Defilé John Rocha pap hiver 10-11 à Londres
AFP. B.StansallLondres est l'une des 4 scènes mondiales -avec Paris, Milan et New York- mais est davantage considérée comme un incubateur de jeunes talents qu'un lanceur de tendances. Cette année, les défilés du programme officiel - 68 stylistes- étaient diffusés en direct sur l'internet. Le moyen pour Londres de montrer sa créativité, dans le monde entier.
Les valeurs montantes comme Christopher Kane, Erdem, Marios Schwab, Mark Fast ou encore Peter Pilotto ont côtoyé les "vétérans" tels John Rocha, Paul Costelloe, Caroline Charles ainsi que Betty Jackson, Julien Macdonald, Jasper Conran et Nicole Farhi.
Sur les podiums
Madame Récamier, la Merveilleuse qui s'opposa à Napoléon Ier, a inspiré le styliste Kinder Aggugini. La collection du créateur italien est riche en robes de soie et vestes militaires mêlés à des imprimés au laser. Kinder Aggugini a été formé à Savile Row, l'artère londonienne synomyme de costumes de luxe, puis à l'école Saint Martins (Central Saint Martins College of Art and Design) avant de travailler avec Vivienne Westwood, Calvin Klein et Versace et de lancer en 2007 sa marque. Les modèles automne-hiver 2010 ont adopté des teintes neutres. Les mannequins arboraient des vestes de cachemire inspirées d'uniformes de l'Empire tombant sur des voiles de soie flottants tandis que d'autres étaient drapés dans des robes noires, vertes ou roses. "Beaucoup de silhouettes sont anciennes mais la technique
employée pour les découper, à l'aide du laser, est ultra-moderne", a expliqué le styliste à l'AFP. Le mélange des vestes structurées et des robes flottantes reflète les contraintes dans lesquelles évoluait Julie Recamier, dame française qui ouvrit d'abord un salon où se réunissaient les opposants de Bonaparte puis un salon littéraire, avant d'être contrainte de quitter Paris. "Elle était soumise à des contraintes, pourtant elle était libre et décontractée", note le styliste.
La marque de luxe britannique DAKS a fait ses débuts avec des pièces classiques noires, gris asphalte, marine et beige. Elle a proposé des
shorts longs coupés dans le tissu à carreaux emblématique de la maison plus que centenaire, assortis à de simples chemises blanches et des gilets gris, et en clin d'oeil à l'une des tendances de la saison, des shorts en tissu marine rayé. Inspirées de l'esthétique des aviateurs, DAKS proposait aussi des capes en cuir noir portées sur des combinaisons-pantalons, des vestes courtes droites de style militaire avec des pantalons beiges ajustés.
Le retour à Londres de Matthew Williamson en septembre 2009 avait fait beaucoup de bruit, après qu'il eut montré ses collections pendant des années à New York. Et sa collection automne/hiver 2010 a offert glamour, sophistication et couleurs que ses
fans attendaient. Ouvrant son défilé avec une robe structurée grise en laine épaisse, il a donné à voir des manteaux, des cols et des gilets de fourrure, assortis avec des robes aux couleurs éclatantes. Les ceintures incrustées de pierres précieuses sont posées sur des mini-robes drapées et scintillantes, des pantalons fuseaux avec des broderies brillantes et des vestes boléros décorées. Parmi les fans du styliste de Manchester, on remarquait Sienna Miller. "Je pense que c'est vraiment excitant, parce qu'il a vraiment évolué. Au cours des saisons précédentes, il allait dans une direction complètement différente et je pense que cela cimente" son oeuvre, a observé l'actrice, qui montre elle aussi sa ligne, Twenty8Twelve, à la Fashion Week.
Betty Jackson a entamé cette journée consacrée aux talents britanniques avec une collection riche en lainages, cuirs, fourrures, soies et des imprimés inspirés par les toiles de Turner. Celle qui doit fêter l'an prochain ses 30 ans de collection, offre une mode contemporaine avec des pantalons étroits en denim et des hauts assortis à la manière d'une cape.
Chez Margaret Howell, on a pu voir des pantalons en velours aubergine avec de grandes poches et des vestes masculines dans un tissu brillant proche du tweed, en hommage aux tailleurs pour hommes, ainsi que des pantalons "boyfriend" avec de gros lainages.
La styliste qui célébrait ses 40 ans de création, a privilégié les superpositions, avec des pans de chemises visibles sous des vestes.
