Valéry Giscard d'Estaing et Nicolas Sarkozy visitant l'hôtel de la Marine (à Paris le 19 septembre 2011
AFP - MIGUEL MEDINAL'état-major de la marine doit quitter dans trois ans cet ancien garde-meuble de la royauté sous Louis XV qui donne sur la place de la Concorde à Paris.
Les marins l'occupent depuis... 1789. C'est dans ce lieu chargé d'histoire que fut signée la condamnation de Louis XVI à la guillotine, comme l'abolition de l'esclavage.
Nommé par l'Elysée président de la commission sur l'avenir du bâtiment pour apaiser une virulente polémique (voir plus loin), Valéry Giscard d'Estaing recommande donc le choix du Louvre comme "opérateur de référence", dans son rapport final remis à Nicolas Sarkozy. Il confirme ainsi ses premières orientations, rendues publiques en juillet.
Le rapport précise la façon dont les espaces pourront être utilisés.
L'hôtel de la Marine est "emblématique du patrimoine national", a souligné VGE lors d'une conférence de presse. Il "doit demeurer propriété de l'Etat français et à travers lui du peuple français", a-t-il ajouté. "On n'allait pas livrer l'hôtel de la Marine à la spéculation financière !", s'est-il par ailleurs exclamé.
Nicolas Sarkozy et VGE ont visité lundi ensemble ce qui fut le garde-meuble de la royauté sous Louis XV. Les deux hommes se sont ensuite entretenus pendant plus d'une heure sur le contenu du rapport. Le chef de l'Etat doit désormais prendre une décision finale dans un délai qui n'a pas été précisé.
Les propositions de Giscard
Côté place de la Concorde, le long de la colonnade, l'établissement public du Louvre sera chargé de créer une "galerie du Trésor français", notamment dans la pièce qui a abrité les "joyaux de la Couronne". Elle présentera "les fleurons des collections illustrant la civilisation et le goût français", suggère le rapport. Les objets et oeuvres viendront du Louvre mais aussi du Mobilier national, des Arts décoratifs, de la Manufacture de Sèvres, de l'Imprimerie nationale ou de la Bibliothèque nationale de France.
Des expositions temporaires seront organisées au deuxième étage.
Le public devra pouvoir accéder au balcon de la colonnade du premier étage donnant sur la place de la Concorde, souligne le rapport.
Les promeneurs auront également accès au rez-de-chaussée et à ses cours principales, qui seront bordées d'espaces de vente ou d'exposition autour de "l'art de vivre" français: métiers d'art, gastronomie, formations à l'artisanat d'art... Ces activités, de même qu'un restaurant, seront concédées selon un cahier des charges précis.
La commission recommande également de permettre à la Cour des comptes de s'installer sur 2000 m2 de surfaces de bureaux donnant sur la rue Saint-Florentin. Les vastes espaces restants pourraient être loués comme bureaux.
Les travaux d'aménagement devraient coûter 70 à 80 millions d'euros, a indiqué Valéry
Giscard d'Estaing. Mais cela serait compensé en partie par le produit de la vente des locaux actuels de la Cour des comptes, a-t-il fait valoir. "L'objectif est que cela coûte zéro au contribuable", a-t-il ajouté. Les recettes de visite, la location des boutiques et des bureaux devraient équilibrer les dépenses de fonctionnement et d'entretien, a-t-il dit.
Passions
La remise du rapport de la commission devrait mettre fin à une virulente polémique attisée depuis qu'a été éventé un projet de le confier sur une très longue durée à l'homme d'affaires Alexandre Allard.
Ce projet gouvernemental a suscité l'émoi d'historiens (notamment Pierre Nora), d'un écrivain comme Régis Debray, de défenseurs du patrimoine, de militaires, de spécialistes de l'art, qui ont signé une tribune dans Le Monde dénonçant la transformation de l'hôtel de la Marine, "maison qui est, à sa manière, une leçon d'histoire de France" en "Barnum commercial assorti de suites de luxe".
Jusqu'au bout, Alexandre Allard aura tenté d'emporter la décision. La semaine dernière, quelque 180 personnalités comme les actrices Isabelle Adjani et Carole Bouquet, les chanteurs Johnny Halliday, Florent Pagny ou Yannick Noah, ont plaidé la cause d'Alexandre Allard dans une lettre ouverte à VGE intitulée "Hôtel de la Marine: Osons la rupture. Osons la culture" et publiée dans Le Monde.
"Ce rapport, dénué de toute ambition culturelle et patrimoniale, risque de faire manquer à la France une opportunité de mettre un symbole du patrimoine national au service de la création", a commenté le groupe Allard dans un communiqué adressé à la presse le 19 septembre.
Hôtel de la Marine: l'Assemblée s'en mêle
Le site des Amis de l'hôtel de la Marine
Le site du projet d'Alexandre Allard


