The Politics, "la magic touch totale", assurés d'emporter le morceau aux Trans 2009, selon Jean-Louis Brossard
DRLes Transmusicales de Rennes, qui se tiennent jusqu'au 5 décembre, sont connues depuis 30 ans pour leur programmation pointue, audacieuse, exigeante.
Au point d'être devenues le festival des festivals, celui dont s'inspirent les autres, la pépinière où ils viennent faire leur marché et où les médias viennent repérer les grands de demain.
Dans le même temps, la concurrence et la surenchère des cachets aidant, le festival repousse toujours plus loin les frontières de l’inconnu et de l’obscur. De plus en plus, on ne connait pas un seul nom de la pléthorique affiche des Trans mais on s’y rend les yeux fermés, en toute confiance, certains d’y trouver les pépites qui feront bientôt vibrer les foules.
Pourtant, le journaliste se doit de «prendre son public par la main» pour lui donner envie de partager ce moment unique, qui réchauffe chaque année le cœur des mélomanes aux idées larges à l’approche de l’hiver.
Jean-Louis Brossard: "montrer un instant T de la musique"
Or qui d’autre pour attiser le désir que Jean-Louis Brossard, fondateur et programmateur en chef du festival, dont la passion pour la musique, les musiques, celles qui avancent, osent, tentent, vivent et palpitent avec sincérité, est chevillée à l’âme comme au premier jour ?
Il vous faut imaginer le bonhomme : cheveu blanc et déhanchement alerte, sourire de gosse, enthousiasme d’ado, un type qui ne résiste jamais à faire écouter du bon son et se lève en plein entretien pour taper du pied et improviser une petite séance d’air-guitare sur ses derniers coups de cœur. Un quinquagénaire brûlant d’une flamme inextinguible, à l’enthousiasme communicatif, toujours à bourlinguer aux quatre coins d’Europe, et même du monde via internet, pour débusquer le groupe atypique, innovant, dont on ne pourra bientôt plus se passer.
«C'est facile de dire qu'il ne se passe rien, il faut aller chercher les groupes. Ce n'est pas parce que les maisons de disques t’envoient cinq albums dont un seul est bon qu’il faut en rester là. Je vais voir à l’étranger, je remonte des fils, je rebondis. Et puis des gens m’envoient des choses. Cette année par exemple, Ebony Bones, qui était aux Trans l’an passé, m’a amené un groupe canadien, The Carps, qu’elle a rencontré au Texas. En plus, elle vient chanter deux titres avec eux parce qu’elle est fan. Aux Trans, elle est chez elle et puis elle sait que je suis capable de prendre cette part de risque avec des gens qui n’ont pas encore de disque. »
«Ce qui m’interesse, c’est d’être le tout premier à montrer des groupes, c'est d’avoir une programmation encore vue nulle part ailleurs et dont s’inspireront ensuite les autres festivals », s’enthousiasme-t-il.
«Avec les Transmusicales, j’essaye de montrer un instant T de la musique parce que je pense qu’il faut voir les choses au moment où elles sont créées.» Nous l’avons pris au mot et lui avons demandé à quoi ressemblerait ce fameux instant T, cette année, du 2 au 5 décembre aux 31èmes Rencontres Transmusicales de Rennes.
La scène rennaise en ebullition
L’arrogante capitale ronronne sur ses acquis et ne se doute de rien. Pourtant, à Rennes, la scène musicale est en effervescence, si l’on en croit Jean-Louis Brossard. Au point que sur les 86 groupes de la programmation des Trans cette année, une dizaine sont rennais. Les mauvaises langues auront beau souligner que tout le monde gagne à programmer des groupes locaux (« un cache misère », a-t-on entendu), le passeur en chef des Trans nous a convaincus.
Depuis le début des Trans, créées en 1979 « pour montrer la scène rennaise aux Rennais », comme il le rappelle, Jean-Louis Brossard n’avait pas retrouvé dans sa ville cette qualité, cette inventivité musicale. Il a tenu à rajouter un Ubu (la salle de concerts emblématique de Rennes) rien que pour eux, et c’est sa tournée puisque ces concerts-là seront gratuits.
«Prends les Wankin’ Noodles, c’est de la bombe, il n’y a pas un groupe parisien qui leur arrive à la cheville », balance-t-il. Et pan dans les dents. Avec un nom pareil, déjà (les nouilles branleuses en gros), on a envie d’y croire. Alors quand le morceau «Wankers off the social club» débarque dans les baffles, avec son rock irrésistible, arrogant et braillard à la Franz Ferdinand, on s’incline définitivement. Quant à Jean-Louis, il est déjà debout, ondulant sur place, sourire extatique aux lèvres.
