Jean-Yves Thibaudet le 28 février 2007 à Paris, recevant une Victoire d'honneur aux Victoires classiques
AFP / Stéphane de SakutinJean-Yves Thibaudet, 48 ans, étonnament plus célèbre aux Etats-Unis que dans son propre pays, rend un bel hommage au compositeur américain majeur de la première moitié du XXe siècle.
Il a enregistré deux standards de Gershwin: le chef-d'oeuvre de jazz symphonique "Rhapsody in Blue", les swingantes Variations sur "I Got Rhythm" et le Concerto en Fa.
Jean-Yves Thibaudet a réalisé ce récital discographique avec l'Orchestre symphonique de Baltimore (BSO) placé sous la direction de la chef Marin Alsop, pour Decca/Universal.
Si le célèbre I Got Rythm est joué dans la version du manuscrit original de 1934, Rhapsody in Blue et le Concerto en Fa sont également gravés dans leurs premières versions, celles pour jazz band, orchestrées respectivement en 1924 et 1928 par le compositeur américain Ferde Grofé (1892-1972). Ces versions, plus aériennes que celles des arrangements symphoniques postérieurs, rendent grâce à la fantaisie, à la joie de vivre inhérente à la musique de George Gershwin (1898-1937). "On se sent transporté dans l'entre-deux-guerres, quand la vie était belle, et cela donne un sourire aux lèvres", souligne Jean-Yves Thibaudet dans une intervieuw parue dans le mensuel Classica de mai 2010.
En son temps, George Gershwin sut assimiler et intégrer différentes influences de la culture populaire américaine (jazz, blues, klezmer, comédie musicale, ragtime...), mais aussi de la musique classique européenne (Debussy, Milhaud, Stravinsky, Schönberg...). Outre Rhapsody in Blue, on doit à Gershwin des chefs-d'oeuvre comme le poème symphonique Un Américain à Paris (adapté au cinéma en 1951 par Vincente Minelli, l'occasion pour Gene Kelly d'y reprendre I Got Rhythm) ou l'opéra Porgy and Bess (d'où est extrait Summertime). Dans Classica de mai, Jean-Yves Thibaudet explique qu'il attendait depuis des années de consacrer un album à Gershwin. "C'est un projet auquel je pense depuis quinze ans. Je suis toujours touché et fier quand on me demande de jouer le Concerto en Fa ou la Rhapsody in Blue, à moi qui suis français, lors de cérémonies officielles aux Etats-Unis. Je suis heureux d'avoir pu le faire (...) dans la version jazz écrite par Gershwin (et Ferde Grofé) pour Paul Whiteman (le chef d'orchestre qui avait commandé l'oeuvre et la créa, ndlr) et son big band. Les partitions du Concerto n'existaient plus, il a fallu se procurer les manuscrits originaux auprès de la famille."
Jean-Yves Thibaudet a relevé avec brio le défi de rendre sa légèreté et sa pétillance originelles à cette musique, avec le concours de l'Orchestre de Baltimore et sa patronne Marin Alsop.
Installé aux Etats-Unis (à New York, puis Los Angeles) depuis l'âge de 24 ans, le pianiste y a acquis progressivement une grande notoriété, alors que dans le même temps, il se sentait snobé dans son pays d'origine. "Au début, je ne voulais pas le reconnaître mais j'en ai souffert. Le public m'a toujours réservé un accueil chaleureux, mais une partie de la critique m'a battu froid, et l'on ne m'a guère invité à jouer, à part quelques endroits fidèles, comme l'Orchestre national de Lyon (sa ville d'origine, ndlr) ou l'Orchestre national de France, grâce à Charles Dutoit." Etait-ce pour atténuer ce malaise qu'il a reçu une Victoire d'honneur aux Victoires de la Musique classique 2007 ? Quoi qu'il en soit, la saison prochaine, Jean-Yves Thibaudet a de beaux engagements programmés dans l'Hexagone, avec l'ONF ou l'Orchestre de Paris notamment, dans la capitale et en province. On pourra notamment l'entendre dans des Concertos de Saint-Saëns ou Khatchaturian. De belles occasions, en plus du CD Gershwin, de retrouver la place et la reconnaisance à laquelle il aspire dans son pays d'origine.
>> Jean-Yves Thibaudet: ses pages sur le site de Decca
>> Vidéo: Marin Alsop, directrice de l'Orchestre symphonique de Baltimore (BSO), évoque la saison 2009-2010, Gershwin et Thibaudet... (en anglais)


