Défilé BCBG Max Azria AH10/11, à New York
AFP - Photo : Stan HondaC'est le premier des quatre grands rendez-vous bi-annuels des créateurs de prêt-à-porter avant Milan, Londres et Paris. Une centaine de stylistes y présentent leurs collections, en même temps qu'une dizaine de créateurs écologistes dans le cadre de la 2nde édition des "Défilés verts".
Cette fashion se déroulait pour la dernière fois sous les tentes de Bryant Park (et aussi dans des lofts ou des hangars), avant le déménagement dans des locaux beaucoup plus spacieux au Lincoln Center prévu à l'automne 2010.
Le "Showroom Antwerp" à New York
Sept créateurs de mode aux racines flamandes ont montré leurs collections pendant cette semaine de la mode. Le
Flanders Fashion Institute (FFI) a offert à des talents établis et des
nouveaux créateurs une plateforme pour se présenter au marché américain à la Flanders House, dans le New York Times Building.
Le poids des mannequins toujours en question
La semaine a été marquée par des collections empreintes d'un luxe assagi et par une nouvelle polémique sur le poids des mannequins. Si chez Ralph Lauren, la silhouette des mannequins est quelque peu cachée par les couches de mousseline, de cachemire et de tweed, chez Calvin Klein où plusieurs pièces de la collection étaient des robes sans manches, leur maigreur était frappante. De Monica Jagaciak, une mannequin qui vient d'avoir 16 ans et a déjà trois ans de carrière derrière elle, à Sigrid, Melissa ou Gwen, toutes entrent dans des vêtements-échantillons coupés dans une taille américaine "zéro", l'équivalent d'un 34 français.
L'Association des créateurs américains -CFDA- a tenu récemment un symposium pour réfléchir à un changement de la taille-échantillon, qui devient une absurdité dans un pays où la taille moyenne des femmes a plutôt tendance à augmenter et est rarement inférieure à 40-42.
Coco Rocha, une mannequin canadienne de 21 ans et 1m78, qui pèse 50 kilos et porte une taille 38, soit une "4" américaine, a déclaré dans des interviews entre autres au New York Times et au Daily News, qu'on lui refusait du travail en raison de son poids. Et qu'on lui avait demandé de maigrir. Elle a défilé pour Diane von Furstenberg ainsi que pour Zac Posen mais elle assure que comme elle ne rentre plus dans les vêtements-échantillons, on lui refuse des contrats. A 22 ans, l'Australienne Gemma Ward, une des mannequins les plus photographiées lorsqu'elle avait 16 ans, raconte qu'elle ne trouve plus d'emploi depuis qu'elle a pris quelques kilos en 2007. La Néerlandaise Doutzen Kroes, elle, a trouvé la solution, en devenant l'une des égéries de la marque de lingerie "Victoria's secret": "je mange et je suis heureuse", dit-elle dans les colonnes du Daily News.
Sur les podiums

Des opérations de soutien
Vendredi, l'ex-mannequin Naomi Campbell a présidé avec Sarah Ferguson "Fashion for Relief Haiti", un défilé destiné à collecter des fonds pour les victimes du séisme en Haïti. La duchesse d'York avait donné le coup d'envoi de l'événement, en rendant hommage au couturier britannique Alexander McQueen. Il avait donné des tenues pour le défilé:."Alexander McQueen, merci", a déclaré Sarah Ferguson, avant que les top-models et les célébrités ne défilent dans des tenues données par Versace, Jean Paul Gaultier, Calvin Klein, Christian Dior, Dolce & Gabbana.... Naomi Campbell a défilé avec les créatrices Diane von Furstenberg et Donna Karan, le mannequin Helena Christensen ainsi qu'avecdes célébrités comme Kelly Osbourne, fille du rocker Ozzy Osbourne. Sponsor de l'événement, American Express avait vendu un millier de billets entre 100 et 150 dollars et ces tenues seront mises aux enchères sur le site www.net-a-porter.com à partir du 15 mars 2010 et pendant deux semaines. Les fonds levés sont destinés aux femmes et aux enfants d'Haïti. "La reconstruction est un long travail", avait déclaré Naomi Campbell, avant le spectacle. "C'est quelque chose qui doit se poursuivre". Le tremblement de terre du 12 janvier a fait plus de 210.000 morts. "Fashion for Relief" a été mis en place en 2005 après le passage de l'ouragan Katrina pour lever des fonds dans le monde de la mode.
