Rock, funk, pop, rap: huit livres à s'offrir ou à se faire offrir lus pour vous

On dit le livre agonisant, bientôt mort. Mais l'objet, le beau livre, lui, n'a pas encore rendu l'âme. Quant aux ouvrages soignés sur nos stars préférées de la musique, ils restent un must sous le sapin, pour jeunes et moins jeunes. 

Le cadeau de dernière minute qu'il vous faut est peut-être dans notre sélection. A moins de 30 euros.


Patti Smith, "Just Kids" (Denoël)Patti Smith "Just Kids" (Denoël, 20 euros)
Avant d'être chanteuse, Patti Smith est poétesse, et cela se sent ici d'emblée. Son récit nourrit le coeur et l'esprit. Il raconte l'histoire d'amour de deux jeunes artistes dans le New York bohême et arty de la fin des années 60 et du début des années 70. Quand il était encore possible de rêver sa vie très fort et de faire triompher la créativité et l'audace sur le conformisme. Cette histoire belle et intense c'est la sienne. Celle qu'elle a vécu avec le célèbre photographe Robert Mapplethorpe.

D'abord comme amants puis de façon platonique, Robert assumant finalement son homosexualité, les deux artistes vont mutuellement s'influencer et soutenir l'éclosion artistique l'un de l'autre. Avec ses photos, Mapplethorpe "cherchait à élever certains aspects de l'expérience masculine, à imprégner l'homosexualité de mysticisme", écrit-elle. Patti voulait, elle, "insuffler dans le mot écrit l'immédiateté et l'attaque frontale du rock and roll". Ils y parviendront chacun en parallèle et avec brio. Et resteront profondément liés jusqu'à la mort de Mapplethorpe en 1989. Pour son tout premier livre, Patti Smith a obtenu le prestigieux National Book Award. Son cri du coeur en le recevant a été pour la sauvegarde du livre. Car le livre est "ce qu'il y a de plus beau dans notre monde matérialiste".


Michael Jackson par Arno Bani, éditions du ChêneMichael Jackson par Arno Bani (Chêne, 19,90 euros)
1999. Michael Jackson tombe en arrêt devant une photo qui illustre la une d'un supplément du Sunday Times. Elle est signée Arno Bani, un jeune photographe de mode français. La star demande à rencontrer le jeune homme âgé de 23 ans. "Il voulait se donner une nouvelle image pour l'album 'Invincible''', se souvient Bani. L'entente est immédiate. Ils décident d'une séance, d'une véritable collaboration artistique. Elle se déroule en banlieue parisienne dans le plus grand secret. "Il m'avait dit fais-moi rêver!". Arno Bani lui prépare 4 looks somptueux et lunaires, emprunts de mystère et de féérie. Bambi se laisse faire, visiblement ravi. Le résultat est superbe. Michael y apparaît sous un jour inusité. Il "adore" ces photos mais Sony n'en veut pas. Les clichés restent au placard durant 11 ans.

Au lendemain de la mort de la star, en juin 2009, Bani les exhume. Il faut les montrer. Pierre Bergé & Associés a organisé leur dispersion aux enchères, le 13 décembre dernier à Paris. Cette exceptionnelle séance de photos aurait pu ne toucher la rétine que de quelques fans fortunés, comme le designer Ora-Ito qui s'est offert le portrait à la cape d'or pour  26.000 euros. Mais Bani a souhaité éditer le catalogue de la vente pour les moins fortunés. Le voilà. Le format est modeste mais le contenu, texte et photo, est résolument beau. Il existe en grand format, en version collector tirée à 2.009 exemplaires, avec quatre tirages argentiques. Mais c'est plus cher (1.000 euros)...


"Life" de Keith Richards (Robert Laffont)Keith Richards "Life" (Robert Laffont, 22,90 euros)
L’autobiographie du guitariste des Rolling Stones était attendue comme «le Graal du rock’n’roll ». Elle tient ses promesses. Mister Rock’n’roll y livre sans langue de bois les hauts et les bas de sa vie tourmentée, y compris sa longue addiction à l'héroïne. Mais aussi sa relation d'amour-haine avec son partenaire Mick Jagger, surnommé Brenda avec une bonne dose d’humour. On y croise nombre de célébrités. On y recueille des dizaines d’anecdotes, souvent hilarantes. Pourtant, c’est la musique qui se taille ici la part du Lion. On n’en attendait pas moins de ce grand passionné, auteur de quelques uns des plus célèbres riffs de guitare de l’histoire du rock.

