Ulysse et les syrènes, mosaïque romaine du IIIe siècle découverte à Dougga et exposée au Musée national du Bardo
AFP - Only France - Only World - Olivier BarbierCe somptueux musée, installé dans les bâtiments de deux palais des beys de Tunis (XIXe), est notamment connu dans le monde entier pour la richesse de ses collections de mosaïques. Il fait actuellement l’objet d’une très importante opération de modernisation, la fin des travaux étant prévue pour mars 2012.
Cette profonde rénovation va permettre de raconter différemment l’histoire de la Tunisie. L’événement prend un relief particulier à un moment où le pays s’éveille à la démocratie.

Cour intérieure dans le Musée national du Bardo (AFP - Hemis.fr - Patrick Escudero)
« Le Bardo a pour mission de raconter et d’expliquer au peuple tunisien sa très longue histoire et les éléments de son identité culturelle », explique son conservateur en chef, Taher Ghalia. Une histoire qui se perd dans la nuit des temps, se poursuit avec Carthage et les Numides, les Romains, les Byzantins, l’islam, les Espagnols, les Turcs, les Français…
Jusque-là, l’établissement mettait surtout l’accent sur l’époque romaine au détriment, notamment, de la période islamique. D’une part en raison de l’importance des ruines romaines en Tunisie. « Mais aussi parce que le musée était pris d’assaut par les archéologues antiquisants formés à l’école orientaliste. Quelque part, c’est un peu l’héritage de la colonisation », souligne le responsable.

Le conservateur en chef du Musée national du Bardo, Taher Ghalia, devant une mosaïque représentant Persée et Andromède (France Télévisions - Laurent Ribadeau Dumas)
Aujourd’hui, la construction d’un nouveau bâtiment, qui va permettre de doubler la surface du Bardo (de 13.000 à
« N’y voyez pas l’expression d’un quelconque nationalisme !», tient à préciser Taher Ghalia. « Nous voulons donner une vision plus large que celle procurée jusque là. Il s’agit de montrer l’ancrage en Afrique de la Tunisie, qui, dans le même temps, a donné des civilisations méditerranéennes importantes comme Carthage ».

Carrelage islamique (XIXe ?), exposé au ministère de la Culture à Tunis (France Télévisions - Laurent Ribadeau Dumas)
« Dans un pays comme le nôtre, qui est en pleine évolution, les mentalités évoluent. Chacun cherche sa place », constate Hana Ouaz. Ce qui engendre des questions auquel un établissement comme le Bardo entend contribuer à répondre. « Le climat démocratique va nous permettre de raconter notre histoire sans aucune censure », estime Taher Ghallia.
Pour autant, le responsable du musée reconnaît qu’au temps de l’ancien régime, il n’avait pas de problème sur le plan scientifique. « Mais il n’y avait pas de volonté politique pour porter ce projet éducatif et culturel, pour le légitimer auprès de l’opinion public. Les dirigeants de la dictature n’en comprenaient pas l’intérêt stratégique pour l’identité tunisienne », explique le conservateur en chef. Au-delà, il n’y avait pas d’intérêt pour sauvegarder le patrimoine national.
« Celui-ci n’était qu’un décor !», regrette M. Ghalia. Un décor mais aussi une source de revenus pour le clan Ben Ali-Trabelsi, entre déclassements de terrains pour des opérations foncières à Carthage (banlieue chic de Tunis) sur un site pourtant protégé au Patrimoine mondial de l’UNESCO, et trafics d’antiquités…

Baptistère paléochrétien du VIe siècle, découvert à Kelbia (Tunisie) et exposé au musée du Bardo (AFP - The Art Archive - Bardo Museum Tunis - Gianni Dagli Orti )
L’époque de la dictature est révolue. « Aujourd’hui, nous pouvons aller au-delà des intérêts particuliers et agir pour que le patrimoine devienne un outil de développement. Notamment grâce à un musée digne de ce nom », souligne son responsable.
De ce point de vue, le Bardo, et au-delà la Tunisie, ont trouvé une ambassadrice plutôt inattendue : une… mosaïque. Mais pas n’importe laquelle. Il s’agit en l’occurrence d’une des très rares représentations du poète latin Virgile, auteur de l’Enéide, la fameuse épopée. Une représentation « proche de la réalité », selon M. Ghalia. La mosaïque a été prêtée pour une exposition organisée à Mantoue (Italie), cité natale du poète, à l'occasion du 150e anniversaire de l’Italie. Elle figure d’ailleurs sur l’affiche de ladite exposition.
« Ce chef d’œuvre prouve le haut niveau culturel des élites africaines à l’époque romaine, qui ont pris une grande part dans

Le poète latin Virgile en train d'écrire l'Enéide: mosaïque de la fin du IVe de notre ère; musée du Bardo à Tunis (AFP - The Art Archive - Bardo Museum Tunis - Gianni Dagli Orti)
Le site du Musée national du Bardo