A noter le traditionnel défilé des "robes rouges" dessinées par des créateurs et portées sur le podium par des célébrités. Organisé par la Fondation américaine de recherche sur les maladies cardio-vasculaires, l'événement proposait les robes dans une vente
aux enchères, dont les recettes sont destinées à la recherche.
Samedi, le magazine "Arise" présentait pour la troisième fois un groupe de stylistes africains qui défilent sous un label commun "African collective".
Le crocodile français Lacoste, qui jouit d'une réputation solide aux USA, a montré sa vivacité. Pour cette collection homme-femme, le D.A. Christophe Lemaire a opté pour des leggins moulants en tricot. On peut les porter avec des mini-robes ou des maxi-pulls, sous des capes ou des manteaux longs sans manches. Et on
peut rester dans les camaïeux ivoire-gris-perle, ou oser les couleurs, avec des mélanges rafraîchissants où le collant sans pied jaune moutarde est surmonté d'une mini-robe en mohair framboise, ponctuée à la taille par une ceinture vert-olive. Sur la tête, on pose une petite toque en feutre moulé et aux pieds les mocassins en daim ont des talons hauts. Lacoste poursuit, par ailleurs, son programme pour le sauvetage des espèces en voie de disparition, lancé il y a un an. Première marque au monde à exhiber un logo -le crocodile- depuis 75 ans, Lacoste gère avec le WWF, la Banque Mondiale et le Fonds pour l'Environnement mondial un premier projet au Népal, pour la préservation du "gavial du Gange", une espèce de crocodile en voie d'extinction, reconnaissable à sa gueule fine et allongée. Un premier groupe de gavials élevés dans une ferme du Népal vont être remis en liberté en mars et suivis grâce à un émetteur jusqu'à leur réinsertion dans leur habitat naturel, a expliqué à l'AFP Véronique Mauduit, responsable de la communication chez Lacoste.
Le Libanais Georges Chakra, venu de la haute couture, a présenté sa troisième collection de prêt-à-porter, parfaite pour Hollywood avec une ligne de petites robes de cocktail moulantes aux savants décolletés découpés dans le dos, de robes longues à traîne portées avec de longs gants en dentelle noire ou sous un manteau long en satin rouge feu.
La présidente de l'Association des créateurs américains, Diane von Furstemberg, a présenté une collection "yin et yang" destinée à celles "qui vivent une vie d'homme dans un corps de femme.
Catherine Malandrino, installée à New York depuis une dizaine d'années, a préféré la formule de la présentation, plus triste mais moins chère et permettant l'accès d'un plus grand nombre de personnes: une quarantaine de mannequins passent une heure juchées sur des piédestaux, matraquées par les photographes tandis que les rédactrices de mode examinent les vêtements qu'elles portent et prennent des notes. La collection, baptisée "Khan", était tournée vers les steppes d'Asie centrale, la sophistication en plus. La
Française a une passion pour les cuirs macramés, les résilles, les mailles crochetées, les plissés. Les jeunes filles portaient des sarouels rouille ou gris avec des blousons en lamelles de cuir, des jupes plissées courtes avec applique à la taille et petit haut en résille noir, le tout agrémenté de colliers et bracelets d'inspiration ethnique, signés de la créatrice. Les robes bleu pétrole mélangeaient satin, crochet et torsades. Comme dans de nombreux autres défilés de cette saison, la fourrure est là, plutôt portée en blouson, en petite cape ou en boléro. Et Catherine Malandrino, qui après avoir conquis la Russie s'apprêterait à ouvrir des dizaines de boutiques en Chine, signe aussi les chaussures, qui évoquent le sabot du cheval mais n'oublient pas la féminité du talon haut.