La musique est au cœur de «Life » comme elle est au cœur de la vie de Keith Richards. Il y détaille le processus de création, le dialogue de composition avec Jagger. Il dévoile sa technique, venue du Blues, de l’open tuning, une façon d’accorder sa guitare sur cinq cordes au lieu de six, à la base du son des Stones. Il se souvient aussi de la naissance du rock anglais, une époque bénie où l’émulation et la solidarité regnait entre tous les groupes, y compris avec les Beatles, dont la rivalité n’était qu’artificielle. John Lennon était son grand pote. « Le problème avec John, c'est qu’ (…) il voulait essayer tout ce que je prenais, mais il n'avait pas mon solide entraînement. Moi, je prenais un peu de ceci, un peu de cela, des barbis, des amphètes, de la coke et de l'héro, et je pouvais me mettre au boulot. Mais John finissait invariablement la tête dans la cuvette de mes chiottes. » Rock'n'roll indeed.


Prince, Life and Time de Jason Daper (Edition Place des Victoires)"Prince, life and times" de Jason Draper (Edition Place des Victoires, 29,95 euros)
"Je ne suis pas une femme, je ne suis pas un homme", chantait Prince dans "I Would Die 4 You". "Je suis quelque chose que vous ne comprendrez jamais". Ce livre tente de percer l'énigme du Prince violet. Mais pas question de fouiller les poubelles, prévient l'auteur, l'écrivain britannique Jason Daper. Pour lui, rappeller les faits dans le détail, les excès, les sommets, les métamorphoses et les éclipses du personnage, devrait suffire à se faire sa propre idée. A elle seule, la citation d'introduction de Prince en dit long: "Je fais de la musique parce que si je n'en fais pas, je meurs. (...) C'est presque une malédiction: savoir qu'on peut toujours faire quelque chose de nouveau".

Impressionnant par le format (37 cm sur 27 cm, 2 kg à la louche), cet ouvrage foisonnant est un livre de fan pour les fans. Superbe avec sa couverture bi-matières veloutée, ses très nombreuses photos, ses pages de chronologie biographiques qui se déplient, ses dizaines de témoignages, il rend hommage au génie d'un musicien qui a longtemps réussi à se renouveler en repoussant ses propres limites.


Dictionnaire amoureux du rock d'Antoine de Caunes (Plon)Dictionnaire Amoureux du Rock par Antoine de Caunes (Plon, 23,90 euros)
On le sait, l'animateur des impérissables émissions télé Chorus, Enfants du rock et autre Rapido est un fondu de rock. En haut de son panthéon: Bob Dylan, et encore un cran au-dessus si possible, Bruce Springsteen. Avec ce dictionnaire qui n'en est pas vraiment un, Antoine de Caunes nous embarque dans les méandres de sa brûlante passion. Souvenirs, anecdotes, points de vue, hauts faits d'armes, analyses, digressions, rencontres et extraits d'interviews alimentent cet ouvrage foisonnant et un peu foutoir qui se lit comme un roman mais peut-être ouvert à n'importe quelle page à tout moment.

Bruce Springsteen apparaît comme un intouchable auréolé de perfection - il n'a jamais déçu, jamais trahi. Les Ramones sont "des losers magnifiques, purs et durs, comme le rock ne devrait jamais cesser de l'être". Mais de Caunes fait aussi distribution de baffes. Prince est dépeint sans surprise comme un "schtroumpf mauve" capricieux à l'ego hypertrophié. Quant à U2 et leur leader Bono, ils en prennent pour leur grade. Rock et bons sentiments sont en effet incompatibles pour de Caunes, qui avoue par ailleurs avoir alimenté à l'adolescence sa soif inextinguible de nouveautés en volant des piles entières de disques à la Fnac et au Bon Marché. C'est du propre !

