Odd Future (OFWGKTA)
DRIls ont 20 ans et ne respectent rien. Adorés des ados, haïs par les parents, ils sont infréquentables, choquants, déments, obsédés par les serial-killers.
Mais aussi drôles, créatifs, innovants, ultra-indépendants et déterminés à faire aboutir leur propre avènement. Présentation d'un phénomène avec lequel il va falloir compter.
Avant de parler de Odd Future Wolf Gang Kill Them All (OFWGKTA), il convient d’effectuer une petite mise en garde. Ce collectif d'une dizaine de jeunes originaires de Los Angeles porte un discours nihiliste à faire dresser les cheveux sur la tête, souvent misogyne et violent, fortement inspiré des films d’horreur - on est proche d'Eminem à ses débuts. En pire, si possible.
Leur programme de rebellion, braillé sur tous les tons comme un mantra censé conjurer tout ramollissement, est aussi ignoble que consternant: "Kill people, Burn Shit, Fuck school!".
Le but de ces enfants de l’époque brûlant d’une rage adolescente féroce, est manifestement de mettre mal à l’aise et de servir de repoussoir aux bien-pensants et surtout aux adultes. Comme le résumait tout récemment sur son compte Twitter l’un des membres d’Odd Future, JasperDolphin, « If niggas ain’t mad at you, you’re doing something wrong » (Si les gens ne sont pas furax contre toi, c’est ce que tu as fait un truc de travers). Sur ce point, mission accomplie puisque la controverse est bel et bien allumée.
Cela étant, on ne peut faire l’impasse sur ce collectif, qui, 6 mois avant d’avoir sorti un seul disque dans le circuit officiel, faisait déjà parler de lui aux quatre coins de la planète, y compris dans les très sérieux New York Times et Guardian, et peut être vu aujourd’hui comme le groupe de hip-hop le plus prometteur et le plus excitant depuis longtemps. Une sorte de Big Bang venu secouer le ronron blingbling inoffensif et sans saveur qui prédomine depuis une bonne dizaine d’années dans le rap.
De fait, Odd Future n’a pas que des défauts. Provoquant, c’est sûr, brutal, c’est certain, détraqué mental, assurément. Mais il suffit de gratter un peu pour constater qu’ils sont aussi drôles (voir la vidéo de Tyler grimé en vieux joueur de golf, Thurnis Haley), débordant d’énergie, de sève et d’imagination.
Adepte du credo DIY (Do It Yourself = Fais-le toi-même) cher aux punks, ce collectif constitué d’une dizaine de jeunes skateurs est incroyablement précoce et prolifique. Il est surtout en train de faire passer le terme « indépendant » pour un truc de vieux musiciens assistés et hypocrites en voie d’extinction.
Déjà l'équivalent de 12 albums offerts sur internet
Ce qui force l’intérêt (pour ne pas dire l’admiration), bien au-delà de l’hystérie et de l’aura sulfureuse qui les entoure, c’est la somme impressionnante de réalisations qu'ils ont déjà à leur actif.
Emmenés par un leader naturel, l’hyperactif Tyler, The Creator (rimeur, producteur, réalisateur, théoricien, âgé de 20 ans), le Wolf Gang est ultra-créatif et n’a besoin de personne pour se prendre en main.
Ils n’ont pas vingt ans et ont déjà réalisé des dizaines de vidéos, souvent trash, toujours intriguantes, qui ont beaucoup fait pour leur réputation - notamment la fameuse "Earl", dans laquelle ils ingurgitent un brouet de sorcière avant de partir en virée skateboard et de se mettre à saigner, perdre leurs dents et leurs cheveux.
Ils réalisent eux-mêmes tous leurs visuels (pochettes, flyers, sites), un style graphique "fait-main" et coloré, à la fois naïf, rigolard et vénéneux, qui est aussi leur marque de fabrique.
En moins de deux ans, Odd Future, qui comprend plusieurs groupes dans le groupe, dont MellowHype et The Jet Age of Tomorrow , a mis gracieusement en ligne l’équivalent d’une douzaine d’albums auto-produits (ils sont ici , pour certains encore en téléchargement gratuit mais plus pour longtemps). Des disques allant musicalement du difficile et décharné au groovy - un prisme bien plus large en tout cas que le style monolithique asphyxiant qu'on leur prête généralement.
Côté paroles, le specimen Odd Future est généralement bavard et adepte du coup de poing verbal. Pour autant, rien de monolithique une fois encore: souvent complexes et cryptés, les textes vont de la provoc pure aux digressions plus sensibles en passant par la grosse déconne. Seule constante: les jurons tous les deux mots, crachés avec gourmandise, comme on roule des bonbons dans la bouche.
Internet est leur patrie et leur terrain de jeu illimité. Ils ont plusieurs Tumblr très alimentés, un site flambant neuf, un formspring, des comptes Twitter en pagaille, et inondent Youtube de vidéos. C’est sur la toile qu’ils ont bâti leur notoriété, un buzz orchestré de main de maître loin des médias traditionnels, dans un dialogue constant et fructueux avec leurs fans.
