Morceau de bas-relief montrant des porteurs d'offrande à Persépolis, capitale de l'empire des Achéménides
AFP - British MuseumTéhéran entend ainsi protester contre les multiples reports du prêt, par le prestigieux musée britannique au somptueux Musée national de Téhéran, du "cylindre de Darius" II, trésor de la Perse antique en argile vieux de 2600 ans (voir encadré).
Dans le même temps, la République islamique a décidé de fermer son territoire aux archéologues d'Albion.
"Comme le cylindre de Cyrus n'a pas été transféré en Iran, nous allons porter plainte contre le British Museum auprès de l'UNESCO et rompre les relations", a annoncé le responsable de l'Organisation iranienne du patrimoine culturel et du tourisme, Hamid Baghai.
Le British Museum a réagi dans un communiqué en exprimant sa "grande surprise" après la décision prise par l'Iran. Il affirme avoir informé les Iraniens de son intention de transférer le précieux objet à Téhéran "pendant la deuxième quinzaine de juillet" 2010. L'établissement muséographique "a tout le temps agi de bonne foi et porte la plus haute estime à ces relations jusqu'alors bonnes avec l'Iran. Il est à espérer que cette affaire puisse être réglée le plus rapidement possible", ajoute le communiqué.
Jusque là, le musée avait effectivement su maintenir des relations cordiales avec ses partenaires iraniens. Son directeur, Neil MacGregor, avait ainsi été chaleureusement reçu à Téhéran en janvier 2009. Celui-ci était venu emprunter de précieux objets pour une exposition sur le souverain iranien Chah Abass (1571-1629), à une époque où les relations politiques et culturelles étaient déjà très tendues entre les deux pays.
Arguments iraniens et britanniques
"Le British Museum nous avait dit qu'il nous transférerait [le cylindre de Darius] en septembre, puis en novembre, et finalement le 16 janvier. Nous avons jusqu'à présent investi 200.000 dollars dans les dispositifs de sécurité permettant de protéger ce prêt", explique Hamid Baghai. Affirmations que le musée n'a pas commenté. "Nous avons reçu une lettre dans laquelle ils disaient qu'ils ne pouvaient pas envoyer le cylindre du fait des incidents de l'Achoura", a ajouté le responsable de l'Organisation du patrimoine culturel et du tourisme. Une allusion aux affrontements meurtriers du 27 décembre entre forces de l'ordre et partisans de l'opposition iranienne.
Pour sa défense, l'établissement britannique, cité par lemonde.fr, affirme qu'un important évènement l'a contraint à différer l'échange. "Des fragments en argile, portant le même texte que le cylindre, ont miraculeusement été retrouvés dans les réserves du musée, fin 2009. Ce qui voudrait dire, affirment les spécialistes, que le texte de Cyrus II avait été copié, un scénario que personne n'avait jusqu'alors imaginé, les historiens pensant le rouleau unique", explique lemonde.fr. Pour cette raison, le "British" dit avoir voulu se donner six mois supplémentaires pour chercher d'autres fragments avant de remplir son engagement vis-à-vis de l'Iran.
Une affaire très politique ?
Ce dernier argument paraît quelque peu en contradiction avec ceux évoqués par le British Museum dans le passé. Ce dernier s'était engagé au prêt en janvier 2009, lors de la visite de son directeur à Téhéran. Mais en septembre 2010, le musée avait fait savoir que le projet de prêt du cylindre était retardé pour des "raisons pratiques" non précisées.
En octobre, la responsable du service de presse du célèbre établissement expliquait: "Nous avons effectivement pris l'engagement de prêter le cylindre de Cyrus à l'Iran et nous avons tout à fait l'intention d'honorer cet engagement. Nous espérons pouvoir être en mesure de le faire dès que possible. Mais comme pour tout prêt de cette nature, nous aimerions nous assurer que la situation dans le pays le permet". Sous-entendu: la situation politique, très troublée par les manifestations et leur répression qui a suivi la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009. L'argument fait bondir les Iraniens pour qui "développements de politique intérieure" n'ont rien à voir avec "héritage culturel".
Signalons au passage que Téhéran a accusé Londres et Washington de téléguider ces évènements. De là à penser que la Grande-Bretagne rendait, à un autre niveau, aux Iraniens la monnaie de leur pièce, il n'y a qu'un pas...
D'autres affaires
Pour autant, on peut penser que les Britanniques hésitent à envoyer dans son pays d'origine un objet ancien qui a une forte valeur symbolique, de peur qu'il ne revienne jamais au British Museum... Même si elle est différente, cette affaire peut être rapprochée d'autres affaires récentes qui portent sur la restitution, à leurs pays d'origine, de pièces antiques exposés dans des musées occidentaux: les frises du Parthénon d'Athènes (British Museum), réclamées par la Grèce; le buste de Néfertiti (Neues Museum de Berlin), réclamé par l'Egypte; les deux têtes d'animaux (un rat et un lapin) en bronze, propriétés de la collection d'Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, volées lors du sac du Palais d'Eté à Pékin en 1860 et réclamées par la Chine.
Le différend entre le "British" et Téhéran rappelle aussi l'affaire de fragments de fresque volés dans une tombe princière de la région de l'antique Thèbes, acquise par le Louvre et dont l'Egypte exigeait la restitution. Désireuse de récupérer les oeuvres de son patrimoine éparpillées dans le monde entier, Le Caire avait même suspendu toute coopération archéologique avec la France dans l'attente de leur restitution. Les fragments ont été rendus.
Le cylindre de Cyrus Sur l'objet, découvert en 1879, est inscrite une proclamation en akkadien cunéiforme du "roi des rois" Cyrus II le Grand, fondateur de l'empire perse des Achéménides. L'inscription, l'un des plus célèbres textes cunéiformes, est consécutive à la prise de Babylone par ce dernier en 539 av. J.-C. Elle est couramment mentionnée comme la "première charte des droits de l'homme", mais une telle filiation est controversée, constate l'encyclopédie en ligne Wikipédia. Lequel pense qu'il faut plutôt resituer le texte dans "une tradition mésopotamienne présentant l'idéal du roi juste", selon Wikipédia.Voir aussi: http://www.iranchamber.com/history/cyrus/cyrus_charter.php |


Sur l'objet, découvert en 1879, est inscrite une proclamation en akkadien cunéiforme du "roi des rois" Cyrus II le Grand, fondateur de l'empire perse des Achéménides. L'inscription, l'un des plus célèbres textes cunéiformes, est consécutive à la prise de Babylone par ce dernier en 539 av. J.-C. Elle est couramment mentionnée comme la "première charte des droits de l'homme", mais une telle filiation est controversée, constate l'encyclopédie en ligne
