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25 mai 1926 : naissance de Miles Dawey Davis III à Alton (Illinois) dans un milieu relativement aisé. Il a une sœur aînée, Dorothy, et il aura un frère cadet, Vernon. La famille déménage bientôt à East Saint-Louis où son père ouvre un cabinet dentaire. Sa mère joue du piano et du violon. Enfant, Miles Davis se passionne pour le sport, et en particulier pour la boxe, mais aussi pour la musique. Aux alentours de sa dixième année, un proche lui offre une trompette dont il commence à jouer.
1942 : A 16 ans, Miles Davis poursuit ses études mais est déjà inscrit officiellement comme musicien professionnel. Il est engagé dans l’orchestre de Rythm and Blues et jazz local, les Blue Devils. Il fait la connaissance d’Irène Birth, sa première petite amie, qui lui donnera trois enfants.
1944 : alors qu’il hésite sur son avenir, entre études de dentiste ou musicien, un coup du sort décide à sa place. De passage à Saint-Louis, le trompettiste Dizzy Gillespie, qui officie avec le saxophoniste Charlie Parker au sein du Big Band de Billy Eckstine, lui demande de remplacer un trompettiste au pied levé. Emerveillé par cette rencontre, Miles Davis décide de rejoindre le groupe à New York. Subventionné par son père, qui sera toute sa vie durant un soutien indéfectible, il gagne la Grosse Pomme où il s’inscrit à la célèbre école de musique Juilliard. Mais l’enseignement académique l’interesse bien moins que l’effervescence musicale qui agite alors le club Minton’s berceau légendaire du Be-bop, où les musiciens se faisaient les dents et se forgeaient une réputation parmi leurs pairs. Miles s’y distingue et y fait vite la connaissance de tout le gratin jazz.
1945-1946 : il intègre l’orchestre de Charlie Parker en remplacement de Dizzy Gillespie, grande influence de Miles, qui a quitté le groupe. Il restera trois ans dans le groupe de Charlie Parker où, après des débuts difficiles, il impose rapidement son style. Dès 1946 il enregiste pour la première fois en leader.
1948-49 : avec l’arrangeur Gil Evans, Miles Davis fomente sa première révolution musicale en créant le Cool Jazz, un style qui rompt avec l’urgence du Be-bop et met l’accent sur les arrangements et la richesse de l’orchestration. Il enregistre début 1949 en trois séances avec différents musiciens ce qui constituera le célèbre album Birth of the Cool.
1949 : premier voyage à l’étranger, à Paris, qui le marquera énormément. Il y fait la connaissance de Jean-Paul Sartre, Pablo Picasso et Boris Vian. Pour la première fois, dit-il, il a l’impression "d’être traité comme un être humain". Il y rencontre surtout Juliette Greco avec laquelle il vit une histoire d’amour aussi brève qu'intense. Le retour aux Etats-Unis sera dur. La dépression qui en résulte le précipite dans les bras de l’héroïne, une plongée en enfer dont il mettra quatre ans à se sortir.
1950-1951 : Il fait un séjour en prison pour possession de drogue et continue d’enregistrer , malgré son addiction sévère, avec une foule d’artistes, dont Sonny Rollins, Charlie Parker et Billie Holiday. Il fait la connaissance d’un jeune saxophoniste, John Coltrane.
1954 : Après avoir décroché de l’héroïne en prenant exemple, dit-il sur la détermination du boxeur Sugar Ray Robinson devenu son amo, Miles Davis entreprend une nouveau chambardement musical. Après le Cool Jazz, place au Hard Bop. Il s’agit d’un style plus énergique que le Cool, influencé par le rythm & blues. Le résultat est enregistré sur l’album Walkin. La même année sort enfin, avec retard, au format 33T le fameux Birth of the Cool. Après une traversée du désert, Miles Davis triomphe et se hisse cette fois au statut de génie du jazz.
