Ou comment pénétrer "dans l'intimité des maîtres du monde". Ouvrage de Gilles Sauron, Picard, 90 euros

Certains pensent (à tort, bien sûr) que l’archéologie et l’histoire sont des disciplines ennuyeuses, poussiéreuses. Car trop tournées vers le passé.

Voilà un livre somptueux, signé par Gilles Sauron, professeur d'archéologie romaine à l'université Paris IV, qui prouve le contraire et pourrait bien les faire changer d'avis !


Avec une iconographie magnifique, l’auteur nous plonge 2000 ans en arrière, dans l’intimité des demeures de l’aristocratie romaine, à l’époque où les Romains étaient les « maîtres du monde », tout au moins une partie du monde. A l’époque où ils dénommaient à juste titre la Méditerranée « mare nostrum », « notre mer »… Nombre de leurs décors sont parvenus jusqu’à nous, entre statues, fresques et autres mosaïques. Le livre présente les décors les mieux conservés à Rome, mais aussi dans les nombreuses villas de la côte du Latium et de la baie de Naples (notamment celles, très connues, de Pompéï et Herculanum).

Une chose à savoir : les Romains ont su développer un art caractéristique très riche et ne se sont pas contentés de transposer les formes grecques. Quelques exemples, présentés dans le livre, suffisent à le prouver. Citons entre autres l’incomplète, mais ô combien belle et magistrale mosaïque de la victoire d’Alexandre le Grand en train de combattre, non loin de l’empereur perse Darius dont la main et le regard implorent le futur vainqueur. On peut aussi évoquer les fameux bronzes d’Herculanum au regard si expressif, inquiet, comme ces deux éphèbes en train de courir ou le buste d’un homme barbu attribué un temps à Sénèque. Ou encore « la grande fresque dionysiaque » de la villa des Mystères à Pompéi, avec ses tons rouges dominants, presque inquiétants…

Pour autant, les canons de la beauté romaine ne correspondent pas forcément à ceux de l’homo sapiens du XXIe siècle de notre ère : la statue d’Auguste, avec la reconstitution de sa polychromie, peut sembler fort criarde. Et certaines autres paraîtront bien lourdes, pour ne pas dire académiques…

Gilles Sauron ne se contente pas de montrer les décors et les œuvres. Il resitue dans leur contexte ces mises en scène philosophiques, religieuses, astrologiques (l’empereur Tibère était apparemment un adepte de cette discipline), dont les créateurs ont une mentalité à la fois très éloignée et très proche de la nôtre. Des mises en scène qui ont subi des influences très diverses, entre celle du poète latin Ovide ou… du mathématicien grec Pythagore. Pour revenir à Tibère, l’universitaire se demande avec humour s’il ne faudrait pas le « psychanalyser ». Car certains chercheurs sont convaincus que ce souverain du Ier siècle « pensait descendre d’UIysse », le fameux héros de l’Odyssée d’Homère…

Au final, un ouvrage fort érudit, fort complet qui donne envie au lecteur de revisiter les sites antiques de la péninsule italienne. Et de se précipiter dans les musées de Rome, de Naples et d’ailleurs !  

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