Le site de ce qui est peut-être celui des "écoles méniennes", lieu d'études de l'élite romaine, à Autun

Le site de ce qui est peut-être celui des "écoles méniennes", lieu d'études de l'élite romaine, à Autun

AFP - JEFF PACHOUD
Des archéologues pensent avoir découvert la plus ancienne université de l'Hexagone remontant à 100 ou 200 ap. J.-C.

Si le terme d'université n'est pas exact (il date du Moyen-Age), il pourrait s'agir d'un lieu d'enseignement romain, destiné à l'élite gallo-romaine.

Si c'est le cas, la découverte, faite par le service municipal d'archéologie lors de sondages préalables à la construction d'une médiathèque et d'une "maison de l'enfance", est exceptionnelle.


La ville d'Autun (alors Augustodunum), fondée sous le règne d'Auguste (- 27 à 14 ap. J.-C.), possède de nombreux vestiges de l'époque romaine.

Une fois écartées les hypothèses d'un sanctuaire, de thermes ou d'un forum, et après avoir consulté d'autres spécialistes, le responsable du service municipal d'archéologie, Yannick Labaune, en est convaincu: il pourrait s'agir des célèbres "écoles méniennes", citées dans des textes de l'Antiquité mais jamais retrouvées jusqu'ici. L'historien latin Tacite (55-120 ap. J.-C.) disait ainsi de ces écoles qu'elles accueillaient "les plus nobles rejetons des Gaules".

"Même si le terme d'université n'est pas exact, car il date du Moyen Age, il s'agit bien d'un lieu d'enseignement de haut niveau, destiné à l'élite. A la manière des collèges aristocratiques anglais où l'on pratique le sport et les matières théoriques", explique Yannick Labaune. 

Avant d'abriter un parking, datant des années 1980, l'espace de 12.000 m2, où a été faite la découverte, bordé d'immeubles et situé en plein coeur d'Autun , accueillait une scierie, construite vers 1870. Intérêt du site: aucune fouille archéologique n'a jamais été menée à cet endroit.

Derrière les monticules de terre qui recouvrent le parking, des tranchées, longues de quelques mètres, laissent apparaître de larges murs de soutènement, des sols et les restes de vastes portiques (galeries couvertes à colonnade). Le tout dans un "assez bon" état de conservation, disent les archéologues. Seuls 10 % de la superficie totale ont pu être explorés.

"Il faut imaginer deux espaces de 50 mètres sur 20, entourés de colonnes et de galeries couvertes. Cinquante mètres, c'est la largeur du Palais-Royal, à Paris, cela donne une idée" de la taille du bâtiment, explique Antony Hostein, maître de conférence en histoire romaine à l'université de Paris I. "On a des éléments de comparaison avec le palestre [lieu public où l'on s'exerçait à la lutte et à la gymnastique, NDLR] de Pompéi. Mais pour la Gaule romaine, on n'a pas de bâtiment équivalent", ajoute-t-il. 

L'universitaire a trouvé ces écoles méniennes mentionnées dans un panégyrique, ou discours public, prononcé en 298 ap. J-C devant le gouverneur de la province d'Augustodunum. Ledit panégyrique décrit leur aspect et leur localisation à l'intérieur de la cité.

Dans le milieu de l'archéologie, la découverte est très commentée. "Cela fait longtemps qu'on n'a pas eu une telle opportunité de fouiller un espace qui témoignerait de la vie culturelle et politique de la cité", affirme Pierre Nouvel, enseignant-chercheur en archéologie gallo-romaine à l'université de Franche-Comté. Une opportunité d'autant plus intéressante qu'Augustodunum était l'une des villes les plus importantes de la Gaule romaine. 


La découverte étant d'importance, le projet de médiathèque-"maison de l'enfance" pourrait être suspendu. Objectif: entreprendre des fouilles plus poussées, pouvant s'étaler sur plusieurs années. Une décision en ce sens pourrait être prise par le service régional de l'Archéologie à la fin de cette année ou au début de l'année prochaine. Reste aussi à trouver un financement...

En attendant, les vestiges ont à nouveau été enfouis sous plusieurs tonnes de terre.

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