Yohji Yamamoto a présenté la collection qu'il a dessinée pour la marque Y3, qui appartient au groupe Adidas avec lequel il collabore depuis plusieurs saisons. Y-3 a toujours mêlé la technologie avec la tradition. La marque connue pour son élégance sportive a puisé son inspiration dans la couture anglaise, réinterprétant des formes classiques dans des matières futuristes, ou alternativement, des matières classiques dans des formes futuristes. Le Japonais de 66 ans, dont la société s'est mise à l'automne 2009 sous la protection de la loi sur les faillites, a conjugué coupe, destructuration, asymétries et élégance minimaliste. Dans un décor de faisceaux laser, des mannequins hommes et femmes ont montré des robes-manteaux déstructurées et zippées, des superpositions de lainages, des jupes-pantalon de samouraï, des vestes classiques emmêlées dans de longues capes larges, des survêtements de cachemire, des pull-overs explorant la modularité avec des châles et des écharpes amovibles et des
combinaisons surdimensionnées. Yohji Yamamoto a présenté une ode aux super héros masqués avec des pull-overs de laine et des cardigans brodés avec des slogans comme "je pense à Prison Break et "le Monde n'est pas juste". "Récemment la tendance des vêtements est devenue plus serrée, plus courte et plus sexy," a expliqué le designer. "J'ai voulu envelopper le corps de nouveau et ne pas trop le montrer." "J'ai fait ce travail pendant 28 ans et parfois j'ai l’impression d’avoir tout fait," a-t-il expliqué en backstage. "Cette fois je me suis dit, Yohji, tu dois t’amuser!".
Longtemps qualifié d'"enfant terrible" de la mode, le créateur américain Marc Jacobs s'est assagi et a présenté une
collection élégante, impeccable et portable. Jupes grises à plis plats portées sous des capes en daim également gris, manteaux en bouclette de mohair, petites vestes en fourrure et même chaussures à petits talons et socquettes : une ligne faite pour plaire aux distributeurs et aux clientes "mûres" a été présentée par des mannequins aux cheveux lisses et au maquillage normal. La foule de fanatiques du créateur était au rendez-vous dans l'ancienne armurerie du quartier de Gramercy, une enceinte minimaliste tapissée de carton et de papier kraft.
La New-yorkaise, Donna Karan.qui célèbre 25 ans de succès, a présenté une collection au noir dominant, faite de robes très couture, bien coupées, agrémentées de cols ou de jabots mais simples et destinées aux femmes qui travaillent. Ses tenues grises,
noires ou bleu nuit sont portées avec des coiffures nettes, marquées par des bandeaux.
Parmi les jeunes "qui montent", la créatrice Devi Kroell, qui a commencé sa carrière à New York en créant des accessoires de luxe, a présenté une collection sophistiquée et attrayante, avec des sarouels scintillants, des robes bustiers mauves en plumes et des fourrures tricotées vert et mauve. Cédant à la tendance de la saison, faite de manteaux sans manches, de fourrures courtes et travaillées, sur des robes en lurex ou des pantalons cigarette, elle n'a pas oublié de faire porter aux mannequins des pochettes, des sacs à petites anses ou des besaces de luxe, sa marque de fabrique.
Les couleurs fraîches étaient au rdv de la collection de la marque de jean de luxe G-Star avec du jaune pétant, du bleu Nassau et du vert, pour compléter la palette sombre traditionnelle de G-Star présente sur les manteaux, les vestes en A et les robes. Les nouveaux jeans clairs et délavés se sont ajoutés à la gamme sombre existante. La maîtrise du jean a été démontrée avec le pantalon Arc en 3 D. A noter une nouvelle toile agressive, délavée, coupée au couteau qui donne un côté destroy aux modèles et des paires customisées haut de gamme. La toile accepte des inclusions de bronze et des traitements métalliques bleus pour un toucher unique, avec de la laine 100% mérinos vivement colorée. La toile double-face MacIntosh a été utilisée pour créer des imperméables et un manteau long jusqu’aux pieds, tandis que l'angora et le cachemire étaient utilisés pour les tricots bruts.
