New York: le pap printemps-été 2010 - USA

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20/09/2009 | 11:23 par Corinne JEAMMET + AFP

New York: le pap printemps-été 2010

- Défilé Oscar De La Renta printemps-été 10, lors de la fashion newyorkaise de septembre 09 - AFP - Fernanda Calfat  -

Défilé Oscar De La Renta printemps-été 10, lors de la fashion newyorkaise de septembre 09

© AFP - Fernanda Calfat

Du 10 au 17 septembre, New York a lancé la 1ère des 4 semaines de la mode du pap avant Milan, Paris et Londres

Si la planète mode est en récession, cela ne se voit pas sur les podiums de New York: le rythme des défilés reste effréné et les opérateurs croient en l'avenir.

"Nous avons plus de collections cette année que l'an dernier", a assuré Fern Mallis, vice-présidente du groupe IMG Fashion, qui produit les semaines de la mode new-yorkaises depuis 2001. "Ce sont les médias qui ont découragé les acheteurs, vous devriez dire aux gens de consommer", estime-t-elle. "Il s'agit de la mode, de la mode qui transforme votre vie, qui vous rend plus désirable, qui vous fait remarquer, qui vous fait faire des rencontres, voilà ce qu'est la mode", a-t-elle lancé à des journalistes étrangers. "Si vous voyez 40 tenues au lieu de 50 dans une collection ça ne change rien au résultat final, il est normal qu'on coupe un peu les coûts", reconnaît-elle."Et pour les créateurs étrangers, Bryant Park -où défilent les créateurs- est l'Ellis Island de la mode", ajoute-t-elle, évoquant l'île symbole de l'immigration aux Etats-Unis à l'embouchure de l'Hudson.

"Bien sûr on voit la crise en ville", dit à l'AFP Suzy Menkes, la chroniqueuse de mode de l'International Herald Tribune. "Les magasins sont vides, tout est en soldes. Mais cela ne se voit pas du tout sur les podiums", ajoute-t-elle.

"Je ne vais pas vous parler d'économie, seulement des choses positives", annonce Nicole Fischelis, vice-présidente du groupe Macy's et directrice pour la mode. "Nous sommes très optimistes, août-septembre ont montré que la tendance est bonne. L'Amérique est un pays de faiseurs, de gens qui agissent. La saison va être extraordinaire parce que nous offrons tant d'options différentes, nous allons donner à nos clientes non seulement ce qu'elles veulent mais aussi ce qu'elles n'attendent pas", ajoute-t-elle.

 
Sur les podiums...

La fashion s'est ouverte avec la collection du New-Yorkais Michael Angel, aux mini-robes ceinturées sans manches mais pourvues d'épaulettes.

BCBG Max Azria, le créateur français installé à New York, dont la chaîne française Carrefour vient de cesser de distribuer la ligne "Tex", a opté pour des robes courtes et moulantes, aux empiècements drapés. Les tissus se mélangent pour la même robe, multicolores par endroits, unis ailleurs.

Chez Nicholas K., des robes plissées soleil aux couleurs de l'arc-en-ciel sont portées avec des blousons souples à capuche ou des redingotes claires sans manches. Les vestes d'hommes en lin sont à carreaux gris, orange et beige.

Défilé Thuy printemps-été 10 lors de la fashion new-yorkaise de sept 09. Photo GettyWhitney Eve préfère les fourreaux lamés portés sous de petites vestes aux épaules bien rembourrées mais pour aller à la plage, un chemisier sans manches et son short en satin se déclinent en vert anis, orange et violet.

Lacoste, nostalgique des parties de tennis insouciantes des années 20, a présenté une collection bleue céladon ou outremer et blanche pour terminer sur du jaune.

Alexander Wang, une des nouvelles coqueluches de New York, alterne shorts en cuir et culottes aguichantes. pour une collection à la ligne déstructurée, décomposée et superposée.

