"Les chats persans", qui sort mercredi 23 décembre, explore la scène musicale underground de Téhéran

Prix "Un Certain Regard" au dernier festival Cannes, ce film signé Bahman Ghobadi raconte l'histoire de deux jeunes iraniens qui décident à leur sortie de prison de monter un groupe. Une évidence ici, un cauchemar là-bas.

La musique autre que tradionnelle ou inoffensive est interdite en Iran car considérée impie, voire, comme le rap, "obscène".

"C'est un visage différent et inconnu de Téhéran", explique le réalisateur Bahman Ghobadi, âgé de 40 ans, qui définit son film comme "un cri contre le statu quo" des libertés sociales en Iran.

A la lumière du soulèvement de la population iranienne qui a suivi la présidentielle truquée du 12 juin, on comprend mieux ce film, qualifié de "prophétique" par la presse. De même, ce long métrage, véritable acte de résistance, éclaire d'un jour enthousiasmant le bouillonnement créatif irréductible de la jeunesse iranienne qui couve sous le verrou des mollahs.

Les conditions de tournage du film, qui a dû être réalisé dans l'urgence - 17 jours seulement! - et dans la clandestinité, le réalisateur s'étant vu refuser des autorisations répétées pour d'autres projets, fait écho à son sujet, la situation des musiciens de l'underground téhéranais, contraints de faire preuve de trésors de patience et d'imagination pour seulement répéter - sur les toits, dans les caves, avec toujours la peur d'être dénoncés. 

Quant à se produire devant un public - en appartement -, c'est encore plus périlleux, la répression étant sévère avec à la clé peines de prison, amendes intenables et autres coups de fouet.

Les Chats persans de Bahman GhobadiPourtant, les jeunes refusent courageusement de céder à la menace et prennent leur désir de faire péter le son à bras le corps: des concerts ont lieu, des morceaux sont diffusés sur internet, des compétitions se tiennent sous le manteau.

"Nous avons passé beaucoup de temps avec ces gamins, écouté leurs histoires, leurs rêves, leurs déceptions", raconte le scénariste Hossein Mortezaïan Abkenar.

"Les chats persans" montre notamment le groupe de rock et de blues Mirza, le rappeur Hichkas (et son hit "Réveillez Dieu") ainsi que des groupes de pop et de heavy metal.

Témoin de la vie qui refuse coûte que coûte de se laisser éteindre, ce film très punk dans l'âme constitue finalement une lueur d'espoir du fond du trou. Mais il a coûté cher à son auteur, qui a depuis été contraint de quitter l'Iran. De même que ses deux acteurs principaux, Negar et Ashkan, exilés forcés en Angleterre. Une raison de plus pour faire un triomphe à ce film tout en donnant tort aux mollahs.

"Les chats persans" de Bahman Ghobadi (1h41). Sortie en salles le 23 décembre 2009

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