Chevtchouk Iouri, leader du groupe culte russe DDT, manifeste dimanche 22 août à Moscou

Chevtchouk Iouri, leader du groupe culte russe DDT, manifeste dimanche 22 août à Moscou

AFP - Natalia Kolesnikova
2.000 personnes ont bravé dimanche à Moscou l'interdiction de participer à un concert de rock soutenu par l'opposition

Interdit par les autorités, ce concert avait été convoqué pour défendre une forêt menacée avec le soutien des représentants de l'opposition russe qui en ont profité pour critiquer ouvertement Vladimir Poutine.

Il s'agit d'une des plus importantes manifestations de ces dernières années à Moscou.


Ce genre de rassemblement critique se solde généralement à Moscou par l'intervention musclée des forces de l'ordre et des dizaines d'interpellations. Or celle-ci s'est terminée vers 16h pratiquement sans incident.

Environ 2.000 personnes, selon l'AFP, 800 selon la police, ont participé à la manifestation au coeur de la capitale russe, sur la place Pouchkine barricadée, encerclée par les cars de police et étroitement surveillée par les unités anti-émeutes.

La mairie de Moscou avait autorisé à cet endroit un rassemblement des défenseurs de la forêt de Khimki, qui doit être partiellement abattue pour faire place à une autoroute au nord de la capitale russe, mais pas un concert, qualifié lui d'"illégal et amoral".

Concert acoustique faute d'électricité
Les organisateurs ont reçu le soutien de certains grands noms de la scène musicale comme le vétéran du rock engagé de l'ex-Leningrad (actuelle Saint-Pétersbourg), Iouri Chevtchouk, leader du groupe culte DDT, mais ils n'ont pas pu faire résonner leurs guitares électriques, les forces de l'ordre bloquant l'accès au matériel sonore et refusant l'accès à la place à certains artistes.

Faute d'électricité, Iouri Chevtchouk est monté sur un escabeau avec une guitare sèche et a chanté debout avec la foule qui a repris en choeur ses refrains, notamment ceux de "Rodina" ("La Patrie"), une chanson contre le pouvoir de l'époque soviétique. La foule, composée de jeunes comme de retraités, brandissait des drapeaux et des pancartes aux slogans écologistes et politiques.

"On est là pour chanter pour qu'on n'arrache pas notre forêt, le poumon de Moscou, mais aussi pour dire au Kremlin, à Poutine, qu'on en a marre d'eux, de leur système, des mensonges servant à remplir les poches des fonctionnaires", a déclare Viktor Kalinovski, un manifestant de 32 ans.

Des opposants interpellés avant la manif
Plusieurs opposants ont été interpellés par la police avant le début de la manifestation, ont rapporté les autorités locales, une "provocation", selon des défenseurs des libertés publiques. Il s'agit notamment du défenseur des droits de l'homme Lev Ponomarev et d'un opposant du mouvement Solidarité Mikhaïl Shneider.

Derrière ce concert gratuit, c'est tout le système de pouvoir instauré sous Vladimir Poutine, ancien président et actuel Premier ministre russe, qui était visé.

"Le pouvoir a peur des gens avec des guitares"
"Le problème est que, pour une raison ou pour une autre, le pouvoir a peur des gens avec des guitares", a déclaré Iouri Chevtchouk. La forêt de Khimki est "un symbole de la lutte citoyenne contre l'arbitraire de l'Etat", a-t-il dit. "C'est notre forêt!", "la Russie sans
Poutine!", a crié la foule.

Une association d'habitants de Khimki, une banlieue du nord-ouest de la capitale russe, tente depuis trois ans d'obtenir la révision d'un projet qu'elle dit empreint d'illégalité au profit d'intérêts privés."Une armée de fonctionnaires est contre nous, mais on n'est pas seuls, merci d'être venus aussi nombreux", a lancé le leader de l'association devant la foule. cliquez ici