Les jeunes femmes imaginées par "DVF", ligne de la présidente de l'Association des créateurs américains (Council of Fashion Designers of America, CFDA) portent des tuniques brodées de perles jaune moutarde et vert émeraude ou scintillent dans des jupons de bohémiennes chic.

Les maillots de bain ne sont plus l'apanage des marques spécialisées... presque tous les stylistes en proposent. Ce sont le plus souvent des une-pièce nostalgiques des années 50-60, aux larges bretelles croisées dans le dos comme chez Rosa Cha, unis ou bicolores. Et lorsqu'apparaissent les deux-pièces, ils peuvent être rouges et jaunes, à rayures ou à pois, les culottes sont hautes et marquées à la taille par de larges ceintures élastiques. Les stylistes semblent s'aventurer dans le royaume de la lingerie et notamment des "bodies", à en juger par la présence de quelques modèles qui ne peuvent être qualifiés de maillots de bains, tant le haut ressemble à un chemisier, pourvu souvent de courtes manches et d'un col. La culotte est destinée à disparaitre sous une jupe ou un pantalon, même si le soin apporté au choix des couleurs de cette petite pièce, comme dans la collection de Donna Karan, fait réfléchir.

Ouvrant son défilé avec une série de robes en soie violette à pois avec noeud lavallière, de boléros en daim fauve sur des mini-robes vert émeraude, bleu cobalt ou anis, le styliste américain d'origine chinoise Derek Lam ose des combinaisons-short en satin bariolé avant d'arriver à des barboteuses, avec ou sans capuche. Conscient sans doute des exigences des distributeurs, qui veulent des tenues portables et dont le prix soit justifié, le créateur propose pour le soir des jupes en crêpe de Chine à taille montante, des chemisiers drapés... 

Défilé DKNY printemps-été 10. Photo GettyA 25 ans, Jason Wu est déjà une vedette. Le "Wunderkind" d'origine taïwanaise signe une collection de robes marquées à la taille et aux jupes boule courtes, recommandées pour petit gabarit.

 

Chez Marc Jacobs, des "Pierrot" lunaires portaient des corsages en dentelle au col cheminée, des bermudas ornés de volants, des pantalons, des jupes longues dans des tons pastel brillants. Le créateur-vedette américain a montré les dessous, des soutien-gorge sur les corsages, des corsets, un long pull dont le dos laissait voir des dessous affriolants. Lui aussi a cédé à la manie de la barboteuse, la déclinant dans des matières brillantes, des brocarts, des soies bleu, rose pâle ou orange, le tout semé de perles fines. "On n'est pas là que pour vendre des vêtements, il s'agit de donner aux gens matière à rêver", a-t-il dit au quotidien Women's Wear Daily.

Après Catherine Malandrino, qui troque parfois les robes moulantes et ajourées qu'elle affectionne pour des sarouels ou des corsaires, Philip Lim avait une série de robes plissées grises ou ivoire aux plastrons en lurex,  portées sous de petits perfectos en cuir léger.

Le public a applaudi Ralph Lauren, qui aura 70 ans en octobre et a créé la marque il y a 42 ans. Les modèles ont quitté les stations balnéaires et les terrains de golf de la côte est qu'affectionne le roi du sportswear chic pour le Middle West. Là, le denim est roi, bien sûr. Mais ce jean -délavé, déchiré, porté en salopette ou pour des pantalons trop larges retenus par des ceinturons de cow-girls- est accompagné de vestes rayées, de gilets sans manches sur des chemises d'homme usées. Les fermières  sont coiffées de casquettes de gavroche ou de chapeaux ronds en feutre. Tout est bleu, pervenche, pétrole, indigo ou roi. Et le jean est là même le soir, quand il est porté sous une tunique en mousseline transparente et brodée de perles."Je crois à la capacité de réaction de l'Amérique, à son esprit pionnier", écrit Ralph Lauren dans sa description de la collection. "Les temps difficiles aiguisent notre tendance vers l'idéal. J'ai été inspiré par le travail des ouvriers, des fermiers, des cow-boys, des femmes pionnières des vastes prairies qui ont relevé des défis", ajoute-t-il. Ces jeunes filles troquent parfois leurs pantalons pour des robes, à l'imprimé naïf et fleuri et vont danser en jupons de tulle bleu et débardeurs en lurex.

