Christian Goudineau

Christian Goudineau

Collège de France
Les Gaulois n'étaient pas des barbares. Et les Gallo-Romains étaient Romains, tout simplement, selon Christian Goudineau

Professeur au collège de France, titulaire de la chaire des Antiquités nationales, Christian Goudineau, né en 1939, est l’un des meilleurs spécialistes du monde gallo-romain et l’un des pontes de l’archéologie française.

L’homme n’a pas sa langue dans sa poche. Il n’hésite pas à relier passé antique et actualité récente, Vercingétorix et Sarkozy…


 

Entretien avec Christian Goudineau

Comment est considéré le monde gallo-romain de nos jours ?

Une première chose d’abord : le terme gallo-romain est une invention totale et ne repose sur rien. Les Allemands ne disent pas "Germano-Romains" ni les Anglais "Anglo-Romains". Cette notion est née vers 1830 quand la France a voulu marquer son génie propre. Au lieu de dire Gallo-Romains, on doit dire Romains, tout simplement !

Alors comment regarde-t-on aujourd’hui ces Gaulois devenus Romains ?

Le regard sur les Gaulois a beaucoup évolué pour des motifs idéologiques. Le must, jusque dans les années 60, c’était de dire que c’étaient des gens courageux, qui savaient se battre mais négligeaient l’agriculture. Vercingétorix ayant perdu, ils ont pu entrer dans la civilisation grâce aux Romains, expliquait-on alors.

Au passage, cette notion a un écho très contemporain. Rappelez-vous le fameux discours de Sarkozy à Dakar (1). On peut remplacer le mot Gaulois par le mot Africains !

Pourquoi cette image des Gaulois a-t-elle changé ?

Dans les années 60, on a vu apparaître des jeunes archéologues d’origine méridionale qui voulaient s’intéresser à autre chose qu’aux sites spectaculaires de leurs régions. Ils entendaient ne pas s’occuper que des Romains. C’était aussi l’époque de la décolonisation, du début de la construction européenne. On peut parler d’un phénomène de réappropriation des racines. On ne se contentait plus de l’opposition Gaulois-Romains, ou Gaulois-Germains, on voulait aller voir au-delà. De ce point de vue, la chute du Rideau de fer a été très bénéfique. Elle a permis de multiplier les échanges entre les deux parties de l’Europe. Et de découvrir que le monde celtique avait couvert tout le Vieux continent.

Cette nouvelle génération d’archéologues, à laquelle j’appartiens, a donc fait porter ses efforts sur la Protohistoire (1). Aujourd’hui, on n’a donc plus le même regard sur cette période qu’il y a 30 ans. Evidemment, ce n’est pas une période facile sur laquelle il est facile de travailler dans la mesure où il n'y avait pas de murs en pierre (2).

Mais les nouvelles techniques de fouilles et l’augmentation des moyens de l’archéologie dans les années 80 ont permis de faire évoluer les choses. On a donc découvert que les Gaulois avaient leur propre civilisation, différente de celle de la Grèce et de Rome. La discipline archéologique a, elle aussi changé. Aujourd’hui, elle est presque vécue comme un travail d’enquête : il faut interpréter les données de terrain comme les pollens par exemple. C’est comme cela qu’on a découvert que la plupart des arbres fruitiers cultivés sont apparus en Gaule après l’arrivée des Romains ! 

(1) Discours prononcé par le chef de l’Etat le 26 juillet 2007 à l’université de Dakar (http://www.afrik.com/article12199.html). Une phrase extraite de ce discours, "Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire", a soulevé une polémique.
(2) Les bâtiments construits avec d'autres matériaux que de la pierre se conservent moins bien dans le temps. Les sites archéologiques où on les trouve sont donc plus difficilement identifiables.
(3) Période immédiatement antérieure "à l’apparition de l’écriture et contemporain de la première métallurgie (du 3 au 1er millénaire av. J.-C." ("Le Petit Robert")


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