Juifs ultra-orthodoxes en train de prier au tombeau de Rachel

Juifs ultra-orthodoxes en train de prier au tombeau de Rachel

AFP - Menahem KAHANA
Benjamin Netanyahou a décidé d'inscrire au patrimoine national d'Israël deux lieux saints de Cisjordanie
Le caveau des Patriarches à Hébron est sacré pour les juifs et musulmans. Le tombeau de Rachel à Bethléem est vénéré par les juifs.

La décision du premier ministre israélien, critiquée dans le monde arabe, en Turquie, aux USA et en Europe, a entraîné des heurts plusieurs jours de suite fin février entre Palestiniens et soldats israéliens à Hébron.


Des militants de gauche israéliens ont également manifesté contre le projet qui entre dans le cadre d'un programme de restauration.

La tension était d'autant plus vive à Hébron le 25 février dernier que la journée marquait le 16e anniversaire du massacre de 29 Palestiniens dans une salle de prière du caveau des Patriarches par un colon israélien.

Plus de 160.000 Palestiniens vivent à Hébron, une des plus grandes villes de Cisjordanie dont l'armée israélienne s'est en partie retirée en 1998. La cité est agitée en permanence par des tensions entre Palestiniens et Israéliens en raison de la présence de 600 colons installés en son coeur. Tandis que 600 autres habitent l'implantation de Kyriat Arba située dans la périphérie. 

Les réactions en Israël et dans les Territoires
Cherchant à apaiser la situation, le premier ministre israélien a affirmé que sa décision n'avait "pas de caractère politique". Il a assuré qu'il n'y aurait "pas de changement de statut quo, ni au caveau des Patriarches, ni à la tombe de Rachel"'. Le premier ministre israélien a garanti "une liberté complète de culte" à toutes les religions.

Sa décision a été fustigée par le président palestinien, Mahmoud Abbas qui l'a qualifiée de "provocation", et a évoqué un risque de "guerre religieuse". "Le peuple palestinien comprend fort bien que cette décision a un sens politique et qu'elle vise à faire qu'Israël s'approprie des sites qui font partie d'un territoire occupé", a expliqué de son côté le premier ministre palestinien, Salam Fayyad. De son côté, le mouvement palestinien Hamas, au pouvoir à Gaza, a appelé les Palestiniens à "se soulever" pour "défendre" ces lieux saints.

Réponse du bureau de Benjamin Netanyahou, qui a évoqué "une campagne hypocrite": les deux sites "sont les lieux où depuis plus de 3500 ans sont enterrés nos ancêtres Abraham, Isaac, Jacob, et les matriarches Sarah, Rébecca, Léa et Rachel, et méritent de toute évidence d'être préservés et rénovés". Les services de Benjamin Netayahou ajoutent que "l'Etat d'Israël s'est engagé à assurer la liberté de culte de toutes les religions sur tous les lieux saints, et c'est ce qu'il fait effectivement". 


Dans le même temps, des colons juifs de Cisjordanie occupée ont demandé à Benjamin Netanyahou d'inscrire au patrimoine israélien deux autres tombes de personnages bibliques dans la même région, a rapporté le quotidien Yediot Aharanot. Il s'agit des tombes présumées d'Othniel Ben Kenaz, un des Juges de la Bible, et de Ruth la Moabite, arrière-grand-mère du roi David.

D'une manière générale, la presse israélienne se montre très critique vis-à-vis du premier ministre de l'Etat hébreu. Pour Haaretz, ce dernier est un "maître pyromane" qui risque une fois de plus de mettre le feu aux poudres, après avoir déjà provoqué en 1996 "des heurts sanglants en ouvrant un tunnel" antique le long de l'Esplanade des mosquées, sous la vieille ville de Jérusalem. Le journal ne nie pas que le tombeau de Rachel et le caveau des Patriarches font partie de l'héritage juif et "méritent d'être préservés". Il se demande cependant s'il "fallait ouvrir une telle boîte de Pandore, à l'heure où le monde attend une reprise des négociations de paix entre Israël et les Palestiniens", suspendues depuis plus d'un an.

"Netanyahou a prouvé une fois de plus qu'il est incapable de résister à la pression", estime-t-il. Haaretz et Yediot Aharanot assortissent leurs critiques de caricatures du premier ministre sur une boîte d'allumettes.