Connue surtout pour ses robes de mariée -elle a même écrit un livre sur le sujet-, Vera Wang a opté pour l'élégance en noir, comme sa consoeur Donna Karan la veille. A l'heure où tous les stylistes, y compris Marc Jacobs, s'assagissent et renoncent à la créativité débridée et importable, Vera Wang a dessiné une série de tenues noires,
courtes, longues ou mi-longues, souvent ponctuées de transparences et portées avec de longs gants remontant au dessus du coude.Même les manteaux, aux cols de fourrure ou de plume, sont à manches courtes. Les éclats de blanc sont apportés par des chemisiers vaporeux ou des rangées de perles, portées au cou ou aux poignets.
La créatrice française Sophie Théallet, installée à New York et lauréate en novembre 2009 du prix décerné par l'Association des créateurs américains et le magazine américain Vogue, a utilisé une palette de couleurs étonnante pour une collection toute en féminité douce. Les robes de gitanes en chiffon mauve s'accompagnent de petits gilets en cachemire au même ton plus sombre, et des vestes en peau lainée vieux rose sont assorties à la tenue qu'elles réchauffent. Sophie Théallet n'hésite pas à utiliser le rouge vif pour une large rayure en velours sur une jupe beige, ou le satin rose pour doubler la capuche d'une robe vert amande. Bleu pétrole et marron glacé, bleu ciel et gris métal, l'éventail des couleurs est délicat, avec une série de motifs en velours
appliqués au bas de jupes inspirées de costumes folkloriques des pays de l'est.
L'Américain d'origine cubaine Narciso Rodriguez a gardé les lignes géométriques qu'il affectionne pour une collection très structurée et futuriste, aux asymétries marquées. Où le gris, l'ivoire et le noir cèdent parfois la place à l'orange ou au rouge feu.
Michael Kors a commencé la journée avec une note de sophistication, faite de cuirs marron glacé, de doudounes métalliques à grands cols de renard, de manteaux poil de chameau portés sur des robes en lurex ou de grands pantalons bleu pétrole. Les hommes sont de la partie sur le podium, en grands pulls à torsades et pantalons rentrés dans des bottes de rangers.
Si la dernière présentation de Ralph Lauren avait été inspirée en septembre 2009 par la crise des années 30, en réaction à la nouvelle récession qui déferlait sur l'Amérique, cette fois le créateur, qui vient de fêter ses 70 ans, est revenu à ses fondamentaux: le tweed, les redingotes, le sportswear élégant. Le styliste a
choisi des couleurs d'automne chaudes pour les robes de mousseline à impressions vertes, rousses et rose fané, portées avec des vestes d'hommes un peu grandes ou au contraire cintrées et ceinturées. Souvent, un petit gilet ou un pull court en cachemire est enfilé sur la robe, et des guêtres en lainage tricoté, voire en fourrure, réchauffent cheville et mollet. Les sacs sont grands, et eux aussi en fourrure, un leit-motiv des collections de cette semaine new-yorkaise, où l'on a vu la fourrure, parfois fausse mais le plus souvent vraie, portée en gilet, en boléro, en manteau sans manche, en cols ou en écharpes.
Chez Calvin Klein, le directeur artistique Francisco Costa signe une ligne épurée comme il les affectionne, essentiellement noire ou blanche, aux épaules rondes et aux manches raglan.
La "Green Shows Eco Fashion Week"
Lancée en septembre 2009, la "Green Shows Eco Fashion Week" s'est tenue pendant 4 jours, du 14 au 18 février 2010, dans un immeuble de l'East Village ayant reçu la certification "LEED", un label d'excellence environnementale en matière d'architecture et d'urbanisme. La marque de produits cosmétiques naturels Weleda était co-organisatrice de l'événement.
"Je ne m'attendais pas à un tel succès", reconnait Eric Dorfman, organisateur des "GreenShows". "J'ai vu qu'il y avait de plus en plus de marques +vertes+ et j'ai pensé les regrouper dans des défilés spécifiques, faire une +semaine de la mode écologique+", ajoute-t-il. "L'écologie est plus qu'un type de fabrication, c'est aussi une philosophie du commerce équitable, de salaires équitables, une prise de conscience de la nécessité de changer de style de vie", poursuit-il.
