Vue générale du site archéologique d'Angers où a été découvert un sanctuaire du dieu Mithra

Vue générale du site archéologique d'Angers où a été découvert un sanctuaire du dieu Mithra

Hervé Paitier - INRAP
Un sanctuaire romain, dédié à Mithra, divinité d'origine indo-iranienne, vient d'être découvert... à Angers

Il s’agit de l’un des rares lieux de culte de cette divinité connu dans l’ouest de la France. La plupart sont recensés dans l’est du pays.

Le site a été trouvé par une équipe de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) dans le cadre d’un chantier de cinq immeubles d’habitation.

"C’est une découverte exceptionnelle en Gaule", constate Christian Goudineau, professeur au Collège de France. Probablement introduit dans l’Empire par des militaires et des commerçants, le culte du dieu Mithra (ou mithraisme, voir encadré) a commencé à se répandre à la fin du Ier siècle après J.-C. Il s’agit d’un culte initiatique à mystères réservé… aux hommes, qui fut interdit en 392 de notre ère par l’empereur Théodose.

Le sanctuaire de Mithra: on distingue des deux côtés du trou la trace des bancs et au fond les podiums consacrés au dieu (France Télévisions - Laurent Ribadeau Dumas)"Le sanctuaire d’Angers a probablement été mis en place au début du IIIe et a servi jusqu’à la fin du IVe. Il a été aménagé dans la cave ou une pièce semi-enterrée de 7 m sur 10 d’une domus, riche maison privée", explique Jean Brodeur, responsable du chantier archéologique.


On distingue des deux côtés du trou la trace des bancs et au fond les podiums consacrés au dieu (France Télévisions - L. Ribadeau Dumas)

Il s’agissait, en l’installant dans un tel lieu, de rappeler la grotte dans laquelle la divinité était censée être venue au monde.

L’architecture du site correspond parfaitement aux sanctuaires mithraiques (ou mithraeums) déjà connus : on repère ainsi les restes de deux banquettes latérales de pierre de 7 m de long sur lesquelles se couchaient, pour participer au repas cultuel, une douzaine d’initiés parmi les plus élevés dans la hiérarchie de cette religion. Au pied des banquettes, des statues dont on a retrouvé les socles. Devant elles, deux podiums consacrés à la divinité. "Il ne manque, au plafond, qu’une voûte reproduisant un ciel étoilé. A Angers, elle n’existait probablement pas car on n’a pas trouvé sur place d’enduit peint", observe Jean Brodeur.

Au départ, le sanctuaire angevin a notamment pu être identifié grâce aux objets retrouvés à l’intérieur et à l’extérieur du site. A commencer par un gobelet en céramique, daté du IIIe et apparemment fabriqué à Lezoux (Puy-de-Dôme), sur lequel figure une dédicace explicitement offerte "au dieu invaincu Mithra" par un certain Genialis dans la première moitié du IIIe siècle. "Cet ex-voto est émouvant parce qu’il personnalise ce lieu de culte", souligne Maxime Mortreau, archéologue spécialisé dans l’étude des céramiques.
Le gobelet en céramique avec un ex-voto en l'honneur de la divinité (INRAP - Hervé Paitier)

Autre objet d’importance, datant en apparence du IVe : un vase à anses en forme d’animal (zoomorphe) représentant peut-être un cervidé et en grande partie conservé. "Il s’agissait d’un vase à ablution ou à libation, le seul de ce genre connu en Europe pour cette période", précise l’archéologue. Les fouilleurs ont par ailleurs mis au jour de nombreuses lampes à huile, ainsi que les fragments d’un lustre pourvu d’une très belle tête de Nubien. "Ces lampes permettaient de s’éclairer dans ce lieu obscur que constituait la cave. Elles devaient renforcer l’impression de mystère », pense Maxime Mortreau. Plusieurs centaines de pièces de monnaie ont également été retrouvés, « histoire de payer la divinité", explique Jean Brodeur avec humour. Fait significatif : la plus récente de ces monnaies date de 392, l’année de l’interdiction du culte.

Les archéologues ont par ailleurs mis à jour des os d’animaux, surtout de coqs. Souvenir des banquets cultuels dans lesquels ces volatiles constituaient le mets privilégié.

Vase à Anses en forme d'animal, peut-être de cervidé, trouvé sur le site du sanctuaire (INRAP - Hervé Paitier)

Nombre d’objets ont été découverts brisés en de multiples morceaux. Notamment une tête de Mithra avec un bonnet phrygien, dont le visage a été en grande partie visiblement effacé par une intervention humaine. A tel point que son identification n’est aujourd’hui accessible qu’aux seuls spécialistes. Les débris étant très nombreux, les archéologues doivent… passer la terre au tamis et s’armer de patience pour reconstituer les objets.

"On est là en présence d’actes de destructions volontaires", constate le responsable du chantier. Les archéologues ont par ailleurs retrouvé sur le site des traces d’incendie. De là à penser qu’il y a un lien avec l’interdiction du mithraisme par le pouvoir politique en 392 ? Ou à un acte iconoclaste par les chrétiens qui voyaient dans ce culte une forme de concurrence (voir encadré) ? On se perd là en conjectures et autres hypothèses…

Représentation de Nubien sur un fragment de lustre découvert sur le site (INRAP - Hervé Paitier)Auguste


"Quoi qu’il en soit, la découverte du mithraeum ne doit pas occulter le reste des fouilles", souligne Jean Brodeur. Des fouilles dont le résultat est important pour l’histoire d’Angers. Elles ont ainsi permis de constater que le lieu de culte mithraique était inséré dans un quartier densément peuplé de la ville, occupé dès le début de notre ère, sous le règne de l’empereur Auguste. 

La cité romaine occupait probablement un territoire d’une centaine d’hectares. Ce qui pouvait correspondre à une population de 3000 à 4000 habitants. Elle avait ainsi le profil d’une ville moyenne de l’Antiquité, loin des 50.000 à 70.000 âmes de Lugdunum (Lyon), la capitale des Gaules.