Les colonnes de Buren, avant leur rénovation (la photo date du 26 mars 2005)

Les colonnes de Buren, avant leur rénovation (la photo date du 26 mars 2005)

AFP PHOTO STEPHANE DE SAKUTIN
Après 18 mois de travaux de rénovation, les fameuses colonnes du Palais-Royal sont à nouveau accessibles au public

Montant des travaux: six millions d'euros. Seule modification visible: les plots lumineux, qui émergeaient, sont désormais placés au ras du sol.

Les 260 colonnes rayées en marbre noir et blanc, installées dans la cour d'honneur du Palais-Royal à la place d'un ancien parking, avaient été inaugurées en 1986, déclenchant une très vive polémique.

Le revêtement de surface (de l'asphalte) a été intégralement refait, de même que le réseau de circulation d'eau et la fontaine. Désormais, l'eau coule en sous-sol et le système d'éclairage, mis hors d'usage par un court-circuit, fonctionne. Les colonnes ont été nettoyées.

Celles-ci appartiennent à une oeuvre intitulée "Les Deux Plateaux", venue intégrer un site du XVIIe siècle et commandée par le ministre de la Culture d'alors, Jack Lang (PS). Montant de cette commande publique: 1 million d'euro.

Violente polémique
L'installation avait déclenché une polémique nationale (rappelant un peu la fameuse "querelle des anciens et des modernes" dans le monde intellectuel à la fin du XVIIe siècle...), notamment sur le fait de placer un monument résolument contemporain dans un décor ancien. Beaucoup trouvant que l'ensemble artistique enlaidissait les lieux. Certains voulaient aller jusqu'à le détruire.

Peintre et sculpteur français né en 1936, Daniel Buren s'intéresse notamment aux liens entre art et architecture. La polémique avait contribué à asseoir sa réputation au niveau international. 

"Aujourd'hui, les gens ont peine à imaginer la vague de violences verbales, de colère et de haine" que cette oeuvre avait déclenchée à droite et dans certains journaux, se souvient aujourd'hui Jack Lang.

En 2010, les esprits semblent plutôt calmés, même si certains pensent toujours que ces colonnes n'ont pas leur place en ce lieu vénérable, à quelques encâblures du Conseil d'Etat, du ministère de la Culture et de la Comédie française. Pour autant, le grand public assimile désormais l'ensemble au Palais-Royal. Un ensemble que de nombreux touristes, français et étrangers, viennent admirer. "L'appropriation de l'oeuvre de Buren par les visiteurs est mondiale", pense Jack Lang.

"Depuis le tout début, j'ai été ravi et intéressé de voir que les gens venaient. Ils sont toujours là, discutent, se donnent rendez-vous, les enfants inventent des jeux", explique le sculpteur. "Tout cela est objectivement positif", ajoute-t-il. Le 8 janvier 2010, lors de l'inauguration de la nouvelle version du site, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a décrit l'oeuvre comme "la conjonction de l'ancien et du nouveau, de la création et du patrimoine".  "Avec le recul du temps, force est de constater que les colonnes de Buren ont conquis une place (...) je dirais, presque royale dans l'espace public", a ajouté le ministre.  

Délabrement et rénovation
Au fil des années, le site s'était beaucoup dégradé. "On était arrivé à un point de délabrement extrême", rappelle Daniel Buren . "La moitié de l'oeuvre n'était plus dans son état de présentation optimal", selon lui.

Estimant que "n’importe quel trottoir est mieux entretenu", l'artiste avait laissé éclater sa colère en décembre 2007. Il avait dénoncé un "vandalisme d'Etat" consistant, à ses yeux, à ne pas réparer les colonnes. Il avait alors menacé de les démonter si celles-ci n'étaient pas restaurées. "J'ai menacé de faire un procès pour défendre mon droit moral. Je demandais la destruction de l'oeuvre si l'Etat estimait qu'il n'avait pas les moyens pour la restaurer", explique-t-il aujourd'hui. "J'étais prêt à aller jusqu'au bout", assure-t-il.

Il n'en a pas eu besoin. Peu après cet éclat, la ministre de la Culture d'alors, Christine Albanel, avait donné un coup d'accélérateur aux travaux, déjà planifiés. "Cette deuxième polémique, lancée à bon droit par Daniel Buren, a mis en exergue le devoir de l'Etat d'entretenir ses commandes publiques", estime Frédéric Mitterrand.

Le sculpteur se dit très satisfait de la rénovation. Les colonnes "sont comme elles étaient il y a presque 25 ans. C'est très réussi, très bien fait. Même si elles ne sont pas visibles, les améliorations sont intéressantes pour le futur", conclut-il.

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