Défilé G-Star pap été 2010, ny septembre 09Pour Calvin Klein, le D.A. d'origine brésilienne Francisco Costa, qui dessine les collections de la marque cédée en 2003 par le fondateur au groupe PBH, a fait montre de maestria technique. Très féminines et minimalistes, les robes en organdi sont amidonnées, les grandes poches s'entrebaillent. Les coutures en diagonale forment des poches qui transforment le tout en meringue vaporeuse. Les couleurs sont fânées, blanc, beige, ou gris perle.

La marque de denim G-Star a présenté un répertoire luxueux avec un esthétisme de la rue. L’atelier témoigna de son travail d’artiste sur le denim par des techniques architecturales sur les pantalons et des coupes sophistiquées pour les vestes et les tops créant ainsi de nouveaux volumes. Tous les délavages possibles ont composé la palette de la collection: du plus puissant des bruts au plus clair des bleus en passant par le bleached et l’écru non-teint. La combinaison du denim à des tissus chatoyants en bleu, blanc, et imprimés a montré la polyvalence du répertoire de la marque. Pour les femmes, la marque présenta illustré par d’élégantes robes et une gamme balnéaire de luxe comme des maillots de bain taille haute et des mini-shorts. Les pièces masculines furent les chinos aux proportions modernes et les vestes aux épaules marquées. Le Structor Pants ample et à taille très basse si récurant sur de nombreux looks, féminins et masculins, est le dernier atout de la nouvelle ligne 3D qui avait commencé en 1996. 

Couleurs et hommes sont à l'honneur, cette saison !
On note, cette saison, que la couleur est au rendez-vous. Selon un sondage publié par le quotidien Women's Wear Daily (WWD) les cinq couleurs préférées des créateurs pour cette édition sont le violet, le jaune, le turquoise, le corail et le rouge. Le beige, le vert olive ou le bleu pétrole ont été boudés, assure le WWD.

Défilé Odyn Vovk pap été 2010. Photo scott b. whiteLors de cette fashion, les hommes ont mérité de plus en plus l'attention des créateurs, et deux stars montantes, Philip Lim et Alexander Wang, leur consacrent des défilés distincts.

Derrière la marque Odyn Vovk (qui signifie “un loup” en ukrainien) se cache le jeune créateur Austin Sherbanenko. Dans la tradition celtique, le loup représente l'apprentissage, la fidélité, l'intuition et l'ombre. Le loup symbolise l'adresse, la sagesse, la recherche, les rêves, la magie, la transformation, la mort, la renaissance et la protection … Pour sa 3ème collection (c'est son 2ème défilé à NY) cet autodidacte a puisé dans un univers black, heavy métal, stake; rock, gothique, cuir.

 
Une nuit de la mode aux quatre coins de la planète

De Londres à New-York, de Milan à Pékin, de Moscou à Delhi, les éditions internationales de Vogue ont organisé le même jour, dans 13 villes, la Vogue fashion celebration night le 10 septembre 2009.

En France, Vogue Paris, avec le soutien du Comité Montaigne, a créer l'événement dans les boutiques du triangle d'or parisien, Avenue Montaigne, Rue François 1er et Avenue Georges V.