Elégantes robes du soir associant cachemire et pièces de cuir, mousselines de soie et tricots douillets ont évolué sous la verrière du Royal Opera House de Londres, où la styliste Nicole Farhi a coutume de dévoiler ses créations. La styliste, qui défile à Londres depuis la première "Fashion Week" il y a plus de 25 ans, a fait oublier le temps de sa présentation le ciel gris et neigeux qui recouvrait la capitale britannique grâce à des soies luxuriantes et des créations rehaussées de brillants.
Manteaux ultra colorés en gros maillage, jupe en cuir rouge et robe portefeuille coquelicot ont alterné avec des robes de cocktail de soie noire décorées de perles dorées, et multicolores. Le défilé a ouvert sur un manteau noir de laine et cuir, une association de matières également utilisée pour des pantalons et une robe bustier.
Glamour également sur le podium de Roksanda Ilincic, créatrice serbe travaillant à Londres. Elle a choisi des satins colorés pour des robes arrivant au-dessous du genou, les associant avecde luxuriantes étoles de fourrure. Sa collection a également laissé une place importante à la soie rose pâle, en particulier une robe recouverte d'une cape de satin coordonnée donnant un parfait mélange de sexy et de sophistication.
Jeux de drapés et grands cols ont aussi inspiré Amanda Wakeley, qui a reçu la semaine dernière du prince Charles le titre d'Officier de l'Empire britannique. Capes, vêtements de cuir, silhouettes carrées, la styliste a utilisé une palette à base de gris, chocolat, taupe et violine.
Même le duo Basso and Brooke a cédé à la tendance des cols démesurés, de la fourrure et des capes, tout en conservant sa principale caractéristique: des tissus aux motifs psychédéliques obtenus via manipulations numériques, ayant des tons chauds (chocolat, camel, moutarde, ocre) ou plus acidulés, avec notamment un bleu rappelant le peuple Na'vi du film "Avatar".
Le défilé Burberry en 3D et en direct
« Nous sommes très enthousiastes à l’idée d’organiser le premier défilé de mode vraiment global. Nous allons retransmettre notre défilé en live et en simultané en utilisant la technologie 3D à New-York, Paris, Dubai, Tokyo et Los Angeles. Un tel évènement n’a encore jamais eu lieu, il permettra aux personnes de ressentir l’énergie et l’atmosphère de cet évènement au même moment à travers le monde. La technologie 3D emmènera notre public global sur le lieu de notre défilé londonien leur permettant de découvrir les couleurs et les tissus, d’entendre la musique et de faire partie de ce moment particulier où tout prend finalement forme. » a déclaré Christopher Bailey, Directeur Général de la Création.
Vidéo de Christopher Bailey pendant les préparatifs du défilé.
Burberry Prorsum a présenté une collection inspirée par l'armée, tant au niveau des formes que des couleurs. Armée de terre ou de l'air, le styliste a puisé dans le monde militaire avec des manteaux,
gabardines, trench coat aviateur ou militaire, veste courte aviateur et parkas oscillant du kaki, au bleu nuit agrémentés de lanières de cuir, de boutons ciselés comme sur un uniforme. "L'aviation est un thème central d'inspiration. Il y a beaucoup de manipulations de matières, beaucoup de détails", a expliqué le styliste. A l'instar d'autres créateurs ayant dévoilé leurs collections, les cuissardes et les cols parfois démesurés ont ponctué une collection où les robes étaient très près du corps avec, également en vogue cette saison, des superpositions de draperies et frous-frous.
Certaines pièces de cette collection – vêtements d’extérieur et accessoires - sélectionnées par Christopher Bailey, sont disponibles dès à présent et en exclusivité sur Burberry.com jusqu'au 26 février, ce qui met la collection à la portée des fans partout dans le monde en à peine plus d’un mois.
Les projections privées en 3D ont reçu la retransmission en live dans des espaces dédiés conçus par Christopher Bailey. Des images des coulisses et du tapis rouge étant retransmises avant le défilé. Tous les évènements se déroulant en simultané et en temps réel, à l’exception de Los Angeles - retardé en raison du décalage horaire. Burberry retransmettait aussi son défilé en 2D sur www.burberry.com où les internautes pouvaient commenter le show via leurs comptes Facebook (www.facebook.com/burberry) et Twitter (www.twitter.com/burberry).
L'hommage à Alexander McQueen
Le suicide du styliste de 40 ans a frappé de stupeur le monde entier, au moment où la saison des défilés ne faisait que débuter. Emotion palpable à Londres où le couturier a grandi, étudié et fait ses premiers pas sur les podiums, avant de venir à Paris.
