Olivier Messiaen, lauréat d'un Grand Prix du Disque, et Yvonne Loriod, le 28 janvier 1977 à Paris
AFP / Aldo BennatiYvonne Loriod, pédagogue, pianiste, et principale interprète d'Olivier Messiaen, fut une figure majeure du piano contemporain, tout en maîtrisant parfaitement le grand répertoire classique.
Elle joua en création mondiale ou française de nombreuses oeuvres de Messiaen, entre autres compositeurs, et defendit à travers le monde l'oeuvre de son mari.
Yvonne Loriod est née le 20 janvier 1924 à Houilles (Yvelines). Adolescente, la jeune pianiste connaît déjà un répertoire impressionnant, qui inclut tout Chopin, 22 concertos de Mozart et les 32 sonates de Beethoven. Elle maîtrise le "Clavier bien tempéré" de Bach depuis l'âge de 14 ans. Lors de ses études musicales au Conservatoire de Paris, rue de Madrid, elle a pour professeur d'analyse Olivier Messiaen, en compagnie de Pierre Boulez, et Darius Milhaud comme professeur de composition. Elle décrochera sept premiers prix au conservatoire. A partir de 1943, elle créera toutes les oeuvres avec piano d'Olivier Messiaen, à commencer par "Visions de l'Amen", ou, plus tard, la partie pour piano de la "Turangalîla-Symphonie", avec le concours de sa soeur Jeanne Loriod (1928-2001), joueuse d'ondes Martenot. Elle n'épousera le compositeur qu'en 1961. Ce dernier, d'abord marié à la violoniste Claire Delbos, ne convolera avec sa muse que deux ans après la mort de sa première femme à l'issue d'une longue maladie.
Pianiste virtuose, parallèlement à l'interprétation des partitions de son époux, Yvonne Loriod crée des oeuvres d'André Jolivet et Jean Barraqué. Elle donne aussi en première audition française des pages de Bartok et Schönberg. Dans le même temps, elle enregistre beaucoup de disques, chez plusieurs éditeurs, d'Albeniz à Debussy, de Mozart à Alban Berg. Musicienne d'exception, elle s'attèle à réduire pour deux pianos le monumental opéra de Messiaen "Saint Françoise d'Assise", d'orchestrer son "Concert à quatre" et de corriger les épreuves de ses pièces. Elle aurait pu composer elle-même, elle se consacrera essentiellement à l'oeuvre de son époux. On ne lui connaît que trois compositions.
Pédagogue réputée, Yvonne Loriod aura dispensé ses enseignements en Amérique, en Europe, notamment à Karlsruhe, en Allemagne, et surtout au Conservatoire de Paris de 1967 à 1989. Elle y sensibilisera nombre de ses élèves -parmi lesquels Roger Muraro, Michel Béroff et Pierre-Laurent Aimard- à la musique de Messiaen.
Affaiblie par un accident vasculaire cérébral survenu en 2007, la pianiste s'est éteinte à la maison de retraite des Petites Soeurs des Pauvres à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), où elle résidait depuis trois ans. Ses obsèques ont été célébrées le 25 mai à l'église parisienne de la Trinité, dont son mari Olivier Messiaen avait tenu le grand orgue de 1931 jusqu'à sa mort en 1992. Selon Roger Muraro, Yvonne Loriod devait ensuite être inhumée auprès de son époux, non loin du lac de Petichet à Saint-Théoffrey, en Isère.
Roger Muraroa décrit, à l'AFP, "une personnalité très forte, exceptionnelle dans son domaine, une figure de proue de la découverte de la musique de la seconde moitié du 20e siècle (...) Elle a été d'un dévouement total à la cause Messiaen, qu'elle trouvait génial et dont elle a été éperdument amoureuse dès leur rencontre."
>> Document d'archives: Olivier Messiaen et Yvonne Loriod