A New York, 700 points de vente participant à l'opération ont proposé apéritifs, présentations et événements promotionnels."La mode emploie 175.000 personnes à New York, et génère 10 milliards de dollars de revenus, et cette industrie n'existe pas si vous ne faites pas de shopping", annoncaient dans une vidéo une dizaine de célébrités dont la rédactrice en chef du Vogue américain Anna Wintour, l'actrice Sarah Jessica Parker, le rappeur P. Daddy ou Diane von Furstenberg, présidente de l'Association des créateurs américains (Council of Fashion Designers of America, CFDA). Tous portaient un T-shirt noir et blanc - proposé dans les boutiques ce soir-là - veille du 8e anniversaire des attentats contre le World Trade Center. 40% des recettes seront reversées au Mémorial du 11-Septembre

 
La fashion newyorkaise... sur fond de crise

Depuis un an, la litanie des fermetures de magasins, fusions-acquisitions de marques ou licenciements de personnel a bouleversé le paysage. "Il y a clairement des signes de reprise économique (...) mais nous n'en n'avons pas vraiment vu l'impact sur le consommateur", estime Esteban Bowles, spécialiste du commerce de détail chez A.T. Kearney, une société de conseil en stratégie, interviewé par Women's Wear Daily WWD).

Les chiffres du mois d'août sont mitigés: les grands magasins continuent à souffrir, en baisse du C.A. de 10% en moyenne selon le WWD. Toutes les grandes surfaces ne souffrent pas autant que Saks et Neiman Marcus, qui chutent de près de 20% par rapport à 2008, ou Macy's (-8%). Certains, comme Kohl's dans le New Jersey (ouest de New  York ) ont même réussi à rester stables.

"Les consommateurs cherchent les bonnes affaires, par conséquent les détaillants doivent combiner prix compétitifs et qualité", estime Esteban Bowles. Une stratégie qui s'est déjà avérée payante pour certaines marques. Dans le marché de niche, on voit aussi quelques succès, comme celui de la marque "Rag & Bone", qui est passée en un an de 28 à 60 salariés et de 120 points de vente à plus de 300. Un des deux fondateurs, Marcus Wainwright, insiste sur le retour de la qualité. 90% de la collection est produite dans des usines américaines qui travaillent le textile depuis des décennies. "Nos vêtements sont portables et d'excellente qualité, et c'est ce que les gens cherchent en période de récession", estime-t-il dans le WWD.

Des clients à la recherche de la bonne affaire 
Pressés par les distributeurs dont les C.A. sont en chute libre, hantés par les enseignes de "mass-market" comme H&M ou Zara qui les copient immédiatement à des prix imbattables, les stylistes ont du mal à imposer des vêtements à 1.000 ou 2.000 dollars pièce, dans un monde où les "fashionistas" sont contraintes d'acheter comptant. D'autant que toutes savent que ces vêtements sont confectionnés dans les mêmes usines, chinoises pour la plupart. 

"Les prix sont trop élevés, c'est délirant de vendre quelques lanières à 1.000 dollars", estime sous couvert d'anonymat un vendeur du rayon "chaussures" chez Saks, à Manhattan. Avant la crise, "j'avais des dizaines d'acheteuses, Russes, Japonaises, elles payaient ... des milliers de dollars pour quelques paires de ballerines Chanel, pour des Louboutin, tout ça est fini ou presque", reconnaît-il. "Tout le monde est à la recherche de la bonne affaire et seuls les niais payent le prix affiché, entre les soldes constantes, les ventes spéciales, les connaissances, les rendez-vous privés, on peut tout payer 60-70% moins cher et beaucoup de consommateurs pensent maintenant 100 quand vous annoncez 1.000",  explique un vendeur dans une boutique de luxe de Manhattan.

Les grands magasins comme Barney's, Macy's, affichent des résultats en baisse d'environ 15-20%. Dans une interview au New  York Times, la styliste Vera Wang admet avoir baissé de 40% les prix de sa collection "vacances", pour s'être ensuite entendu dire que vendre des robes à 600 ou 800 dollars n'était pas un prix convenable pour un créateur célèbre.

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