Ici le message est clair: "recyclons ce que nous consommons", ou comme l'indique l'inscription d'une des créations "Nettoie ou meurs". Mais les créateurs présents ne cherchent plus seulement à sensibiliser, ils veulent séduire pour vendre.
Le créateur britannique Gary Harvey a ouvert les défilés avec des robes spectaculaires. Parmi ses pièces maîtresses, une robe bustier au jupon confectionné en sacs à linge en plastique, ou celle cousue à partir de 45 jeans Levi's. "Les gens n'achètent pas de la politique, ils achètent ce qui leur plaît", résume le créateur, ancien développeur chez Levi's. La collection de manteaux Vaute Couture, une marque de Chicago, qui n'a même pas un an propose des cabans, longs manteaux ou doudounes chics, faits à partir de Polartec, recyclable et lavable en machine. Les pièces sont portées chez les hommes sur un jeans bleu foncé avec chemise de couleur et cravate. Chez les femmes, le ton est sexy, avec des vestes courtes sur leggins ou bottes en cuir montantes. La créatrice Leanne Mai-ly Hilgart a créé la collection pour les conditions extrêmes que connaissent ses clients du nord des États-Unis et du Canada. "Pour intéresser, les manteaux créés pour une mode durable doivent pouvoir se porter facilement et être plus chauds que les traditionnels manteaux en laine ou soie", dit-elle." La collection épurée de Sonja den Elzen a proposé des tenues noires en laine et coton "bio" ou à partir de cire d'abeille, d'une élégance urbaine avec des clins d'oeil à d'autres cultures. Coiffés de foulards sahariens, les mannequins portent des tenues asymétriques, pantalons bouffants et jupes à taille haute. La styliste a joué sur les matières, offrant une harmonie de noirs irisés, satins, velours. "L'+éco+ mode, ce sont des collections de vêtements dont la fabrication a une empreinte réduite sur l'environnement", explique Sonja den Elzen qui a monté sa ligne il y a quatre ans. "Mais il s'agit toujours de mode. Je recherche avant tout l'esthétisme". La majorité de ses produits coûtent autour de 100 dollars.
Summer Rayne Oaks, auteur d'un guide vert du shopping et présente au défilé, explique: "Il y a quatre ans, la vague verte sur les podiums tenait encore de l'expérimental. Aujourd'hui, on est passé à l'étape suivante, les créateurs veulent séduire les acheteurs non pas parce que leurs collections respectent l'environnement mais parce que c'est beau, mettable et abordable".
Installée dans un atelier collectif, Samantha Pleet met la dernière main à sa collection de 35 pièces. "Vous voyez cette saharienne qui a l'air en papier kraft craquelé ? Eh bien c'est de la soie chinoise, ensevelie sous la boue pendant deux mois puis teinte à la patate douce", explique cette styliste diplômée de l'Institut Pratt. Elle exhibe une parka de couleur marron clair et mate, qui a l'air en papier. "C'est une méthode traditionnelle chinoise", ajoute-t-elle. Sur le portant sont alignés une robe bustier en micro-fibre de polyester recyclée, une blouse de soie teinte à base de citrouille et fruits rouges, des capes en flanelle dont la doublure est "en laine de mouton heureux". "Cette laine vient du Vermont, aucun produit chimique n'est utilisé et les moutons vivent en liberté, heureux", insiste Samantha Pleets.
A la boutique Kaight dans Chinatown, Kate McGregor vend les modèles de plusieurs des créateurs qui vont défiler à New York. Mais aussi des chaussures signées Vivienne Westwood, que la styliste britannique a fait réaliser au Brésil dans l'usine Melissa, spécialiste mondial du Mel-flex, un plastique flexible et recyclable. "Dans cette usine, tous les déchets et les vieux stocks sont réutilisés", souligne-t-elle. Aucun produit d'origine animale n'est utilisé et les employés sont traités avec respect et payés correctement, indique le site de Melissa, qui vient de signer un contrat avec le Français Jean-Paul Gaultier.
