Portrait d'Alexandre le Grand en marbre (hauteur 30 cm)

Portrait d'Alexandre le Grand en marbre (hauteur 30 cm)

Hellenic Ministry of Culture and Tourism - Archaeological Receipts Fund
Le Louvre présente jusqu'au 16 janvier une somptueuse exposition consacrée « Au royaume d'Alexandre le Grand »

Mais ne vous méprenez pas : cette exposition n’est pas centrée sur le célébrissime roi macédonien et son mythe. Elle s’intéresse à ses racines : le royaume de Macédoine (nord de la Grèce).


C’est de là qu’Alexandre se lança, à partir de 334 avant J.-C., dans la plus folle des conquêtes, celle qui le mènera de l’Asie mineure et de l’Egypte jusqu’à la vallée de l’Indus, à plus de
4000 km de là…

Longtemps, les érudits se sont détournés de la Grèce du Nord, située à l’écart des grandes régions archéologiques que sont l’Attique ou le Péloponnèse, couvertes de vestiges monumentaux. Il faut dire aussi que dans l’Antiquité, on se gaussait de ces cousins excentrés… Mais la Macédoine n’est pas celle que l’on croyait.

Mosaïque de la chasse au lion (325 av. J.-C.), musée archéologique de Pella (Hellenic Ministry of Culture and Tourism - Archaeological Receipts Fund)

 

Cette région a commencé son essor aux VI et Ve siècles avant notre ère, grâce notamment à ses ressources en eau et en bois ainsi qu’à ses mines d’or et d’argent. La menace perse la force alors à sortir de son isolement. Les élites locales s’enrichissent comme le montrent aujourd’hui leurs tombes remplies d’or.

A la fin du Ve, le roi Archélaos invite à sa cour les plus grands artistes grecs parmi lesquels le célèbre auteur Euripide. En 359, à 22 ans, Philippe II monte sur le trône. C’est lui qui va vraiment permettre à la Macédoine d’atteindre son apogée. Il réforme son armée et unit autour de lui la quasi-totalité des cités grecques. Avec un objectif : laver l’affront de l’invasion perse. Le flambeau sera repris par son fils Alexandre III, qui sera plus tard appelé le Grand.

Couronne de feuilles de chêne en or, 2e moitié du IVe avant J.-C., musée archéologique de Thessalonique (Fouilles Université Aristote, Thessalonique)

 

Les premières opérations archéologiques sont menées au XIXe siècle. Elles se poursuivent pendant la Première guerre mondiale sous l’impulsion… de l’armée française d’Orient. Les fouilles menées depuis 1977 par des équipes grecques ont confirmé l’importance exceptionnelle de la région. Elles ont notamment permis de découvrir intacte à Aigai, dans un tumulus de 110 m de diamètre et 12 m de haut, trois tombes royales, dont celle de Philippe II, restée inviolée. On a même retrouvé le théâtre où fut vraisemblablement assassiné le même Philippe en 336 av. J.-C.

L’exposition présente certains des plus beaux produits de ces fouilles, qui ont pour la première fois quitté la Grèce. Dès l’entrée, le visiteur peut admirer la copie d’une très fine mosaïque dite « de la chasse au lion », composée de galets de rivières et de lames de terre cuite. Mosaïque qui figurait dans la salle de banquets d’une riche demeure. Autre merveille figurant dès la première salle: une scintillante couronne en or de feuilles et de glands de chênes semblant sortir tout droit d’une luxueuse joaillerie parisienne. Ces couronnes étaient souvent portées lors de concours dramatiques ou athlétiques.

Des bracelets à têtes de bouquetin, eux aussi en or, trahissent une influence perse, sans doute rapportée dans les bagages des compagnons ou des successeurs d’Alexandre. Un vase à boire, haut de 24,4 cm et pesant… 1,2 kg d’argent, montre la virtuosité des artistes et artisans macédoniens. Trouvé dans la tombe de Philippe II, il prouve aussi le raffinement du roi, pourtant décrit comme un barbare et un ivrogne par l’orateur athénien Démosthène.

Vase à boire en argent (vers 350-336 av. J.-C.), Vergina, tombe de Philippe II, musée du Grand Tumulus (Hellenic Ministry of Culture and Tourism - Archaelogical Receipts Fund)


Parmi les quelque 500 objets présentés, on peut aussi admirer des casques en bronze dont l’un recouvre un masque humain en or. Ainsi qu’un étonnant écritoire métallique… avec des compartiments pour les stylets et l’encre, facilement enroulable dans un papyrus. Un regret au passage: l’emploi très fréquent, dans les explications, de termes incompréhensibles pour le profane, entre « alabastre», « chtonien », « skyphaï » et autre « protomé ». Dans le livre d’or, un visiteur va jusqu’à suggérer le recours à un « dictionnaire spécialisé » !

Un beau portrait d’Alexandre en marbre, les cheveux bouclés, la tête un peu penchée, montre un souverain éloigné de toutes ces contingences terrestres, le regard tourné vers un ailleurs inaccessible. Alexandre le Grand tel que le décrit le mythe.

Le site de l'exposition  "Au royaume d'Alexandre le Grand"

Documentation
"Alexandre le Grand, au-delà du mythe", Les Cahiers de Science et Vie, n° 122, avril-mai 2011. Une revue très bien faite qui replace Alexandre dans son contexte historique, au-delà du mythe.

 

"Sur les traces d'Alexandre le Grand", Sciences et Avenir n° 755, janvier 2010. Un dossier très complet, signé Bernadette Arnaud.

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