Thibaut Berland, alias Breakbot
DRPlus d'un mois qu'il nous faut notre dose quotidienne de "Baby I'm Yours", le premier EP de Breakbot sorti mi-février chez Ed Banger. Pour nous tirer du lit. Et nous jeter dehors en sautillant avec l'élan de nos 15 ans.
Plusieurs semaines que ce maxi de funk rutilant et optimiste fait rugir de bonheur les danseurs dans tous les clubs où il est joué.
Nous avons voulu en savoir plus sur l'homme derrière l'avatar rigolard en short qui hante la toile. Un avatar signé de Breakbot lui-même, ancien graphiste dans la publicité.
Un remixeur très demandé
Avant d'enflammer les pistes de danse, Thibaut Berland, alias Breakbot, s'est d'abord fait connaître pour ses remixes. Une chose a aidé: après le bac, Thibaut a usé ses fonds de culotte sur les mêmes bancs que Xavier de Rosnay de Justice, à l'école Estienne.
Son premier remixe, il l'a réalisé tout naturellement pour le duo à la croix. Cette version de "Let there be light", sortie en 2007, a amorcé la pompe. Depuis, les commandes ne tarissent pas. Metronomy, qui lui a servi de seconde rampe de lancement, Yuksek, Sébastien Tellier, Air, Digitalism mais aussi Pnau ou Fat Lip: la signature Breakbot est partout. (nombreux remixes en question en écoute sur le blog Ilitronix)
Sa marque de fabrique ? Le funk le plus joyeux, le plus sautillant, passé à la moulinette électro. Un style qui carbure aux influences vintage, celle des maîtres Earth Wind & Fire, Rick James et autres Bar-Kays, les digère avec fraîcheur puis les réinjecte comme neufs dans le présent.
Sa musique, ses remixes et ses sets de dj's communiquent tous cette irrésistible énergie, cet ensoleillement musical, cet impérieux appel à remuer les hanches que nous ont offert les plus fameuses machines noires à danser.
Nouveau poulain du label Ed Banger
Pedro Winter, ancien manager de Daft Punk et patron au goût très sûr du label Ed Banger, ne s'y est pas trompé en le signant il y a six mois. Chez Ed Banger, maison française de fleurons électroniques que le monde nous envie, la nouvelle recrue, âgée de 28 ans, a vite trouvé sa place entre Justice, Krazy Baldhead, Dj Mehdi, Mr Oizo, SébastiAn et Mr Flash.
Pedro le disait encore il y a peu: "la disco compressée est derrière nous". Nous ajoutons: et le futur de l'électro sera funk.
Aujourd'hui, nous sommes prêts à le parier, notre coup de coeur de ce début d'année sera de toutes les playlists cet été. Et le premier album de Breakbot, encore dans les limbes, fera danser la planète entière d'ici 18 mois à deux ans. Question de temps. En attendant de savoir si nous pouvons nous rebaptiser Mme Irma, balade à bord du funky Breakbot.
Entretien avec Breakbot
- Comment devient-on un remixeur connu réclamé par des gens aussi différents que Metronomy, Air ou Fat Lip (ex-Pharcyde) ?
Breakbot: En fait, je connaissais Justice avant de faire de la musique électro. Avec Xavier de Rosnay, nous étions dans la même classe en arts appliqués à l’école Estienne, juste après le bac. Xavier est un des premiers avec lesquels j’ai fait de la musique. A l’époque je ne prenais pas la musique au sérieux, je faisais des petites maquettes dans mon coin. Un jour, je me suis amusé à faire un remixe deLet there be light de Justice. Ils ont aimé et l’on sorti sur l’édition japonaise de Waters of Nazareth. Je l’ai posté sur mon Myspace et les commandes sont venues ensuite. Comme celle de Delicious Vinyl (label hip-hop culte NDLR) qui m’a envoyé un mail pour me demander de remixer Fat Lip.
- Qu’est-ce qu’un bon remixe pour toi ?
C’est une relecture et généralement un morceau qui a peu à voir avec l’original. Idéalement, je recrée une chanson nouvelle à partir du vocal si les vocaux sont assez forts. Je peux reprendre aussi quelques éléments du morceau d’origine, mais le moins possible. Mon remixe maison préféré à ce jour ? Celui de Pnau.
- Comment travailles-tu ?
Je travaille chez moi. Avec très peu de matériel: un ordinateur et un clavier midi. Je n'ai pas voulu investir dans beaucoup de matériel, je ne suis pas un geek. En fait, je n’ai pas besoin de grand-chose.
- Il n’y a aucun instrument ?
Si, j’ai enregistré un ou deux morceaux avec mon frère, sinon c’est avec des plug-in et un clavier. J’utilise très peu de samples, ils me servent pour les détails, les rythmiques, les sons isolés. C’est très rare que j’empreinte une mesure entière d’un autre morceau.
- Et la voix ? Qui chante sur Baby I'm yours ?
C’est Irfane, le chanteur du groupe français Outlines. Je l’avais repéré sur un morceau de Krazy Baldhead, un collègue de label. Je lui ai proposé un featuring. Je suis très heureux du résultat. Il a écrit les paroles et la mélodie de son chant et la collaboration s’est très bien passée. On vient de la même musique, d’une culture assez noire. On est très complémentaires et j’espère que nous retravaillerons ensemble.
