David et Stéphane Dewaele, alias 2 Many Dj's
DRLe projet consiste à publier chaque lundi pendant 6 mois un mixe d’une heure associé à une vidéo en rapport avec les pochettes originales, et ce simultanément sur internet et sur mobiles grâce à l’appli dédiée.
Seuls les fous furieux que sont les frères Dewaele, duo de dj’s belges connus sous le nom de 2 Many Dj’s, pouvaient relever ce défi inouï.
Sur le site radiosoulwax, un flux est mis en boucle depuis quelques jours. Mais comme à la radio, l'auditeur ne choisit pas. D'où l'intérêt de l'application pour téléphones mobiles (iPhone, Androids et autres) mise en place. Qui, elle, permet de choisir le thème de son choix à tout moment et de naviguer à l'intérieur. Chaque lundi jusqu'à novembre, sera ajouté un nouvel épisode musical.
Un travail de titan pour une idée inédite qui brouille encore un peu plus les frontières entre supports web et mobiles mais aussi entre les notions de mixtape, podcast, streaming et radio en ligne.
24 thèmes délirants au menu
Il y a de quoi s'en mettre plein les oreilles : une heure de mixe musical égale un thème. Et 24 thèmes seront postés au total, aussi divers que les riffs de guitare, la disco, le new beat, les reprises, la musique brésilienne, le rap old-school, le harcore-punk ou le chanteur Dave ( !!). Avec en guise d'amuse-bouche, l'estomaquant Introversy constitué uniquement d'introductions de morceaux cultes amoureusement réunis.
Puis vient l’image, toujours associée aux pochettes des morceaux joués. Il s’agit pour une grande part de pochettes animées, minutieux travail de fan bourré de clins d'oeil. Un vrai régal. Mais il peut aussi s’agir de vidéos, comme celle illustrant le thème Into the Vortex, pour laquelle ont été reconstituées les pochettes « en vrai » avec décor et acteurs.
La charrue peut parfois même précéder les boeufs: c'est le cas du thème Pin-Ups pour lequel les pochettes ont été choisies avant la musique !
2 Many Dj's: fadas de vinyles et nostalgiques de pochettes
Ce n'est un secret pour personne: David et Stéphen Dewaele, alias 2 Many Dj's, sont de grands fans de vinyles devant l'éternel. Ces chercheurs frénétiques de perles vinyliques évaluent eux-mêmes leur collection à quelque 45.000 disques. Une extraordinaire caverne d'Ali Baba qui alimente depuis une dizaine d'années leurs mixes euphorisants et rigolards, prisés des clubbers de Londres à Singapour.Il faut savoir aussi que ces sorciers du "mash-up" (greffe de deux morceaux) et inventeurs de la "bastard pop", réjouissant télescopage de tous les styles (rock, rap, disco, électro...), ont toujours fait preuve d'une ouverture musicale à 360 degrés, qui ne connaît aucune frontière.
On ne s'étonne donc pas que les deux frangins basés à Gand soient à l'origine de ce projet colossal qui rend in finé un immense hommage à cet objet total en voie de disparition qu'est la pochette d'album avec son disque.
"Quand nous étions enfants, papa était dj aussi", explique David Dewaele. "Chez nous, il y avait des disques partout. Ca nous manque beaucoup beaucoup de ne plus avoir ce côté tactile". La nostalgie, camarade, peut donc aussi déplacer des montagnes.
Entretien avec David Dewaele.
- D'où vous est venue cette idée folle ?
Quand on était petits, il était d'usage, aussi bien dans les magasins qu'en clubs, de mettre en évidence la pochette du morceau qui était joué. Et puis, en 2009, on a commencé à nous demander de faire de grands shows dans les festivals. Or, mis à part Daft Punk, peu d'artistes électroniques peuvent assurer la tête d'affiche de ce genre de manifestations. Il faut un vrai show visuel. Nous avons donc réfléchi à ce qu'on pouvait faire. On n'aime pas les choses abstraites, mais le pop art. C'est comme cela qu'est née la tournée "Under the Covers" (projection de pochettes animées derrière les deux dj's sur scène). L'idée est partie de là.- Comment vous y êtes-vous pris ?
Pour ce projet, nous avons employé deux personnes à plein temps pendant deux ans pour digitaliser nos disques. Ils enregistraient les vinyles en numérique, mais rentraient aussi les dates, les minutes et surtout, ils scannaient les pochettes. Dans un second temps, nous avons défini une équipe différente pour chaque thème. Nous avons choisi à chaque fois un réalisateur avec lequel nous aimions travailler.