1955-1956 : après le décès de Charlie Parker, Miles Davis monte un grand quintet avec notamment John Coltrane au saxophone ténor. De là date le talent reconnu de découvreur de Miles Davis, qui confiait qu’au sein de ce quintet, John Coltrane s’était rapidement "transformé en diamant". Sortie en 1956 de l’album Round About Midnight qui bénéficie de la force de frappe marketing de Columbia et remporte un grand succès, consolidant le statut de légende dont bénéficie désormais Miles Davis. A partir de là, le musicien, souvent jugé arrogant, ne se montrera plus que retranché derrière ses lunettes noires et vêtu de costumes luxueux.
1957 : nouveau séjour à Paris, où il signe la bande originale du film Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle avec Jeanne Moreau. En l'espace d'une nuit, celle du 4 au 5 décembre, les musiciens improvisent totalement au Studio parisien, sans avoir reçu de directives précises. En résultent des morceaux cinématiques ne comportant que très peu d’accords, emblématiques de son nouveau style.
1959 : après plusieurs albums orchestraux somptueux enregistrés avec son arrangeur complice Gil Evans, 1959 marque la sortie de son chef d’œuvre Kind of Blue. Considéré comme la pierre angulaire du jazz modal, ce disque est improvisé par les musiciens, dont le pianiste Bill Evans, autour de trames composées par Miles Davis. Dans les notes au verso de l'album, Bill Evans compare cette nouvelle manière d'improviser à l'art Zen, soulignant la base épurée sur laquelle les musiciens s'expriment.
Cette même année 1959, dans la nuit du 25 au 26 août, Miles Davis se fait agresser par des policiers devant le Birdland où il se produit. Alors qu'il était sorti respirer 5 minutes sur le trottoir, l'un des policiers lui demande de circuler. Le refus d'obtempérer du musicien lui vaudra un passage à tabac dont le récit se retrouvera à la une de nombreux quotidiens le lendemain avec photos de Miles menotté et veste ensanglantée.
1963-1968 : Miles s’entoure de jeunes pousses, dont Herbie Hancock au piano, Ron Carter à la contrebasse et Tony Williams à la batterie. Une façon pour la star de se mettre en danger, de conjurer tout ronronnement. Mais c’est l’arrivée du saxophoniste, compositeur et arrangeur Wayne Shorter qui fait faire un nouveau bond en avant à la musique de Miles, qui ébauche alors sa future révolution électrique. A l'époque, Miles Davis se sent parfois dépassé par la vivacité et l’inventivité de ses jeunes recrues. "J’apprenais quelque chose chaque soir avec cette formation (…) Le lendemain, ils remontaient sur scène et jouaient différemment. Et moi, soir après soir il fallait que je m’adapte", souligne-t-il humblement dans son autobiographie. Ensemble, ils élaborent un jazz libre, intuitif, qui se démarque du free-jazz qui se développe à ce moment-là. Créatifs mais aussi hyper-productifs, ils enregistrent ESP en 1965, Miles Smiles en 1966, Sorcerer et Nefertiti en 1967 puis Miles in the Sky et Filles de Kilimanjaro en 1968.
1969-1970 : ébauché les années précédentes, le nouveau style initié par Miles Davis, le jazz électrique ou jazz-rock, éclate au grand jour et de façon fracassante avec les albums In a Silent Way et Bitches Brew. Pour ces disques, marqués par une approche résolument tournée vers l’improvisation et fruit d’un minutieux travail de collage en studio (grâce aux dernières techniques de post-production), il s’est entouré de jeunes musiciens tels que le guitariste britannique John Mc Laughlin et le claviériste autrichien Joe Zawinul, devenus par la suite des chantres du jazz fusion.
A cette époque, Miles Davis rencontre le guitar-hero Jimi Hendrix. Les deux musiciens s’admirent et s’infuencent mutuellement. "Comme moi, Jimi venait du blues. C’est pour ça qu’on s’est compris tout de suite.", disait-il. Un album est envisagé, Hendrix meurt avant qu’il ait pu se concrétiser. Outre l’électricité rock, Miles Davis inocule de plus en plus de funk dans sa musique, celle de Sly Stone et de James Brown qu'il apprécie beaucoup.
