"Lohengrin" à Bayreuth, avec A. Dasch (au centre) dans le rôle d'Elsa, et J. Kaufmann (à droite) dans celui de Lohengrin

"Lohengrin" à Bayreuth, avec A. Dasch (au centre) dans le rôle d'Elsa, et J. Kaufmann (à droite) dans celui de Lohengrin

AFP - Bayreuther Festspiele GMBH - Enrico Nawrath
Le célébrissime festival de Bayreuth a ouvert ses portes dimanche 25 juillet pour sa 99e édition

Une édition notamment marquée par l'absence du patriarche Wolfgang Wagner, petit-fils du compositeur Richard Wagner, mort le 21 mars à l'âge de 90 ans après avoir régné sur la manifestation pendant 57 ans (de 1951 à 2008).

Le festival, qui doit durer jusqu'au 28 août, a débuté avec l'opéra "Lohengrin", marqué par le triomphe du ténor Jonas Kaufmann.


Un an après avoir fait ses débuts dans le rôle-titre de "Lohengrin" à Munich, sa ville natale, Jonas Kaufmann, 41 ans, a trouvé la consécration dans le temple wagnérien, recevant une longue ovation du public, en partie debout. La soprano allemande Annette Dasch (Elsa) et le jeune chef d'orchestre letton Andris Nelsons, 31 ans, ont également été acclamés. La mise en scène audacieuse de Hans Neuenfels -avec ses rats mutants- a reçu autant d'applaudissements que de sifflets.

Outre "Lohengrin", le lieu de la manifestation, le fameux Festspielhaus (1974 places), conçu par Richard Wagner et inauguré en 1876 sur une colline dominant Bayreuth, ville du nord de la Bavière, accueille 29 autres représentations. Lesquelles, comme tous les ans, se jouent à guichets fermés. La demande de places est huit à neuf fois supérieure à l'offre. Résultat: on cite parfois l'exemple de passionnés dont certains ont attendu 10 ans pour obtenir des places !

La direction du festival a été reprise par les deux filles du patriarche: Eva Wagner-Pasquier, 65 ans, et sa demi-soeur Katharina Wagner, 32 ans.

Après une édition 2009 de transition, sans nouvelle production, les demi-soeurs sont entrées dans le vif de leur mandat avec un "Lohengrin" confié à l'Allemand Hans Neuenfels, 69 ans, vieux routier d'un "Regietheater" (théâtre où prédomine la mise en scène) iconoclaste. La production marque les débuts particulièrement précoces, à 31 ans, du chef letton Andris Nelsons dans la fosse d'orchestre mythique et invisible que Wagner avait rêvée en "abîme mystique". Ainsi que ceux de la soprano allemande Annette Dasch, elle aussi inconnue à Bayreuth, dans le rôle d'Elsa.

D'une manière générale, les habitués espèrent que la prise de pouvoir d'Eva Wagner, qui a notamment travaillé pour le Covent Garden Opera à Londres, l'opéra Bastille à Paris et le Houston Grand Opera, annonceront le retour à Bayreuth des meilleures voix wagnériennes.

Bayreuth 2010 retrouvera le "Parsifal" de 2008, conduit par le maestro italien Daniele Gatti (l'actuel chef de l'Orchestre national de France), ainsi que "Les Maîtres chanteurs de Nuremberg" présentés depuis 2007 dans la mise en scène controversée de Katharina Wagner.

D'ores et déjà, la turbulente metteuse en scène a déjà pris date pour un nouveau "Tristan et Isolde", annoncé pour... 2015. Auparavant, en 2011, année de la 100e édition du festival, le public aura eu droit à un "Tannhäuser" dirigé par le chef allemand venu du baroque Thomas Hengelbrock, puis en 2012 à un "Vaisseau fantôme" conduit par Christian Thielemann. Et ce avant un nouveau "Ring" confié au jeune chef russe Kirill Petrenko en 2013, année du bicentenaire de la naissance du compositeur.

En outre, Katharina Wagner, qui a déjà ouvert Bayreuth aux enfants ("Le Vaisseau fantôme" en 2009, "Tannhäuser" cette année), à internet ("Les Maîtres chanteurs" en 2008) et au grand public (retransmissions en plein air), envisage de lancer en 2011 une opération qui permettra à des DJ de mixer du... Wagner. On ne saura jamais si son ancêtre Richard aurait apprécié...

>> Le site du Festival de Bayreuth

L'histoire d'un festival

Bayreuth est l'un des plus célèbres festivals de musique classique au monde (sinon le plus célèbre), entièrement dédié à l'oeuvre du compositeur allemand Richard Wagner (1813-1883). Un festival qui n'a en fait à son répertoire que 10 opéras inlassablement repris d'une année sur l'autre. La manifestation est entourée d'une passion sans égale, qui "vire parfois au fanatisme", n'hésitent pas à dire certains...

Elle est née de la volonté de Wagner "de créer un lieu et un mode de production susceptibles de réaliser sa conception d'un 'opéra de l'avenir' conçu comme une 'œuvre d'art totale' ('Gesamtkunstwerk')", explique l'encyclopédie en ligne Wikipédia. Le compositeur cherchait également à assurer son indépendance financière et artistique après sa brouille avec son célèbre protecteur, le roi Louis II de Bavière.

Le premier festival a eu lieu en 1876. Après la mort de Richard Wagner, la relève est assurée par son épouse Cosima, secondée par leur fils Siegfried. Celle-ci fait de la manifestation une célébration du culte de son mari.

En 1930, Winifred Wagner, femme de Siegfried, prend la succession de Cosima. Winifred est une amie personnelle d'Adolf Hitler. Au point que les enfants de la famille surnomment ce dernier "oncle Wolf" et que des rumeurs de mariage courent en 1933 après l'arrivée du chef nazi au pouvoir. C'est d'ailleurs grâce au soutien du nouveau chancelier, qui vénère Wagner, "que le festival peut se maintenir" pendant le 3e Reich (Wikipédia).

En 1945, les portes du Festspielhaus ferment. La salle est alors utilisée comme théâtre par l'armée américaine. Condamnée par la justice pour son soutien au régime nazi, Winifred Wagner est interdite de festival et doit passer la main. La direction échoit alors à son fils Wieland, secondé par son autre fils Wolfgang. Le duo va alors lui donner une orientation esthétique nouvelle, connue sous le nom de "nouveau Bayreuth". Lequel est inauguré en 1951.

Wieland meurt en 1966. Wolfgang devient alors seul maître à bord.


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