Massive Attack 2010
© Hamish BrownBien que ce disque succède au décevant "100th Window", le groupe de Bristol, créateur du trip-hop à l'aube des années 90, n'a rien perdu de son capital de sympathie auprès du public.
Précédé d'un EP prometteur en octobre, "Splitting the atom", cet album marque un regain de chaleur sur la banquise sonore Massive Attack. Ca valait le coup d'attendre.
En vingt ans, Massive Attack avait sorti jusqu'à présent 4 albums, dont trois classiques durant les années 90, "Blue Lines" (91), "Protection" (94) et "Mezzanine" (98). Avec un album ultra dépréssif mal accueilli en 2003, "100th Window" le compte était maigre jusqu'ici pour la décennie 2000.
Il faut dire que le très perfectionniste Robert Del Naja (alias 3D) avait réussi au fil du temps à faire le vide autour de lui : de quatuor au départ, la maison Massive avait rétréci au point qu'il était seul à tenir encore les murs depuis 2002, Tricky, Mushroom et enfin Daddy G ayant fait défection tour à tour.
Désormais rabiboché avec son complice Daddy G, 3D ouvre aujourd'hui en grand les portes de Massive Attack et convie au chevet de ces retrouvailles un waggon de collaborateurs et de voix amies : les chanteuses Martina Topley Bird (repérée par Tricky) et Hope Sandoval (ex-Mazzy Star), le fidèle Horace Andy, le très prolifique Damon Albarn (le leader de Blur et des Gorillaz) ainsi que Tunde Adebimpe et David Sitek de TV On The Radio.
Manifestement, l'inspiration n'est pas en berne et après le stade glaciaire, le sang recommence à circuler chez Massive Attack. Le groupe reste sur "Heligoland" un pourvoyeur exceptionnel de tissus sonores envoûtants, un véritable orfèvre des textures, qui continue à distiller son spleen vénéneux tel un poison lent.
Cependant, Massive Attack a la chance d'être de ces groupes intouchables dont public et critiques cherchent en priorité à comprendre et étudier la démarche plutôt qu'à juger la musique dès la première écoute. Car, disons-le, il faut du temps et de la ténacité pour entrer de plein pied dans ce disque qui ne se livre pas facilement.
Ici, seule la variété des voix arrive à réchauffer la froide précision maniaque du tissu sonore. Ces chants singuliers apportent l'étincelle de vie, conjurant l'aspect clinique de ce travail de laboratoire éminement cérébral, auquel Damon Albarn, en prêtant son studio, a pourtant tenté d'insuffler un peu de spontaneité.Particulièrement réussis : "Pray for rain", le magnifique titre d'ouverture avec Tunde Adebimpe (le chanteur de TV On The Radio), le rodéo paranoïaque "Girl I love you" chevauché par l'impérial Horace Andy, le spleen ascensionnel de "Rush Minute", le poignant "Saturday come Slow" emmené par Damon Albarn dont les accents de sincérité restent bluffants, et le fragile "Paradise Circus" sussuré par Hope Sandoval.
Plus chaleureux, plus généreux que le précédent, ce disque ne renoue pas pour autant avec la magie sensuelle de"Blue Lines" : chez Massive Attack le mercure remonte mais le ciel reste obstinément plombé et menaçant.
"Heligoland" (EMI) sorti le 8 février 2010
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Massive Attack - Unfinished Sympathy
envoyé par droogirico. - Clip, interview et concert.