A l’époque, le rock et le funk "se vendaient comme des petits pains" alors que "le jazz semblait se déssécher sur pied au niveau des ventes de disques et des concerts live", reconnaît Miles Davis dans son autobiographie. Si le trompettiste a toujours été l’ennemi du surplace, on ne peut toutefois exclure qu’il ait aussi orienté sa musique opportunément dans un sens plus viable commercialement, plus en prise avec la jeunesse.
1970-75 : Il participe au festival de l’île de Wight en 1970 et joue à plusieurs reprises au Fillmore East de New York et Fillmore West de San Francisco devant un public composé majoritairement de jeunes blancs hippies, avant le Grateful Dead ou Carlos Santana, ce qui lui amène de nouveaux fans. En 1972 paraît l’ambitieux On the Corner puis deux ans plus tard Big Fun, qui intègrent des sitars indiennes et des percussions africaines. A cette époque, Miles Davis cherche à toucher davantage le public afro-américain. Pour ce faire, il prend le pouls du ghetto et recentre sa musique sur la pulsation funk de James Brown. Les thèmes sont alors réduits à de brèves séquences répétées en boucle, qui préfigurent l'usage du sampler. Nouveaux claviers électriques et synthétiseurs croisent guitares électriques, percussions et sitar, dans une véritable jungle sonore luxuriante sur laquelle plane sa trompette.
1975-1981 : usé, miné par des problèmes de santé et des déboires sentimentaux, très affecté par la mort de Duke Ellington, Miles Davis s’enferme dans une mystérieuse retraite de six ans qui le tient éloigné des scènes et des studios.
1981-84: Il sort de son silence en 1981 avec une nouvelle génération de musiciens et The Man with the Horn, un album de jazz-rock sous-estimé suivi l’année suivante du double album We Want Miles qui obtiendra un succès majeur couronné par un Grammy Award (en 1983). Dès lors, Miles joue de son personnage, cabotine, entretient sa légende à coup de déclarations laconiques et ambigues, et joue le jeu des médias, allant jusqu'à se vendre à la publicité (au Japon). C'est aussi à cette époque que Miles se met à dessiner, d'abord pour rééduquer sa main paralysée à la suite d'une attaque, puis de façon quotidienne. A partir de 1984, il se met résolument à l'échantillonnage et aux synthétiseurs et s’attaque sur le disque You’re under arrest à la reprise des tubes du moment dont Human Nature de Michael Jackson et Time after Time de Cindy Lauper. A la fin des années 80, il se rapprochera d’autres stars de la pop comme Sting et surtout Prince avec lequel il a enregistré des morceaux toujours inédits à ce jour.
1986 : Miles quitte Columbia pour Warner et sort l’album Tutu, en hommage à l’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu. Ce disque, qui remporte un succès considérable, est marqué par l’empreinte du bassiste multi-instrumentiste Marcus Miller et ne comporte aucune composition de Miles Davis. Il se justifiera en expliquant qu'il proteste ainsi contre son nouveau contrat avec lequel il n'a obtenu aucun droit sur ses propres compositions.
1989: sortie du dernier album de son vivant, Amandla, très inspiré de la musique de Kassav, les créateurs du zouk, dont il était tombé amoureux. La pochette, son portrait sur fond de continent africain, est signé de sa main.
1991 : le 28 septembre, à l'âge de 65 ans, Miles Davis meurt à l'hôpital de Santa Monica, près de Los Angeles, d’une pneumonie, après un accident vasculaire cérébral. La rumeur a longtemps couru qu'il était mort du sida et le doute n'a jamais été levé.
1992 : parution de l’album posthume inachevé Doo-bop qu’il réalisa avec des rappeurs et musiciens de hip-hop et que termina Easy Mo Bee. On peut regretter que les prises de contacts avec Q-Tip (A Tribe Called Quest) et Chuck D (Public Enemy) n'aient pu se concrétiser.
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