"Tout va être très sombre, il n'est même pas encore enterré. Tout le monde se sent encore un peu groggy", a déclaré à l'AFP une porte-parole du British Fashion Council. Ses pairs ont prévu un hommage "simple et respectueux", organisé en accord avec sa famille: les participants de la Fashion week peuvent déposer des messages sur un panneau à Somerset House, principal site de présentation des collections. Ces messages seront ensuite rassemblés dans un livre qui sera remis à la famille de McQueen. Dès l'ouverture, quelques missives évoquaient la "constante inspiration" engendrée par le styliste, un "gentleman dont la vision n'était pas toujours comprise", "un véritable génie qui nous manquera".
En donnant le coup d'envoi de la semaine, le président du BFC Harold Tillman a rendu hommage à "l'un des plus grands stylistes britanniques. Son influence sur Londres et l'industrie internationale de la mode a été extraordinaire. Il nous manquera énormément". "Avec détermination, ardeur au travail et génie", McQueen est devenu "l'une des étoiles guidant Londres", quittant l'école avec peu de qualifications pour démontrer que la capitale britannique est une "ville d'opportunités", a-t-il dit avant de respecter une minute de silence.
Outre le panneau du BFC, la plate-forme On/Off -qui présente des stylistes indépendants- a installé un mur composé de baladeurs iPod touch diffusant les défilés des créations de McQueen pour sa propre griffe ainsi que lorsqu'il était chez Givenchy. "Je voulais simplement faire quelque chose (...) qui montre combien nous le respections lui, et son inspiration pour un si grand nombre de nos stylistes", a expliqué Lee Lapthorne, directeur de On/Off.
Le public invité à suivre la fashion londonienne
Places au premier rang pour des membres du public, retransmission de défilés en direct sur internet: la semaine de la mode de Londres veut ouvrir ses portes à une audience plus large. Les invitations pour voir les collections des stylistes célèbres sont toujours des sésames recherchés, les meilleurs sièges des défilés restent réservés aux VIP et les prix des vêtements n'ont pas baissé, mais le grand public a pu cette année satisfaire sa curiosité.
A la Saatchi Gallery, un musée privé de l'ouest londonien, quelques centaines de fashionistas ont assisté samedi aux défilés présentant les nouvelles collections de 14 grandes marques, dont Marks and Spencer, Asos.com, H&M, Reiss et Mango. Accueillis avec du champagne et des petits cadeaux, le public a pu avoir un avant-goût du glamour de cette fashion week, qui se tient à quelques kilomètres de là, à Somerset House dans le centre de Londres.
"Il y a un fossé trop grand entre la mode des grands stylistes et la mode de la rue - c'est pourquoi un événement comme celui-ci est si important", souligne Carla Benstead, 20 ans, qui a pu gagner un ticket grâce à son blog consacré à la mode. "Cela rend le monde de la mode plus accessible, spécialement pour les jeunes qui sont de plus en plus intéressés par la mode", explique-t-elle à l'AFP. "D'habitude on attend que les spécialistes de la mode nous disent ce qui est bien et ce qu'on doit acheter, donc c'est vraiment une chance de pouvoir venir et juger par soi-même", souligne une autre spectatrice, Carrie Birnie, âgée de 28 ans.
Alors que les défilés de la fashion week officielle présentent les collections automne-hiver 2010 des créateurs, les vêtements présentés par les grandes marques sont disponibles immédiatement.
L'internet a déjà beaucoup fait pour démocratiser la mode, de l'édition en ligne de Vogue, aux commentaires sur Twitter des journalistes aux premiers rangs des défilés. Mais cette année le British Fashion Council, organisateur de la London Fashion week, diffuse des vidéos en direct des défilés.
La chaîne britannique grand public Topshop, qui introduit les tendances des défilés dans ses collections en magasin en quelques semaines à peine, est à l'avant-garde de cette démocratisation. Elle montre sa ligne "Unique", plus onéreuse, lors de la semaine de la mode depuis 2005, avec cette année une collection influencée par les grands espaces: variations autour de l'uniforme de scouts et fausses fourrures.
La taille des mannequins, un sujet récurrent ces dernières années, était à nouveau dans l'actualité. Le styliste Mark Fast qui avait déjà la saison passée eu recours à des mannequins aux formes généreuses, a répété l'expérience samedi avec une blonde et une brune bien en chair dans des robes moulantes. Mais malgré les appels à ce que la mode reflète mieux la diversité, la majorité des mannequins étaient encore, cette année, blanc et très mince.