- Ce projet est entièrement gratuit. Quel est l'objectif ?
En 2011, la vente de disques ce n'est plus l'important: ce qui rapporte, ce sont les live. Et nos cachets pour les shows de Soulwax (leur groupe d'électro-rock) et le dj'ing live de 2 Many Dj's sont assez élevés pour nous permettre de vivre confortablement. Le disque aujourd'hui ne sert que de promo pour le live, tout le monde sait ça. On a réalisé ce projet parcequ'on aime la musique, que l'idée nous excitait et parce que c'est un peu fou.
- Est-ce qu'il y a quand même l'idée que ce travail vous serve ensuite pour le live ?
Non parce que nous jouons souvent devant plusieurs milliers de personnes. Et là, pas question de jouer des disques qui ne font pas danser les gens, même si nous sommes connus pour notre ouverture musicale.
- Côté droits, vous n'avez pas eu de problème ?
Nous avons trouvé le moyen de faire ça légalement grâce au système du streaming, qui a commencé à bien fonctionner, assez bien en tout cas pour faire ce que nous voulions. Quand on prend une licence radio, par exemple comme la BBC, on paye un forfait annuel. C'est la "blanket licence". Il est possible dès lors de proposer toutes les musiques pour tout le monde sur une web radio. En outre, cette licence est assez moderne : elle permet au public de télécharger la musique à condition de rester "embedded" dans l'application iPhone ou smartphone. En revanche, l'auditeur ne peut ni graver ni partager la musique.
- Quelle a été la chose la plus difficile à faire ?
Le plus difficile ça a été l'énergie et le temps monstrueux que ça a pris. On a d'abord fait des playlists. A nous deux, nous partageons un immense iTunes de 35.000 disques. Partant de là, nous avons défini de petits thèmes. Par exemple, nous avons sélectionné tous les disques brésiliens. Cela faisait 900 morceaux dans lesquels piocher. Après écrémage, 120 sont restés. A ce stade, on a choisi les disques qui allaient ensemble. Au final, nous avons mixé 50 morceaux ensemble.
Ensuite, nous nous sommes tournés vers une boîte de production, avec un graphiste et un animateur chargés d'élaborer une idée basée sur les pochettes. Pour l'un des mixes, Into the Vortex, nous avons fait une vidéo dans laquelle nous avons reconstruit les pochettes en vrai, avec décors et acteurs. Nous avons eu la chance de connaître des tas de gens qui étaient ravis de travailler avec nous bénévolement. Mais ça nous a quand même coûté une fortune. On nous a d'ailleurs demandé de produire des albums et de faire des remixes ces deux dernières années mais nous avons refusé pour nous consacrer entièrement à ce projet. Tout le monde nous disait qu'on était fous (rires).
- Musicalement, faites-vous encore de grosses découvertes ?
Oui. Par exemple, nous avons fait un thème hardcore punk alors qu'au départ c'est une musique que nous connaissons peu. En revanche, plein de potes écoutent Bad Brains et Black Flag et prennent le genre très au sérieux. En s'y plongeant, on a fait des découvertes, forcément.
Mais la plus grande claque en terme de découverte concerne la techno-hardcore belge. Elle est à la base du mixe thématique que je préfère, Cherry Moon on Valium. Quand on était petits, dans les années 80, à l'époque où on écoutait Led Zep et Hendrix, on considérait cette techno comme un truc tout naze, comme la musique du diable. Or, on a découvert qu'en ralentissant les BPM de ces disques, cela changeait tout et que c'était très bien. Nous avons eu alors le sentiment de mettre la main sur un véritable trésor. Pour illustrer ce mixe, nous avons eu l'idée de faire danser des gens lookés comme à l'époque sur un rythme à 180 BPM et de ralentir l'image. Ca donne un effet hyper cool.
- Pour finir, connaissez vous des malades aussi sévères que vous côté musique ?
Euh, oui... Hier soir, nous avons dîné avec James Murphy (ex-LCD Soundsystem et patron du label new yorkais DFA) et je peux certifier qu'il est sévèrement atteint. On nous dit souvent que nous gaspillons trop d'énergie pour des détails, mais lui est complètement obsédé : nous avons trouvé pire que nous !
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