John Lennon, "Une vie" de Philip Norman (Robert Laffont)"John Lennon, une vie" de Philip Norman (Denoël, 24,90 euros)
Philip Norman, déjà auteur de "Shout!", une biographie des Beatles parue en 1981, s'est penché cette fois sur le destin du plus mystérieux des Fab Four. Son travail d'enquête, qui a occupé 5 ans de sa vie, est impressionnant de minutie. Norman a recueilli des dizaines de témoignages et des centaines de documents jusqu'à l'arrière-grand-père, pour fouiller profondément la trajectoire d'une des plus grandes icônes du XXe siècle. Précis, documenté, son récit reste pourtant littéraire et palpitant. Son autre grand mérite est d'éclairer le mythe d'un jour nouveau. Fin connaisseur des subtilités de classe, il montre que Lennon a été élevé par sa tante Mimi dans un confort presque bourgeois. Norman éclaire aussi ses rapports avec sa véritable mère, la volage Julia, dont il avait été séparé vers 6 ans avant de la retrouver à l’adolescence. Selon lui, l’auteur de "Mother" avait failli passer à l'acte avec elle, lors d'une sieste trouble, à l'âge de 14 ans.

Les femmes tiennent une place capitale dans sa trajectoire, à égalité semble-t-il avec les disparitions précoces. Dont deux semblent l'avoir rongé de remords. D'abord la mort brutale par hémorragie cérébrale d'un de ses meilleurs amis, Stuart Sutcliffe, bassiste des Beatles et jeune artiste prometteur, à l'âge de 21 ans. Peu auparavant, John l'aurait dérouillé sauvagement à Hambourg, révèle Norman, qui cite le témoignage de la soeur du disparu. Ensuite, le suicide du manager des Beatles, Brian Epstein. Ce dernier avait eu le malheur de s'éprendre de John. Avec lui comme avec d’autres, Lennon s’était montré cruel. Une facette du militant pour la paix que cette biographie n’élude pas.


"Philippe Manoeuvre présente Rock Français, 123 albums essentiels de Johnny à BB Brunes" (editions Hoëbeke, 29,50 euros)
A l'heure où une nouvelle génération se réapproprie le rock, il était temps de mettre un peu d'ordre dans les étagères de la mémoire hexagonale et d'éclairer certains de ses recoins méconnus. Supervisé par le rock critic le plus connu de France, ce livre est écrit par une quarantaine de plumes érudites. Organisé de façon chronologique, avec une pochette de disque en pleine page à droite et le texte afférent à gauche, "Rock français" s'ouvre avec les Chats Sauvages en 1961 et se referme sur Izia en 2009. Entre les deux, un monde. Et une sélection de 120 disques. 

"Ce livre contient l'histoire définitive d'un mouvement radical", de ses phares comme de de ses héros de l'ombre. "Si une quinzaine des disques" ici présentés "a dépassé la barre incroyable des deux millions d'exemplaires, tant d'autres n'ont pas vendu plus de 5.000 copies", prévient Phil Manoeuvre en préface. Tout en donnant un coup de projecteur réjouissant sur une poignée de groupe méconnus (The Frenchies, Moving Gelatine Plates, Mathématiques Modernes , Wild Child ou es impayables hippies Les Variations) il définit ce faisant les contours du rock français. NTM, Daft Punk, Katerine et Air en font partie. Vous êtes surpris ? Interdit de moufter: c'est Phil qui l'a dit.


Jay-Z "Decoded" (Spiegel and Grau, USA)Jay-Z "Decoded" (Spiegel & Grau, 35 dollars)
Poète, producteur et businessman avisé, le rappeur le plus influent de la planète n'était pas homme à proposer une autobiographie ordinaire. Jay-Z se livre ici par un biais original, celui du décryptage minutieux de ses chansons. Ce faisant, il expose surtout sa vision du monde. Celle d'un jeune noir dans l'Amérique des seventies tombé sous le charme des premiers cercles hip-hop à la fin des années 70. Jay-Z n'aime pas seulement le hip-hop. Il le vit. Et le défend ici sous toutes ses facettes, avec une justesse et une noblesse réjouissantes.

Son récit est passionnant. C'est une histoire que les fans de hip-hop connaissent bien. Celle du ghetto. Celle de l'Amérique noire tenue soigneusement à l'écart du rêve blanc. Celle de la survie, de la délinquance et des dealers. Pourtant, la voix de Jay-Z sort de l'ordinaire. Ses souvenirs sont vifs. Son verbe palpite. Son analyse est fine, brillante. Toujours profondément honnête, juste et nuancée. Il n'y a pas d'un côté les bons et de l'autre les méchants. Mais bien plutôt d'un côté la voix intérieure et de l'autre la perception d'autrui, extérieure. C'est dans ce décalage qu'il a vu dès le départ "l'opportunité de se recréer et de ré-imaginer son monde". Pour ne rien gâcher, ce livre émaillé de nombreuses photos et illustrations est aussi très beau graphiquement.

cliquez ici