Hamada Ben Amor, alias "El General", rappeur tunisien.

Hamada Ben Amor, alias "El General", rappeur tunisien.

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Boudés par l'industrie et harcelés par les autorités sous Ben Ali, les rappeurs tunisiens retrouvent le sourire

Hamada Ben Amor alias "Le Général", 22 ans, s'est fait connaître avant la chute de Ben Ali par un rap frondeur intitulé "Président, ton peuple est mort" qui a fait le tour du web tunisien.

Le 5 janvier, au début de la révolte populaire, il avait été arrêté et interrogé. Aujourd'hui, il est invité à donner des concerts et à enregistrer des disques. 


Avec son morceau rendu célèbre grâce aux réseaux sociaux, devenus sous le régime Ben Ali un espace privilégié d'expression pour la jeunesse contestataire muselée, El General voulait "attirer l'attention" du raïs sur la misère et la répression.

Les policiers, qui l'avaient retenu durant quatre jours, "cherchaient à savoir si j'avais une appartenance politique" et "me demandaient de renoncer aux thèmes politiques", explique aujourd'hui à l'AFP ce jeune bachelier originaire de Sfax.

Depuis la chute de Ben Ali, Hamada affirme avoir été sollicité par plusieurs maisons de disques "nationales et étrangères". "Je compte maintenant me concentrer sur le rap et enrichir mon répertoire de plus de 30 chansons", jubile-t-il.

Mieux, il est invité à donner un concert samedi dans une salle de 10.000 personnes près de Tunis, à la coupole d'El Menzah.

El General, Rayes Lebled

Le rap tunisien n'est pas monolithique
Le rap tunisien, qui avait réussi à contourner la censure grâce aux réseaux sociaux, compte beaucoup de représentants d'un rap "conscient" avant tout épris de liberté comme Lak3y ou Armada Bizera. Mais il compte aussi des représentants plus sulfureux.

Ainsi, Psyco-M, 24 ans, invité à se produire samedi dans la même salle que El General, a défrayé la chronique avec un rap intitulé "Manipulation" dans lequel il tente d'accréditer la thèse d'un complot américano-sioniste pour désislamiser le monde.

Psyco-M, qui affirme "combattre à la fois l'extrêmisme religieux et l'extrêmisme laïque", rejette le Code de statut personnel (CSP) qui a aboli depuis 1956 la polygamie en Tunisie et jeté les bases légales d'une égalité hommes-femmes.

Sous le régime résolument laïque de Ben Ali, il était, comme la grande majorité des rappeurs, interdit de télé et de concerts mais prisé par des dizaines de milliers de fans sur Facebook. Aujourd'hui, il a lui aussi reçu des offres de maisons de disques. Son prochain album est sur le feu. Il en a déjà trouvé le titre: "Danger public ?"

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>> Le rap, porte-parole de la jeunesse tunisienne, sur Le Monde.fr cliquez ici