Le philosophe et mathématicien René Descartes (1596-1650).
DRC'est ce que défend Theodor Ebert, professeur de philosophie à l'université d'Erlangen, spécialiste allemand d'Aristote et de Platon, dans son livre non traduit en français "Der rätselhafte Tod des René Descartes" ("La mort énigmatique de René Descartes").
Le philosophe n'aurait donc pas succombé à la maladie mais aurait été assassiné.
En 1650, René Descartes est invité à Stockholm par la reine Christine de Suède. Elle lui demande des cours chaque matin, à cinq heures. Le philosophe français, qui n'est pas matinal, n'aurait pas supporté le froid suédois et serait tombé gravement malade. C'est ce que retient l'histoire officielle mais pas Theodor Ebert.
Dans des archives de l'époque sur les derniers jours de René Descartes, Ebert constate que les symptomes décrits (vertiges, maux d'estomac, saignements dans les urines) ne sont pas ceux d'une pneumonie mais ceux d'un empoisonnement. Autre fait significatif pour Ebert, le penseur français aurait demandé quelques jours avant sa mort un mélange de vin et de tabac, une mixture faîte pour vomir et un remède connu contre l'arsenic.
La raison de cet empoisonnement : la Reine Christine de Suède, protestante, est susceptible de se convertir au catholicisme. François Viogué, "missionnaire apostolique" français pour les pays du Nord, en informe ses supérieurs au Vatican, en 1648.
Mais les positions de Descartes sont en dissonance avec les dogmes catholiques. Notamment celui fondamental de la transsubstantiation, principe selon lequel le corps du Christ se trouverait réellement dans les hosties. Une réalité physique impossible, selon l'auteur du "Discours de la Méthode".
Selon Ebert, le Vatican, et Viogué, auraient donc vu en Descartes un obstacle à la conversion de la Reine de Suède. Le missionnaire français aurait donc empoisonné le philosophe avec une hostie empoisonnée, le 2 février 1650. René Descartes décède le 11 février. Quatre ans plus tard, Christine de Suède abandonne sa couronne, renonce au mariage et devient catholique. Elle est aujourd'hui enterrée à la basilique Saint-Pierre à Rome.
De minces preuves et des avis partagés
Ebert a épluché des archives. Il a retrouvé dans les correspondances entre la reine et l'ambassadeur de France à Stockholm, des éléments qui attestent, selon lui, d'une volonté d'étouffer l'affaire.
L'universitaire allemand souligne aussi le fait que Viogué ait refusé l'extrême onction à Descartes. Un élément supplémentaire qui étayerait sa thèse.
Aucun prélévèvement n'a été fait sur la dépouille de l'inspirateur du cartésianisme qui repose à l'Eglise Saint-Germain-des-Prés, à Paris. Mais cette étape décisive pour affirmer ou infirmer la thèse d'Ebert est loin d'être prévue.
Le scénario de Theodor Ebert est pris au sérieux par certains universitaires alleman. Mais il laisse perplexe les spécialistes français de Descartes. Pis, pour certains, elle n'est pas pertinente. Pour l'académicien Jean-Luc Marion, "la question, purement anecdotique, n'a aucun intérêt". Michel Fichant, qui dirige avec lui le Centre d'études cartésiennes, va plus loin : "le journalisme à sensation de M. Ebert ne touche à rien d'essentiel ni même de simplement intéressant".


