Le skateur star Jack Sabback - extrait de la série "Dark side of the moon" (2011)
© Jonathan MehringPerformances de skateurs, concerts, expositions, projections sont au menu de ce cycle qui invite à découvrir un sport né au début des années 60 et devenu entre-temps une véritable culture touche-à-tout.
Co-commissaire de cette théma, Pedro Winter, ancien skateur et patron du label électronique français Ed Banger, nous donne quelques rampes d'accès.
Comment as-tu découvert le skateboard ?
Pedro Winter (alias Busy P): J'ai découvert le skate en 1989, en classe de 6e. Un copain m'a introduit à ce sport, qui est devenu bien plus que ça. Ces 15 dernières années, on l'a vu agrémenter les publicités de luxe mais il faut savoir que 40 ans en arrière, dans les années 60, il était considéré comme le sport du diable.
En fait, le skate a été créé par des surfeurs qui s'ennuyaient en attendant la vague. Au départ, il s'agit donc d'une adaptation du surf qui s'en est finalement détachée au milieu des seventies. A cette époque, une sécheresse historique a permis de faire décoller le skate: les piscines étant vidées, elles ont été investies par les skateurs qui en ont fait leur terrain de jeu.
Qu'as-tu retenu de la philosophie du skateboard dans ta vie ?
Le skate a influencé toute ma vie artistique et professionnelle. Il m'a transmis une ouverture d'esprit, une curiosité. Le skate forge un esprit de persévérance et d'une certaine façon de subversion,
à défaut de révolte. Il m'a aussi démontré le mélange réussi de milieux différents, une notion qu'on a du mal à retrouver ailleurs: dans le skate, tout le monde est à égalité, "fils de" ou anonyme.
Quels sont les liens entre skate et musique ? S'agit-il d'accompagner les gestes, comme support à une chorégraphie, ou bien juste de galvaniser le pratiquant ?
Je dirais plutôt que la musique sert ici à galvaniser. Mais elle revêt aussi un aspect chorégraphique grâce aux artistes vidéastes qui synchronisent toujours les figures avec la musique. Musicalement, c'est une culture assez dure à définir. Elle a différentes branches. Dans les seventies, les skateurs écoutaient T-Rex et Jimi Hendrix. Puis ça a évolué vers le punk-rock et ensuite le hip-hop, jusqu'à la musique électronique aujourd'hui. Beaucoup de groupes viennent du skate, des Red Hot Chili Peppers à Suicidal Tendencies, en passant par les Beastie Boys. Etant un sport qui va vite, fait du bruit et est dangereux, la musique est en rapport: bruyante, excitée. Idéalement, ce serait du Black Sabbath (rires). Mais aujourd'hui, les skateurs écoutent aussi Flying Lotus (beaucoup plus planant NDLR).
Que conseillerais-tu comme point d'entrée à la thématique "Public Domaine" pour un néophyte ?
Pedro Winter: Premier truc: descendre au sous-sol de la Gaîté et aller voir Agent Provocateur, une collection de 70 planches à roulettes décorées. En un seul coup d'oeil, ils vont se rendre compte de la puissance graphique des artistes qui personnalisent les skates. Les thèmes sont souvent sulfureux, avec détournement de logos célèbres, têtes de morts et filles à poil.Tout cela souligne l'énergie et le magma créatif auquel donne lieu le skate: les skateurs créent leur propre style et sont eux-mêmes des artistes; et tous ceux qui gravitent autour le sont aussi: les artistes graffeurs donc, mais aussi les photographes et les vidéastes qui saisissent leurs figures. Ensuite, je recommande d'aller voir le graffeur Neck Face, mon artiste préféré américain, un fou furieux habité par le diable, a qui nous avons réservé un espace entier à la Gaîté. Les néophytes pourront aussi voir les démos de pros au Go Skate Day le 21 juin, le jour de la fête de la musique, sur la rampe de skate installée en face de la Gaîté Lyrique.
Et sur quoi vont se précipiter les vrais amateurs de skate ?
Ils devraient tout apprécier mais j'imagine qu'ils seront curieux de venir voir McRad (le 23 juillet), un groupe de punk-rock de Philadelphie que seuls les skateurs connaissent car leur musique servait systématiquement de B.O. aux vidéos de skateurs des années 80-90, y compris la célèbre "Public Domain" (qui donne son nom à cette théma, avec un "e" en plus à Domaine). Ils devraient aussi venir voir, au 2e étage, la Maison Skatable, une idée farfelue venue de Pierre André, le premier professionnel du skate en France, qui a monté la marque d'urban wear Etnies. Ce passionné d'architecture a imaginé le living room d'une maison type où tu peux skater. Le rêve d'une vie.| CONCERTS ET DJ SETS AU MENU: Mixmaster Mike, Busy P and Friends, Yussuf Jerusalem (Samedi 18 juin), Zongamin, Busy P et Dj Falcon (Mercredi 22 juin), Lords of the Underground, Joakim, DSL, Mus & Manaré, Busy P (Jeudi 30 juin), Dinosaur Jr, The Goat, Bad Shit (Samedi 2 juillet), B.Loo, DVNO, Hanni El Khatib, Jamaïca (Jeudi 7 juillet), Toxic feat. Brodinski (Vendredi 8 juillet), Matt & Kim, The Death Set (Mercredi 20 juillet), Magnetix, Radio Moscow, Mist (Jeudi 21 juillet), Boyz Noise, Housemeister + Feadz (Vendredi 22 juillet), Tommy Guerrero, Mc Rad, Ray Barbee & Mattson 2, Dj Juan Love (Samedi 23 juillet), Anti-Pop Consortium (Jeudi 28 juillet). A noter que "Public Domaine" propose également des dizaines de projections, évènements et expositions. |
"Public Domain" à la Gaîté Lyrique, du 18 juin au 7 août
>> Progamme complet sur le site de la Gaîté Lyrique
Lire aussi:
>> Rencontre avec Pedro Winter, le boss du label Ed Banger