Sous le titre "l'héritage de Bibi" (surnom de Benjamin Netanyahou), le journal populaire Maariv l'accuse "de n'avoir rien appris du passé" et d'avoir cédé à l'extrême droite.

Musulmans en train de prier dans la mosquée Ibrahimi (ou caveau des Patriarches pour les juifs) (AFP - Hazem BADER )


Critiques internationales
La décision du premier ministre israélien est également critiquée à l'étranger. L'UNESCO a fait part de "sa préoccupation face à l'escalade de la tension qui en résultait dans la région". Le caveau des Patriarches et le tombeau de Rachel ont "une signification
historique et religieuse non seulement pour le judaïsme mais aussi pour l'islam
et la chrétienté", a souligné l'ONU.

Les Etats-Unis ont mis en garde contre des "actions provocatrices" risquant de mettre en péril le processus de paix. Pour la France, la mesure ne va pas dans le sens de la "confiance" "pour favoriser un climat positif".

L'Organisation de la conférence islamique et les deux pays arabes de la région à avoir signé un traité de paix avec l'Etat hébreu, l'Egypte et la Jordanie, ont eux aussi protesté. Pour la Syrie, "l'annexion" des deux lieux saints "constitue une violation flagrante de la loi internationale". L'Arabie saoudite a dénoncé "une sérieuse provocation" de la part d'Israël. Au Liban, le mouvement chiite a dénoncé "l'arrogance" des autorités israéliennes. 

La Turquie, pays musulman laïque, qui a longtemps fait figure d'allié régional de l'Etat hébreu, estime que la mesure concerne des monuments historiques appartenant à "l'héritage culturel islamique". Elle va créer une "profonde défiance et nuire aux efforts soutenus déployés en cette période critique pour reprendre les entretiens visant à résoudre le conflit israélo-palestinien", estiment les autorités d'Ankara.

                                                                            Les deux sites concernés

Le tombeau de Rachel est, selon la tradition, le lieu où est enterrée la matriarche (terme rare désignant une femme qui joue un rôle prépondérant au sein d'une communauté) biblique Rachel. Il est situé près de Bethléem. Selon la Bible, celle-ci fut l'épouse préférée du patriarche Jacob, père de 12 fils, souche des 12 tribus d'Israël. Le site est considéré comme le troisième lieu saint du judaïsme, après le mont du Temple et le tombeau des Patriarches. C'est notamment un lieu de pèlerinage pour les femmes qui n'arrivent pas à enfanter, rappelle  Wikipedia. Le tombeau actuel consiste en un rocher surmonté de 11 pierres, chacune pour les 11 enfants de Jacob qui étaient en vie quand Rachel mourut en donnant naissance à Benjamin.

Le caveau des Patriarches est un site vénéré par les deux religions juive et musulmane, et divisé en deux. Les musulmans désignent le lieu sous le nom de mosquée d'Ibrahim (nom musulman d'Abraham) ou sous l'appellation Haram El Khalil, "Sanctuaire du Bien-aimé", c’est-à-dire d’Abraham, bien-aimé de Dieu).

Ayant reçu l'appel de Dieu, Abraham, père des trois grandes religions monothéistes (juive, musulmane et chrétienne), vint s'établir à Hébron avec sa famille après avoir quitté "Ur en Chaldée" (Irak actuel), raconte l'Ancien Testament. A la mort de sa femme Sarah, il aurait négocié l’achat d’un terrain avec une grotte dans laquelle il aurait déposé la dépouille. Abraham y aurait lui-même été enterré. Par la suite, son fils Isaac et sa belle-fille Rébecca, puis Jacob, le fils de ce dernier, et sa première épouse Léa, y auraient également été inhumés.

Ce tombeau familial aurait été construit à l'époque du Christ. Dans un coin de la section musulmane, on trouve une empreinte de pied qui serait celle d’Adam: selon la tradition islamique Adam et Ève seraient venus s'installer à Hébron après avoir été chassés du jardin d’Éden.

Le 25 février 1994, un colon israélien d'extrême droite, Baruch Goldstein, avait tué 29 personnes à l'arme automatique dans une salle de prière du caveau des Patriarches. Des dizaines d'autres furent blessées.
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