Les deux menhirs couchés découverts à Champagne-sur-Oise (Oise)
Photo Denis-Gliksman - INRAPLors d’une fouille menée avant la construction d’un lotissement, une équipe de l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) a mis au jour deux menhirs datant du Néolithique moyen (4600-3500 av. J.-C.) sur un site ultérieurement occupé par l’homme, notamment à l’époque gauloise.
Que venaient-ils faire là ? Mystère…
Le site, implanté à
Autre signe d’une présence humaine dans l’Antiquité, les restes d’une ferme gauloise (peut-être pourvue d’un étage) avec deux enclos : l’un pour le bétail, l’autre pour les humains. Le bâtiment d’habitation avait une superficie d’environ
Trous de poteau de la ferme gauloise retrouvée par l'équipe de l'INRAP à Champagne-sur-Oise (Denis Glyksman - INRAP)
Dernière découverte, et non des moindres : celle des deux mégalithes (deux mètres de long sur 0,80 de large), abattus on ne sait quand et retrouvés dans une fosse. L’un est en grès, l’autre en calcaire. "Pour l’instant, nous n’avons pas retrouvé à proximité d’éléments permettant de les dater plus précisément, à l’exception d’un clou d’époque gauloise", explique le responsable de l’INRAP. Le menhir en grès porte des trace de piquetage et de "bouchardage" ("trace de marteau à tête carrée garnie de pointes servant à égaliser la surface d’une pierre", dixit "Le Petit Robert") ainsi que des traces de débitage. Le sommet du second mégalithe a été visiblement taillé pour être mis en forme. Au centre du site, les archéologues ont probablement mis au jour la fosse dans laquelle les mégalithes avaient été dressés.
Par ailleurs, de petits blocs de pierre découverts juste à côté des deux menhirs pourraient être les restes d’un troisième, débité ultérieurement pour être réutilisé. "Il peut aussi s’agir de pierres pour les caler dans le sol", estime Richard Cottiaux, archéologue à l’INRAP, spécialiste du Néolithique. Une chose semble sure : les blocs ont été visiblement abattus par l’homme. "Peut-être parce que les mentalités avaient évolué et qu’on avait besoin de récupérer des pierres", précise l’archéologue. "Ils semblent avoir été abattus soit au Néolithique, soit vers l’âge du Fer, soit vers 100 avant J.-C", pense de son côté Jacques Legriel.

Un archéologue de l'INRAP en train d'étudier les deux mégalithes (Denis Gliksman - INRAP)
Les mégalithes du Bassin parisien sont évidemment moins nombreux qu’en Bretagne et en Languedoc. On en a cependant recensé 21 dans le Val-d’Oise. Sans compter 18 ensembles de pierres levées détruits depuis le début du XIXe pour produire… les pavés des rues. Ainsi un article publié en 1905 dans le Bulletin de la Société d’Excursions scientifiques signale la présence d’un alignement de menhirs à Champagne-sur-Oise même. Alignement aujourd’hui disparu.
Comme dans le Morbihan...
La découverte de l’équipe de l’INRAP n’en reste pas moins exceptionnelle. Elle rappelle celle faite en 2006 à Betz (Morbihan) de 18 menhirs renversés à quelques kilomètres des célébrissimes alignements de Carnac. Cette découverte fournit des informations que ne livrent pas les sites connus et très fréquentés par l’homme. Ainsi à Carnac, la plupart des sols néolithiques ont disparu. A Betz, au contraire, les mégalithes, couchés, ont été conservés dans leur environnement sédimentaire d’origine. Ils peuvent livrer de fort intéressantes données. Le site a ainsi révélé une grande quantité de vestiges : réseau de fossés, fondations de murs …
"Grâce à tous ces éléments retrouvés sur place, mais aussi grâce à d’autres éléments comme les charbons de bois, on collecte des informations sur la date d’érection de ces monuments. Cela permet donc aussi de connaître l’évolution du site lui-même", commente Stéphane Hinguant, l’un des découvreurs de Belz. Lors de sa visite à Champagne-sur-Oise, celui-ci immédiatement fait le lien avec les fouilles qu’il a effectuées dans le Morbihan.
La découverte francilienne est donc, elle aussi, fort intéressante sur le plan scientifique. Reste maintenant à terminer l’opération de dégagement. Et à interpréter la trouvaille.
Seule certitude: "En soi, ces objets n’ont rien à faire là. On ne les a pas retrouvés dans une carrière. De là, ils ont été déplacés, puis volontairement mis en terre avant d’être abattus", constate Richard Cottiaux. Et d’ajouter: "On ne peut rien dire d’autres pour l’instant. Il faut maintenant prendre le temps d’étudier tout cela. Nous ne travaillons pas comme nos collègues anglo-saxons qui affichent leurs certitudes pour faire des mises en scène !"
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Menhirs, dolmens et autres mégalithes...
Une seule certitude en ce qui concerne les mégalithes (du grec "grande pierre") : ils ont été construits dans une période s’étendant environ entre 4600 et 3500 avant J.-C., celle que les archéologues appellent le Néolithique moyen. |



