Laurent Terzieff a une vingtaine de pièces à son actif lorsque Marcel Carné le repère et lui propose un des rôles principaux des Tricheurs, film sur la jeunesse existentialiste. Cette première apparition à l'écran en 1958 apporte au comédien une forte notoriété, le public s'identifiant à son personnage d'étudiant bohème et cynique. Il jouera ensuite sous la houlette d'Autant-Lara et de Clouzot. Et continuera d'irradier sur les écrans pour Pasolini, Rossellini, Zurlini ou Bunuel. Terzieff croisera d'autres poètes sur son chemin, comme Garrel ou Godard.

Retour sur les planches
Mais à partir des années 80, ce qui avait appris le métier "sur le tas" comme machiniste, souffleur, figurant, doublure, se fait plus rare sur les écrans. Il se consacre alors essentiellement au théâtre, son sacerdoce, au sein de sa compagnie fondée en 1961. Compagnie qui porte son nom et sera hébergée dans les petits théâtres privés: Lutèce, La Bruyère, Lucernaire.

Indépendant, exigeant et discret, il révèle des auteurs tels que Andreiev, Mrozek, Milosz et les anglo-saxons James Saunders, Murray Schisgal ou Edward Albee. Et interprète des pièces de Claudel, Adamov, Brecht, Rilke en passant par Corneille et Pirandello.

Acteur au jeu hors mode et d'une très grande sensibilité - il avait notamment triomphé dans Tête d'Or chez Barrault -, Laurent Terzieff, avait reçu deux autres Molière dans sa longue carrière, pour des pièces qui ont été de vifs succès publics: Ce que voit Fox (1988) et Temps contre Temps (1993).

En 2002, il avait perdu sa compagne et partenaire de théâtre, Pascale de  Boysson. Quelques mois plus tard, il était remonté seul en scène pour Florilège, un spectacle poétique.

  Les principales mises en scène de Laurent Terzieff
1961 : La Pensée (I. Andréiev)
1963 : Le Tigre et les dactylos (M. Schisgal)
1965 : Zoo Story (E. Albee)
1966 : Hélas pauvre Fred (James Saunders). Les Voisins (Saunders)
1967 : "Tango" (S. Mrozek)
1968 : Triangle (Saunders). Les Chinois (Schisgal). Fragments (Schisgal). Spectacles et jeux d'enfants (C. Bernstein)
1969 : La Valse des chiens (I. Andréiev)
1970 : Ici et maintenant (C. Mauriac)
1971 : L'Homme couché (C. Semprun)
1973 : Rubezhal-Scènes de Don Juan (O. Milosz)
1977 : Boite, Mao, boite (Albee)
1979 : Le Pic du bossu (Mrozek)
1983 : L'Ambassade (Mrozek)
1984 : Guérison américaine (Saunders)
1986 : Témoignage sur Ballybeg (B. Friel)
1987 : A Pied (Mrozek)
1988 : Ce que voit Fox (Saunders)
1993 : Temps contre temps (Harwood) 
1995 : Meurtre dans la cathédrale (T.S. Eliot, mis en scène avec R. Hermantier)
1997 : Le Bonnet de fou (Pirandello)
1999 : Brûlés par la glace" (P. Asmussen)
2001 : Dernières lettres de Stalingrad
2002 : Le Regard (Shisgal)
2005 : Molly (Friel)
2006 : Mon lit en zinc (D. Hare)
2007 : Hughie (E. O'Neill)
2009 : L'Habilleur (Harwood)


Réactions unanimes
"Laurent Terzieff, c'était le talent à l'état pur, la force de l'interprétation, l'artiste passionné, exigeant, travailleur infatigable et inspiré", a déclaré le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, en rendant hommage au comédien. "Son physique, tout en force et en fragilité, sa voix, cette capacité à aller au-delà du possible, nous touchent au plus profond. L'empreinte qu'il laisse dans le cinéma et le théâtre et sa liberté indomptable resteront inoubliables", a conclu le ministre.

Le président Nicolas Sarkozy a rendu hommage à "une voix unique qui s'éteint, une musique singulière qui perçait  toujours le brouhaha du monde pour atteindre au mystère de la voie lactée chère à Bunuel. Comédien et homme d'exception, Laurent Terzieff a incarné la vie des hommes dans les rires et les larmes, pendant un demi-siècle, sur les  planches comme à l'écran".

"C'était un intellectuel, un homme qui aimait et défendait la liberté, un fils d'artistes, lui-même passionné de poésie et de philosophie. Comme tous les vrais grands artistes, c'était un homme discret au charme contagieux. C'était un honnête homme au sens le plus élevé du terme", a ajouté le Premier ministre, François Fillon.

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a rendu hommage à une "personnalité exceptionnelle", un "homme engagé, la conscience politique qui s'oppose au conflit en Algérie, puis en Irak".

Hommage de la profession
Laurent Terzieff, le 27 octobre 1966 à Paris (AFP PHOTO).
Pour le comédien Fabrice Luchini, Laurent Terzieff était "l'incarnation la plus poétique de l'histoire du théâtre". "Il est ce Russe sublime, cette silhouette infinie, travailleuse, cet homme qui a consacré sa vie entière à l'amour des auteurs", a-t-il déclaré sur LCI.

"Je suis bouleversé. Je l'adorais comme acteur et metteur en scène, mais aussi parce qu'il était un être humain admirable, d'une profonde humilité. Il  était exigeant, généreux, plein de tendresse, avec un tempérament exceptionnel, d'une sensibilité très rare", a estimé Robert Hossein.

Gilles Jacob, président du Festival de Cannes: "Laurent Terzieff était un immense artiste au service de son art et dont on n'arrive pas à distinguer si c'est l'immensité de son talent ou l'immensité de sa modestie qui l'emporte. Un exemple à méditer".

"Affaibli déjà par la maladie, Molière du meilleur comédien cette année encore, il était le symbole du théâtre à son meilleur, exigeant et accessible", selon le président de l'Association les Molières. "Il a été bien sûr dans Les Tricheurs l'image de la jeunesse triomphante et tourmentée, mais il aura surtout, tout au long de sa vie, été l'une des lumières du théâtre français", a déclaré Pierre Lescure.

Samuel Benchetrit, réalisateur qui l'a dirigé dans J'ai toujours rêvé d'être un gangster (2008), lui a rendu hommage: "Il avait un charisme et une exigence incroyables, c'était quelqu'un de magnifique, de très classe, de très discret et mystérieux. Il était toujours en train de lire. Quand je lui ai proposé le rôle, il pensait qu'il s'agissait d'une pièce de théâtre et il était enthousiaste. Quand il a su que c'était un film, il était déçu, alors je lui ai dit que nous allions travailler comme au théâtre." cliquez ici