Affiche de l'exposition: représentation de cheval en argile, fabriquée à l'époque romaine dans la région de Bédoin
Organisée du 28 juin au 20 septembre, cette exposition est présentée au centre culturel de la commune, située au pied du mont Ventoux dans le Comtat Venaissin.
L’occasion unique de parcourir et de comprendre le passé d’une localité tournée vers le travail de la poterie de l’Antiquité jusqu’à l’ère moderne.
La poterie: une tradition séculaire à Bédoin
"A Bédoin, quand on creuse la terre, soit c'est un tesson de poterie, soit c'est une truffe !", dit en plaisantant le maire de Bédoin, Luc Reynard.
Le riche passé de la cité, longtemps considéré comme la capitale... du chaudron, a en effet laissé de nombreuses traces. Jusque dans les dictons locaux et le nom des rues de la localité ! On y trouve encore aujourd'hui une rue des Oulliers (fabricants de oulles, pots en terre) et une rue des Terrailliers (artisans travaillant la terre).
L'exploitation de l'argile autour du mont Ventoux est attestée depuis la nuit des temps. Cette matière première a toujours été reconnue pour ses grandes qualités, notamment réfractaires, c'est à dire capables de résister à de très hautes températures. Les activités liées à la transformation de l'argile étaient souvent installées en bordure de forêts: le moyen de disposer facilement de combustible pour la cuisson.
La fabrication des poteries dans la région a commencé au Néolithique. Mais la production devient systématique à l'époque romaine. Elle prospère et se diversifie au Moyen-Age, comme le montrent les textes de l'époque. Les archéologues ont ainsi retrouvé de véritables centres potiers datés des XIIe et XIIIe siècles: Bédoin se distingue alors par une production de céramiques communes de grande qualité. Le seigneur des lieux entend d'ailleurs en profiter: il exige que lui soit livrée une partie des objets fabriqués dans les ateliers...
En 1414, le cadastre mentionne 15 ateliers de potiers. Bédoin exporte alors ses produits vers Avignon, Nîmes et Marseille. Et la réputation de la localité est telle qu'on y forme des potiers venus de toute la Provence.

Chauffe-plat (XVIe siècle) (Philippe Groscaux CNRS 6572)
A la même époque, la généralisation de l'usage du vernis et de l'émail cuit donne un nouvel élan à la production. Conséquence: au XVIIe, la céramique est, avec l'agriculture, la principale activité économique de Bédoin et occupe une partie importante de sa population.
Au XIXe, l'activité se diversifie encore et s'industrialise. A côté de la vaisselle, on se met alors à fabriquer de multiples produits: carreaux bruts et émaillés, briques, tuyaux, vases sanitaires... Au XXe siècle s'amorce le déclin. Le dernier atelier de potier ferme ses portes en 1965.
Un travail de plus de 10 ans
L'exposition, fruit d'un travail de plus de 10 ans entre archéologues (INRAP, CNRS et Conseil général du Vaucluse), archivistes et historiens, présente près de 400 pièces, dont certaines totalement inédites. "Nous voulons montrer aux visiteurs une activité qui se dessine presque en continu depuis l'époque romaine jusqu'à la fermeture du dernier atelier", explique Catherine Richarté, l'une des responsables.
Les objets présentés, d'une grande diversité, reflètent cette production millénaire et son évolution. Entre autres choses, on pourra ainsi admirer: un vase néolithique; des objets romains (notamment un extraordinaire et très expressif masque funéraire et une très belle représentation de cheval, d'inspiration grecque, présentée sur l'afffiche de l'exposition); des oulles (mot provençal désignant un pot à cuire) datant du IV-Ve siècle après J.-C.; un toupin (petit vase) et un chauffe-plat du XVIe; une série de petits abreuvoirs, fabriqués à la fin du XVIIIe et au début du XIXe, que l'on mettait dans des cages pour piéger des oiseaux...
Les visiteurs apprendront tout sur les méthodes d'extraction de l'argile au fil des siècles, les différentes techniques de fabrication des céramiques, les modes de cuisson... Ils pourront aussi s'informer sur l'organisation des ateliers de poterie, l'impact de l'activité sur le développement local et régional.

Abreuvoirs à oiseaux (fin XVIIIe-début XIXe) (Philippe Groscaux-CNRS 6572)
En se replongeant dans un passé qui a façonné la localité, on a là l'occasion de sortir des sentiers battus et de s'intéresser de plus près, et de manière originale, à une région déjà très connue pour ses richesses touristiques. Décidément, un détour par le Centre culturel de Bédoin s'impose !
| Informations pratiques L'exposition se tient au Centre culturel de Bédoin jusqu'au 20 septembre. Après cette date, elle deviendra itinérante et sera notamment présentée au tout nouveau Centre d'interprétation de l' Dates et heures d'ouverture: tous les jours, sauf le mardi, de 10 h à 12h30 et de 16 h à 19h30. Entrée libre |