- "Baby I'm Yours" est ton premier maxi chez Ed Banger, mais ce n'est pas le premier publié.
C’est le second, en fait. Un premier maxi, "Happy Rabbit", était sorti chez Moshi Moshi, petit label anglais qui m’avait repéré sur Myspace. Mais il s'agissait d'un 45T confidentiel pressé à 500 exemplaires (collector en vue NDLR).
- C’est Xavier de Justice qui t'a présenté à Pedro Winter du label Ed Banger?
Pas vraiment. On s’est d'abord croisé à un repas, il y a 4-5 ans. A l’époque j'étais graphiste dans la publicité et je faisais de la musique en dilettante; je ne me consacre à Breakbot que depuis deux ans. De son côté, Pedro n’avait pas l’intention de signer de nouveaux groupes car il avait déjà beaucoup d'artistes en développement comme Justice, Dj Medhi etc… Il s’est interessé à moi plus récemment, après le remixe de Metronomy.
- Ca fait quoi de se retrouver chez Ed Banger, le label le plus en vue de l’électronique en France ?
- C'est très important pour moi. C’est l’endroit où je voulais être. Ce qui me plaît, c’est que ce sont des gens que je n’apprécie pas seulement artistiquement mais aussi humainement. Pour moi, c’est l’idéal. C’est particulièrement plaisant quand tu travailles comme moi en solitaire. Ils sont là pour les conseils, c’est vrai que c’est un peu familial.
-Dans le milieu électronique français, te sens-tu proche de certains artistes ?
Je fais un peu mon truc dans mon coin, je ne préoccupe pas trop du milieu. Mais je me sens proche de Kavinsky par exemple, de Sébastien Tellier aussi, mais aussi des artistes des labels Institubes et Record Makers.
- Quelles sont tes influences, qu'écoutais-tu enfant ?
J’ai deux grands frères qui écoutaient beaucoup de musique. C’est grâce au plus âgé, de sept ans mon aîné, que j’ai écouté Prince, Michael Jackson, mais aussi tous les vieux morceaux soul funk des seventies et des eighties ainsi que l’acid-jazz. Mon frère était musicien dans le groupe de funk Swaat signé chez Big Cheese records, dont les compilations de oldies soul funk ont beaucoup compté pour moi. Ensuite, dans le sillage du film Jackie Brown de Tarantino j’ai découvert la Blaxploitation et tous les trucs très funky comme Earth Wind & Fire. Ado, j’écoutais Superdiscount d’Etienne de Crécy, Alex Gopher, Air, Daft Punk, enfin des Français dans la musique desquels je me reconnaissais. Mais j’aimais aussi le hip-hop, de Grandmaster Flash au Wu-Tang Clan.
- Qu'écoutes-tu en ce moment ?
J’achète toujours beaucoup de disques de funk. Là par exemple, j’écoute Rick James, Vogue, Second Image, les Bar-Kays, Sylvester (je suis un gros fan), Jermaine Jackson, mais j’aime aussi Billy Ocean, Tom Tom Club, The Jets et les trucs californiens genre Supertramp, Toto, Steely Dan, les Beach Boys. Toute la merde quoi (rires).
- Comment définirais-tu ton style ?
J’essaye de faire des morceaux accessibles, simples d’écoute. Au tout début, je faisais de la musique triste mais j’ai décidé depuis un moment de faire des trucs joyeux. Si ça me fait du bien, il y a des chances que ça rende les autres heureux.
- Faire danser, c’est aussi un but ?
Ca va avec. Tout ce qui peut déclencher une réaction physique, c’est ce qu’il y a de plus gratifiant.
- Ton meilleur souvenir de dj ?
J’ai beaucoup de bon souvenirs maintenant, mais les plus exceptionnels restent ceux de ma première tournée, en 2008, en Australie. Cela faisait à peine un an que je mixais en soirées et je me suis retrouvé à jouer une quinzaine de dates sur trois semaines avec deux groupes australiens. J’étais le bouche-trou durant les changements de plateaux mais l’ambiance était incroyable, avec un public de tarés.
- Quel est l’agenda à venir ? L’album c’est pour quand ?
Je suis très motivé et heureux d’être chez Ed Banger alors je ne vais pas m’endormir. Je travaille beaucoup mais je suis irrégulier, je peux être rapide ou assez lent. D’abord parce que je ne suis pas musicien donc c’est plus laborieux, mais aussi parce que je me prends pas mal la tête sans pour autant me prendre au sérieux. Pas question de faire les choses à moitié, je veux donner mon meilleur.
Donc on va dire, un ou deux maxis d’ici fin 2010. L’album, on verra plus tard.
- Te sens-tu prêt à un éventuel succès à la Justice ? Cela ne te fait pas peur ?
Déjà, je doute d’atteindre ce niveau car je n’ai pas la même force au niveau du son et de l’image que Xavier et Gaspard (de Justice). Sinon, non ça ne me fait pas peur. Les fans ce ne sont que des gens qui t’aiment, après tout. Et Xavier par exemple est resté le même, les pieds sur terre. Preuve qu’on n’en meurt pas.
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