Le site archéologique de Noyon labouré par les pilleurs

Le site archéologique de Noyon labouré par les pilleurs

INRAP
Des pilleurs, équipés de détecteurs de métaux, ont investi de nuit un chantier archéologique à Noyon

Ils ont creusé une centaine de trous pour récupérer des objets métalliques, apparemment des monnaies et des fibules antiques, des cerclages de cuivre et des têtes d'obus de 1914-1918.

Les archéologues ont retrouvé sur le site des traces d'occupation humaine depuis la période néolithique (6000 ans avant J.-C.) jusqu'à la Première guerre mondiale.


Les dommages scientifiques sont importants. Les vestiges des constructions antiques, en cours de fouille, sont en grande partie détruits. De plus, les objets volés sont perdus pour les chercheurs dans la mesure où même s'ils sont retrouvés, on ne connaîtra jamais le contexte de leur découverte.

Le pillage des sites archéologiques avec des détecteurs de métaux (communément appelés poêles à frire) est un phénomène fréquent. Il est d'autant plus fréquent que ceux qui s'y livrent n'ont en général pas besoin de creuser en profondeur...

"Il y a deux sortes de pilleurs. Il y a d'abord les amateurs qui se baladent avec leur poële à frire pour enrichir leur collection personnelle. Ils cherchent aussi des objets qu'ils vendront ensuite sur eBay, site sur lequel on trouve des choses hallucinantes. A côté d'eux, on trouve de vraies bandes organisées", explique un spécialiste. Parmi les pilleurs, on trouve notamment des collectionneurs passionnés d'objets des guerres: plaques de soldats, obus... 

Précisons au passage que la prospection à l'aide de détecteurs de métaux, qui exige une autorisation administrative, est strictement interdite dans l'Oise et dans tous les départements de la région Picardie. Région où se sont déroulés parmi les plus violents combats de la Première guerre mondiale. L'activité peut en effet être dangereuse dans la mesure où elle peut amener la découverte de munitions, d'obus et de mines qui peuvent encore exploser.

Le site archéologique de Noyon fait actuellement l'objet d'un diagnostic archéologique, mené par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), en préalable à la construction du canal à grand gabarit Seine-Nord Europe qui va être creusé sur 106 km entre Compiègne (Oise) et Aubencheul-au-Bac (Nord). Il s'agira du "maillon central de la liaison européenne Seine-Escaut", précise le site de Voies Navigables de France. Le canal, qui sera mis en service en 2015, représentera "un nouveau système pour le transport de marchandises entre la France, la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne", selon la même source.

Que dit la loi ?

Le pillage d’un site archéologique, sa destruction, sa dégradation ou sa détérioration sont punis de sept ans d’emprisonnement et de 100.000 € d’amende. Cette peine peut être portée à dix ans d’emprisonnement et 150.000 € d’amende lorsque les actes sont commis par plusieurs personnes agissant en qualité d’auteur ou de complices. Les pilleurs en possession d’engins de guerre peuvent par ailleurs être poursuivis pour détention et transport d’arme de première catégorie.

Au niveau européen, les biens culturels sont protégés par la Convention de Malte, ratifiée par la France en 1996.

Au niveau mondial, la Convention de Rome, conclue sous l'égide de l’UNESCO, s'intéresse aux mesures à prendre pour empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels.

Autre texte: la Convention d'Unidroit pour les biens culturels volés ou illicitement exportés.

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