La vague des réseaux sociaux arrive sur la Fashion
"Marc était bien n'est-ce pas ? Je le lui dirai", écrit dans un "tweet" Robert Duffy, président de la griffe "Marc Jacobs": de Twitter à Facebook ou aux blogs, la vague des réseaux sociaux déferle. Une révolution dans ce monde longtemps fait de mystère sur les collections, d'accès impossible, d'invitations réservées aux VIP et d'attachées de presse toutes-puissantes. Pour cette semaine de la mode automne-hiver 2010 au contraire, tout se sait, tout est vu quelques heures après sur internet.
"Je viens d'arriver à Wang (la créatrice Vera Wang), le décor est tout blanc", écrit NARSissist sur un grand écran de "tweets" installé par le groupe American Express dans le hall d'entrée de Bryant Park, où se déroulent la plupart des défilés. La société a conclu un accord avec les organisateurs de la Fashion Week et un compte d'utilisateur "Twitter" est né, "amexmbfw". "Nous mettons un bloc de 50 messages sur l'écran toutes les deux minutes, en 10 heures chaque jour nous en avons environ 20.000, ça n'arrête pas, les gens en envoient quand ils attendent d'entrer, quand ils sont à l'intérieur et puis quand ils ressortent", explique un des deux informaticiens qui gèrent les flux.
Sur toutes les pages de journaux, il existe des possibilités immédiates de faire partager un article, une vidéo ou des photos à ses "amis", que ceux-ci se trouvent sur le réseau de Facebook, MySpace ou autre. Et les défilés sont vite disponibles sur Youtube.
La "Fashion Week" elle-même a près de 20.000 "fans" sur Facebook, une page constamment mise à jour où sont postés défilés, événements promotionnels, interviews de célébrités ou scènes de coulisses. On peut y voir les changements de décors, les préparatifs, la salle de presse, les mannequins, des étudiants d'école de mode en visite.
Parmi tous les outils mis à la disposition, le "tweet" est celui qui plaît le plus. Les petits messages en 140 signes se retrouvent aussi sur tous les médias, de style.com, le site du magazine Vogue, à Glamour ou Women's Wear Daily, le quotidien spécialisé de l'industrie de la mode. Même Cathy Horyn, la rédactrice de mode du New York Times, s'y est mise. Avec son "On the runway" ("Sur le podium"), elle "twitte" depuis peu. Et elle reconnaît que si la quantité de travail augmente, les différents formats se complètent, le blog appelle des réactions de lecteurs, le "tweet" est plus immédiat, et l'article plus analytique. "Le tweet exprime mon sentiment sur une atmosphère", dit-elle dans une interview à style.com.
Certains créateurs -Alexander Wang, Marc Jacobs, Calvin Klein- viennent de conclure un accord pour le visionnage en direct de leurs défilés sur internet, une première qui briserait un vieux tabou. Et une expérience qui n'enthousiasme pas les fanatiques de l'élitisme, qui veulent continuer à croire qu'"être là" signifie avoir été choisi.
Page Facebook de la Mercedes-Benz Fashion Week, New York
Page Twitter de la Mercedes-Benz Fashion Week, New York
Réactions au décès d'Alexander McQueen
"C'est une horrible nouvelle. Il est trop triste d'être dans un tel état de désespoir. Un si grand talent, une poésie, c'est affreux", a indiqué dans un message à l'AFP la créatrice Diane von Furstenberg, qui préside l'Association des créateurs américains (CFDA).
"Il a produit quelques-unes des images les plus belles et les plus provocantes de l'histoire de la mode, c'était un grand romantique avec un côté pessimiste, la nouvelle de sa mort est terrible", écrit sur le site internet du magazine américain Vogue le chroniqueur de mode Tim Blanks.
"Une voix non-conformiste s'est éteinte", a déclaré à l'AFP Rebeccah Pailes-Friedman, directrice du département de la mode à l'Institut Pratt de New York. "Il a eu une très grande influence sur les créateurs et les amoureux de la mode depuis son irruption sur la scène avec son point de vue unique, qui juxtaposait beauté et agressivité."