Si l’on comprend vite que ces Wankin Noodles constituent son coup de cœur du moment, ils ne sont pas seuls : il y a aussi leurs frères-ennemis The Popopopops. Un bras de fer à Oasis-Blur, pas moins, agite selon lui l’underground rennais entre ces deux phares du rock local. « Ils se connaissent, ils sont très potes. Entre eux, c’est plus de l’émulation que de la rivalité agressive mais ce sont leurs fans, tout ce public de gamins qu’ils drainent, qui sont dans la rivalité à mort. »
« Il y a de nouveaux groupes tous les jours : Modul Club, c’est le groupe électro qui déchire. Sur scène c’est super joyeux, ils sont à deux sur des machines, c’est beaucoup mieux que ce qu’on voit en Angleterre ou ailleurs, trop souvent passéiste. Il y a La Terre Tremble !!! ,
je suis trop fan aussi : deux guitaristes sur scène et un batteur qui est aussi aux samples et un chanteur très charismatique. C’est un trip, leurs concerts racontent une histoire, ça monte, ça descend, ça vit, c’est ce que j’aime dans un groupe, ce n’est surtout pas le même morceau pendant trois heures. »
«On a Del Cielo, un duo voix-batterie avec un côté électronique et une chanteuse un peu teigneuse; Complot, issu de Complot Bronswick, un groupe rennais déjà présent aux Trans dans les années 80 qui était en sommeil et a sorti un nouvel album terrible. Et puis Nimh,
un groupe folky post-rock entre Bon Iver et Neil Young, avec de sublimes chansons et une atmosphère et enfin West Indies Desire, un trio pop mainstream avec un bassiste qui rappelle Keziah Jones. »
Ah, il allait oublier, le Rennais Florian Mona, «un chanteur dans l’esprit d’Etienne Daho avec un univers particulier» qui se produira aux Trans à plusieurs reprises dans un vieux bus français à impériale des années 50 : le concert se déroule à l’étage devant une trentaine de personnes au maximum et en général à la fin tout le monde se met à danser, faisant tanguer le bus dangereusement.
Allez les filles !
Cette année aux Trans, il y a pléthore de filles sur scène. Un phénomène qui se confirme de mois en mois et qui était déjà l’un des traits saillants du dernier festival des Inrocks. Les femmes se lâchent, empoignent les micros, les guitares, les machines et les baguettes et promettent de faire monter le mercure.
Jean-Louis Brossard craque pour:
An Experiment on a Bird, trois anglaises au micro dont deux à la basse et la troisième à la batterie, "une grosse claque".
VV Brown, "repérée l’an passé à Manchester est un vrai personnage sur scène, un peu à la Ebony Bones" et triomphe actuellement avec le single "Game Over"
Vrelo ce sont six chanteuses serbes et un batteur qui est aussi aux machines , "c’est Emir Kusturica qui me les a envoyés".
Gaggle et ses polyphonies militantes fait plus fort encore avec 21 filles, soit 21 riot grrrls sur scène.
Dj Sandra, une Dj russe et blonde de 22 ans, qui mixe électro-house, "très chouette".
Beast, un duo expérimental avec la chanteuse des montréalais Champion, Beni Bonifassi.
Terry Lynn, une bombe ragga électronique accompagnée de deux batteurs et d’un dj, "sans doute la personne la plus couillue des Trans cette année". Et son "Kingstonlogic " retourne les dance-floors comme une crêpe.
"Il y a aussi la chanteuse de Cercueil, un trio lillois glacial et envoûtant, et celle deFever Ray (ex-The Knife)", la vénéneuse suédoise Karin Dreijer.
Et puis Naomi Shelton, une merveille de soul vintage à la James Brown, "70 ans et une pêche d’enfer".
Terra Incognita et curiosités
A la question de savoir à quel instant T se trouve la musique aujourd’hui et à quoi pourrait ressembler son futur proche, le visionnaire Jean-Louis Brossard ne voit rien d’énorme arriver dans l'immédiat.
«Grosso-modo, les musiques se mélangent de plus en plus mais rien n’émerge de fort comme on a pu le connaître avec le hip-hop ou la techno. Ce n’est pas encore le moment. Les mouvements musicaux ont toujours des racines sociales. Et l’histoire a montré qu’ils sont souvent associés à l’émergence d’une nouvelle drogue. Donc, il faut peut-être attendre la prochaine drogue pour avoir la prochaine musique ?(rires). »
Mais lui, qui aime tant les curiosités, les groupes bizarroides et exotiques, quels sont ses penchants actuels ? « Là je suis assez branché sur les trucs latinos, je suis ce qui se passe en Colombie, en Argentine. Il y a actuellement un mélange de cumbia, d’électronique et de reggaeton qui me plait beaucoup. On trouve des correspondances entre la Jamaïque de Terry Lynn ou Major Lazer et les bidouillages du duo hispano-Guatémaltèque de Meneo ou le percussif tandem argentin Fauna. Ils appartiennent sans le savoir à une même mouvance, à une vibration commune qui mélange des sons traditionnels locaux à l’électronique. »

Au rayon des curiosités, on ira donc voir ventre à terre Meneo dont le morceau électro-loufdingue «Liquadora», articulé sur le sample reprogrammé d’un aboiement de chien, nous a foudroyé sur place.
On ne se fera pas non plus tirer l’oreille pour aller goûter à l’alléchant nouveau style inauguré par Fauna et déjà baptisé tropitronica. La curiosité nous mènera par le bout de la truffe jusqu’au concert de The Narcicyst, un rappeur irakien accompagné de deux violonistes, une harpiste et un dj, ainsi qu'à celui des Blks Jks, un groupe de rock d’Afrique du Sud « un peu dans l’esprit de TV On The Radio ».
Et quel est le groupe de toute la programmation dont Jean-Louis Brossard parie à 100% qu’il va faire du bruit pendant et après les Trans ? "Aaahhh, The Politics. C’est magique total. Très pop donc ça peut toucher tout le monde, des gens barrés aux plus frileux." Incendiaire en effet avec phrasé rap, paroles rageuses, mélodies pop et riffs rock bondissants. Vous savez ce qu'il vous reste à faire.
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