Leur univers est riche et auto-référencé – les derniers morceaux font écho à des chansons antérieures, à des épisodes précédents ou à des personnages emblématiques de la tribu. Ils ont déjà forgé leur propre mythologie et inventé leurs propres expressions, adoptées par des milliers de jeunes – le cri de ralliement « Swag ! », braillé à tout bout de champ, est emblématique à cet égard.
Le show télé et la vidéo qui ont allumé la mèche
Tant de talent ne pouvait rester dans l'ombre plus longtemps. A la mi-février, leur apparition choc dans un talk-show populaire américain, le Jimmy Fallon show, a mis le feu aux poudres.
Epaulés par les musiciens de The Roots (qui constituent l'orchestre attitré du show), émergeant encagoulés d'un halo de fumée et flanqués d'une jeune fille grimée en zombie et d'un lutin maléfique, leur version puissante de "Sandwitches" les révèle au plus grand nombre et fait décoller la fusée Odd Future.
Tyler, The Creator enfonce le clou au même moment avec "Yonkers". Abondamment commenté, ce clip très sobre en noir et blanc le montre gobant un cafard, puis vomissant ses tripes et finissant par se pendre (le suicide est un thème récurrent chez ce garçon). La vidéo fait carton plein: elle a été vue par 3 millions d'internautes en un mois.
Kanye West le proclame aussitôt sur son compte twitter: "Yonkers" est LA vidéo de 2011 (gaffe à son intervention aux futurs Grammys !).
"Yonkers" est surtout le premier single de "Goblin", second album solo de Tyler, promis pour le 10 mai. Il s'agit aussi du premier album d'un membre de la tribu à sortir dans le circuit traditionnel, en l'occurence sur le label XL Recordings. Alors terminée l'indépendance ? Non, le contrat de Tyler ne concerne que cet album. Et l'éminence grise de la tribu de préciser, sur Twitter: "J'ai toujours le contrôle créatif total sur mes raps, mes beats, mes clips, mes pochettes. Allez vous faire foutre !"
Fin avril, était annoncée la signature d'un contrat de Odd Future avec RED, le volet distribution de Sony, en vue de créer un label, Odd Future Records. Le groupe conserve ainsi les masters de tous ses disques, et, une fois de plus, le contrôle créatif total sur toute sa production. Sans doute le contrat le plus malin signé par un collectif depuis celui, révolutionnaire, obtenu au début des années 90 par le clan le plus célèbre du hip-hop, celui du Wu-Tang Clan.
La sauce va-t-elle prendre pour autant ? Il suffit de voir l'urgence et l’énergie phénoménales déployées par Odd Future sur scène – ils hurlent, se contorsionnent, grimpent sur des montagnes d’amplis et sautent dans la foule comme si leur vie en dépendait – pour s’en convaincre. D’autant que le public du même âge, rugissant, au diapason, répond avec une fougue rare, faisant de chacune de leurs apparitions un véritable happening où tout peut arriver.
Pour tout dire, avec tant de cordes à son arc et de tours dans son sac, nous ne nous faisons aucun souci pour l'avenir de ce dangereux gang d'hyperactifs. Ni pour son public. Ce qui nous inquiète en revanche ce sont les légions de vils imitateurs qui ne vont pas manquer de s’engouffrer dans la brèche à leur suite. Car ceux-là n’auront forcément retenu d’eux que le pire. Et n’auront pas le dixième de leur talent.
Odd Future (à quatre avec Tyler The Creator, Syd The Kyd, Hodgy Beats et Left Brain) est en concert jeudi 5 mai à Paris, au Social Club
L'album "Goblin" de Tyler, The Creator sort le 10 mai chez XL Recordings
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Who's Who des principaux membres de OFWGKTA de leur point de vue» - il aime surtout «faire du skateboard, faire de la musique, filmer et énerver les gens». Son message : soyez vous mêmes, prenez la liberté qui vous est donnée, le champ des possibles est grand ouvert.
fans, fins limiers, retrouvent sa trace aux îles Samoa, dans un collège de redressement pour adolescents américains. C'est sa mère, épouvantée par les paroles du groupe, qui l'a expédié au loin.
Hall Williams: producteur. Moitié de The Jet Age of Tomorrow et The Super 3.
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>> Le site de Odd Future


Tyler, The Creator (alias Ace Creator, Wolf Haley, Thurnis Haley, The Bastard) : le cerveau de Odd Future a eu 20 ans début mars 2011. Principal rimeur du collectif, il produit ses albums solo (le premier, Bastard, sorti sur le web en 2009, et le second, Goblin, sort le 10 mars 2011 chez XL). Il produit aussi Earl Sweatshirt et Domo Genesis. Il réalise la plupart des vidéos de la tribu.
Earl Sweatshirt: rappeur. Très doué, il est l'un des plus jeunes membres du collectif (il vient d'avoir 17 ans). Il a publié en 2010 un album, "Earl" et constitue avec Tyler la moitié de l'entité EarWolf. Mais juste avant l'explosion médiatique du groupe, il disparait. "Free Earl!" (Libérez Earl!) devient une phrase récurrente de la tribu qui refuse néanmoins d'en dire davantage. Des
Hodgy Beats: rappeur. Il est celui qui a mis le feu au Jimmy Fallon Show avec Tyler pour la version inoubliable de "Sandwitches". Avec Left Brain, il constitue le groupe MellowHype.
