Hindi Zahra

Hindi Zahra

© Hassan Hajjaj
Auteur d'un premier album épicé et charnel, Hindi Zahra est une nouvelle voix qui va compter

Grande voyageuse, Hindi Zahra apprécie particulièrement l'échange et la rencontre. Un trait que l'on retrouve dans sa musique sans frontières puisant aussi bien dans ses racines berbères que dans la soul, le rock ou le jazz.

La belle, qui s'est fait connaître avec l'entêtant "Beautiful Tango", emmène son blues coloré en tournée jusqu'en juin.

 Vidéo


Un premier album qu'elle a réalisé de A à Z

Elevée au Maroc dans une famille de musiciens touaregs et kabyles aux idées larges, Hindi Zahra a grandi entre la musique gnawa, les mélopées d'Oum Kalsoum, la soul d'Aretha Franklin, le jazz d'Ella Fitzgerald et le blues d'Ali Farka Touré. Plus tard, elle a écouté Bob Dylan, Bob Marley, Michael Jackson, Prince et le hip-hop de Mos Def et A Tribe Called Quest, ainsi que les musiques électroniques.

Autant de modèles qui l'on aidé à forger sa propre voix, éminemment singulière: Hindi Zahra, qui n’écoute que son cœur, est un genre à elle toute seule.
 
Parée de son chant légèrement voilé, sa musique féconde est extrêmement charnelle et organique. Plus tiède qu’une brise d’été, aussi envoutânte qu’un parfum ambré, généreuse et pleine de sève, du genre qui fait claquer des doigts et fredonner n’importe quelle assemblée, elle ne rentre dans aucune case.

Croisant avec fluidité l'orient et l'occident, ses chansons ont le blues pour fil rouge, la rencontre comme crédo et la prochaine improvisation pour horizon.

Comme si cela ne suffisait pas, Hindi Zahra qu'on imagine grande amoureuse, a réalisé seule de A à Z la cuisine aux mille saveurs de son album "Handmade" ("Fait main"): chanteuse mais aussi auteure, compositrice et multi-instrumentiste, elle n'a laissé à personne d'autre qu'à elle-même le soin de produire et d'arranger son premier disque, une galette finement ciselée.

Un disque que la solide réputation scénique de cette sirène du micro avait précédé de plusieurs longueurs. Car si la majorité des chansons de l’album a été composée plus récemment, "Oursoul" et "Beautiful Tango", qui figurent en bonne place sur "Handmade", ont déjà été applaudis sur bien des scènes ces cinq dernières années.

Une sérieuse foule d’afficionados suit la belle à la trace, et on comprend dès lors pourquoi son concert de la Cigale lundi 15 février affichait complet depuis des semaines.


Autant dire que cette jeune femme, qui pratique aussi la peinture, est une perle rare, une artiste complète du genre volontaire et surdoué. Le fameux label Blue Note, hôte des plus grandes pointures du jazz, ne s’y est pas trompé en lui faisant rejoindre son prestigieux catalogue. Rencontre avec l’une des voix les plus prometteuses de ce début d’année.

Entretien avec Hindi Zahra
Hindi Zahra (c) France 3- Vous avez été élevée dans une famille d'artistes. Que vous ont transmis vos parents d'essentiel concernant l'art ?
Que c'était un moyen d'expression fondamental. Le fait qu'ils pratiquent la musique et qu'ils aient cette ouverture d'esprit vis a vis des musiques de différents endroits m'a donné une vision très ample de la musique, une vision très généreuse de comment faire la musique, comment la transmettre.

- Pourquoi chanter surtout en anglais et un peu en berbère ? Est-ce une façon de vous adresser au plus grand nombre ?
Ayant fait pas mal d'improvisation jazz, j'ai choisi l'anglais surtout pour improviser. C'est un chant qui permet du gimmick, en tant que vocaliste on peut faire beaucoup de choses avec. C'est très dur d'improviser en français ou en berbère. Je me suis familiarisée aussi avec cette langue car j'ai écouté beaucoup de musique noire américaine, c'est une langue très musicale à mon sens. Avec l'anglais, on peut allonger les notes avec des mots, c'est assez particulier. En français, pour jouer à ça il faut être très fort.
 
