Ian Curtis - Joy Division
© © Pretty PicturesSobrement baptisé "Joy Division", ce documentaire était sorti en salles en janvier 2009, 16 mois après le film "Control" d'Anton Corbijn.
Il est aujourd'hui disponible en streaming et légalement dans son intégralité sur Dailymotion.
A l'aide de nombreux témoignages et de documents d'époque plus ou moins rares, ce film raconte de façon chronologique la formation et l'ascension du groupe de Manchester emmené par l'incandescent Ian Curtis.
Là où "Control" se concentrait sur l'intimité du seul leader, ce documentaire offre un panorama plus large de points de vue. "Joy Division" permet ce faisant de poser un regard neuf, plus distancé que celui de Corbijn qui réactivait surtout le mythe du chanteur suicidé par pendaison en 1980.
Survivants du groupe (Sumner, Hook et Morris alias New Order), journalistes, manager, producteur, graphiste, fans et témoins analysent le cheminement et l'alchimie de ce groupe dont la vision radicale reste incroyablement contemporaine 30 ans plus tard.
Pour autant, on en revient régulièrement au rôle central de l'écorché-vif Ian Curtis dont chaque apparition fait palpiter la pellicule mieux que nul autre.
Sensible et adroit dans le montage, le documentaire met particulièrement en lumière à quel point le chanteur épileptique a su transmettre dans son chant ses paysages intérieurs, eux-mêmes reflets de ceux, désolés et bétonnés, du Manchester industriel de l'époque.
"Notre environnement était dénué de toute beauté, je n'ai pas dû voir un arbre avant mes 9 ans", témoigne ici Bernard Sumner. Joy Division "était quasiment une interprétation de science-fiction de Manchester", estime de son côté Paul Morley (journaliste, musicien et fondateur de ZTT records). "On pouvait y reconnaître le paysage, le paysage mental et le paysage sonore" de la ville.
Ian Curtis et les siens furent les premiers "à utiliser la simplicité et l'énergie du punk pour exprimer des émotions plus complexes", analyse un autre intervenant. Joy Division fut le premier groupe né de la déflagration Sex Pistols à aller plus loin que le jet de venin primitif du punk, à dire "I'm fucked" (je suis entubé) plutôt que "Fuck you" (Vas te faire foutre).
Mais l'hyper-sensibilité de Ian Curtis et l'intensité des concerts, cette transe chamanique qui donnait aux témoins le sentiment d'arrêter le cours du temps, ne fit pas tout. L'impact ne fut possible que grâce à d'autres personnalités, dont le pugnace manager Rob Gretton, le graphiste Peter Saville et le producteur fantasque Martin Hannett, qui, avec ses méthodes originales - "faites-le plus jaune", "jouez plus vite mais plus lentement" - eut l'art de proposer aux auditeurs "une façon de comprendre Joy Division".
Déjà auteur de "Meeting People is easy" sur Radiohead, Grant Gee signe avec "Joy Division" un docu de facture classique, mais qu'on sent animé par la flamme du fan déterminé à obtenir des réponses à ses questionnements. "A l'époque, on ne savait pas grand chose de Joy Division", expliquait-il en septembre 2007 au site Cinématical. "Ils donnaient peu d'interviews et l'image était minimale. Si on voulait en savoir plus on devait faire ses recherches et cela créait un lien très fort entre le groupe et son public". 30 ans plus tard, le lien n'est pas rompu.
> "Joy Division", documentaire britannique de Grant Gee, 1h33 (2007) en ligne en streaming sur Dailymotion
> A voir aussi: une interview du réalisateur Grant Gee par Talia Soghomonian sur Dailymotion
> Lire notre dossier Joy Division: le mythe réactivé
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