- Vous avez produit et arrangé votre album de bout en bout. Vous êtes aussi multi-instrumentiste, comment avez vous procédé pour l'enregistrement ?
J'ai choisi de louer un appartement et du matériel et puis d'enregistrer dans de bonnes conditions, c'est à dire avec du temps. Ca m'a pris trois mois. Ensuite je suis allée enregistrer les batteries, les basses, quelques guitares et quelques claviers à Bruxelles en studio. J’ai travaillé avec des musiciens avec lesquels je partage la scène actuellement et d’autres qui étaient invités sur le disque. Certaines chansons avaient été écrites il y a plusieurs années, comme "Oursoul" et "Beautiful Tango", d'autres sont nées sur scène et l'enregistrement a mis à plat à tout ça.

Hindi Zahra (c) DR- Laisseriez-vous le soin à quelqu'un d'autre de s'occuper de votre musique ?
Non. Pour moi les arrangements de mes chansons sont déjà en place dans ma tête, j'ai l'impression que j'entends ce que je veux comme résultat. D'autres ont besoin d'alimenter leur travail avec le regard d’un autre, pas moi.
 
- Vous avez déjà une solide réputation scénique. Préfèrez-vous la scène ou le studio ?
Je n'ai pas de préférence entre les deux. Le petit plus de la scène c'est que c'est immédiat, on doit être dans l'instant, on est dans une autre dynamique. Tu ne sais jamais ce qui peut arriver. Alors qu'en studio on fige les chansons, on a beaucoup de temps pour modifier les choses. En live tu travailles en amont pour ce que tu vas faire sur scène mais la scène t'apprend énormément de choses sur tes arrangements, sur tes sons, sur ce que tu as envie de donner. La scène, c'est un échange, c'est un challenge, tu ne viens pas juste pour chanter des chansons, il faut les donner avec toutes leurs intentions, parce qu'il y a des gens en face, tu es dans un don.
 
- Entre la musique et la peinture que vous pratiquez, quelle est la différence ? Mettez-vous les mêmes choses de vous dans ces différentes expressions ?
C'est complètement différent. Déjà, je pratique la peinture dans le silence. Après, la peinture est plus proche de l'univers onirique, lorsque je peins, je sors des choses plus inconscientes. La musique c'est quelque chose de beaucoup plus complet pour moi émotionnellement.

- Ces deux arts se nourrissent-ils l'un l'autre ?

Oui, pour les arrangements sur le disque j'ai travaillé par touches, comme en peinture, en plaçant les sons dans l'espace. La peinture  est un travail d’équilibre des couleurs, elle m'a donc guidée dans ma facon de travailler sur le mixe. Je l'ai vraiment envisagé comme de la peinture.
 
Hindi Zahra sur scène (c) France 3- Vous vivez en France depuis une quinzaine années, vous y plaisez-vous toujours ?
Je ne suis pas beaucoup à Paris en réalité, je voyage tout le temps, c'est ce qui me motive, j'ai grandi comme ça. Avec mon père nous avons vécu dans plusieurs endroits différents au Maroc. Paris pour moi est une ville romantique et c'est aussi géographiquement central en Europe. Mais je me sens profondément voyageuse. Même à Paris j'ai déménagé dix fois.
 
- Pour Tony Gatlif qui a réalisé le clip de "Beautiful Tango", la musique est le ciment qui rattache les humains et cette liberté qui lui donne le souffle d'aller à la rencontre des autres dans le monde". Votre définition de la musique va-t-elle dans le même sens ?
Complètement. C'est très beau. Je suis tout à fait d'accord avec cimenter, je travaille dans le bâtiment, je cimente tout ce qu'il veut (rires). L'idée de faire rejoindre des univers, je trouve que c'est une idée importante. C'est comme quand tu fais de la cuisine. Tu mélanges des choses différentes et puis tu crées un nouveau goût, c'est aussi ludique que ca. Quant à aller vers les autres, j'aime les gens, je suis curieuse de la création et de l'expression des autres, et pour l'échange j'aime voyager, comme Toni Gatlif qui parle beaucoup des gens du voyage. J'aime aller au Mexique, en Slovénie, je rencontre des gens complètement différents, c'est incroyable, des pensées différentes, des nourritures differentes, des couleurs différentes, pour moi c'est de la nourriture pour l'esprit.

Album "Handmade" de Hindi Zahra (Blue Note/Emi)
Toutes les dates de la tournée sur la page Myspace ci-dessous
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La page Myspace d'Hindi Zahra


Hindi Zahra interprète "Beautiful Tango" à Ce soir ou jamais
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