Jean Paul Gaultier vu par Jean-Baptiste Mondino
Jean-Baptiste MondinoLe Musée des beaux-arts de Montréal présente, du 17 juin au 2 octobre 2011, "La planète mode de Jean Paul Gaultier. De la rue aux étoiles". Installation contemporaine, l'exposition s’avère innovante dans sa mise en scène théâtrale et son approche multimédia.
Gaultier débuta avec le prêt‐à‐porter en 1976 avant de fonder sa maison de haute couture en 1997. Surnommé «l’enfant terrible de la mode» par la presse dès ses premiers défilés dans les années 1970, il est l’un des créateurs les plus importants de ces dernières décennies. Sa mode avant‐gardiste a saisi les préoccupations et les enjeux d’une société multiculturelle, bousculant avec humour les codes sociologiques et esthétiques établis.
Installation contemporaine plutôt que rétrospective de mode, cette exposition, qui réunit 140 ensembles et de nombreux documents, s’avère innovante dans sa mise en scène théâtrale et son approche multimédia grâce aux mannequins animés par la compagnie québécoise UBU.
Initiée, conçue, produite et mise en tournée par le Musée des beaux‐arts de Montréal à l’occasion des 35 ans de carrière du couturier, cette exploration de l’univers créatif de Jean Paul Gaultier est organisée avec la Maison Jean Paul Gaultier, qui a accepté de donner un accès inédit et exclusif à ses archives.
Après Montréal, le Musée présentera l'exposition au Dallas Museum of Art (novembre 2011–février 2012) puis aux Fine Arts Museums of San Francisco, de Young (mars–août 2012). Elle circulera ensuite à la Fundación Mapfre – Instituto de Cultura, Madrid (septembre–novembre 2012) et au Kunsthal Rotterdam, aux Pays‐Bas (février–mai 2013).
« Plus que sur tout autre couturier, je voulais réaliser une exposition sur Jean Paul Gaultier pour son humanité», explique Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux‐arts de Montréal. «Au‐delà de la virtuosité technique résultant de l’exceptionnel savoir‐faire des différents métiers de la haute couture, d'une imagination débridée et de collaborations artistiques historiques, il offre une vision ouverte de la société, un monde de folie, de sensibilité, de drôlerie et d'impertinence où chacun peut s’affirmer comme il est, un monde sans discrimination, une "couture fusion" unique. Il y a chez Jean Paul Gaultier une vraie générosité et un message social très fort, sous couvert d'humour et de légèreté. C’est une esthétique humaniste qui me touche beaucoup.»

L’exposition –que le couturier considère comme une création à part entière et non comme une rétrospective– rassemble 140 ensembles accessoirisés essentiellement de haute couture mais aussi de prêt‐à‐porter. Créées entre 1970 et 2010, ces pièces n’ont pour la plupart jamais été exposées. De nombreux objets et documents d’archives sont révélés pour la première fois. Croquis, costumes de scène, extraits de films, de défilés, de concerts, de vidéoclips, de spectacles de danse, et même d’émissions télévisées.
Ses nombreuses et emblématiques collaborations artistiques sont évoquées : le cinéma (Pedro Almodóvar, Peter Greenaway, Luc Besson, Marc Caro et Jean‐Pierre Jeunet), la danse contemporaine (Angelin Preljocaj, Régine Chopinot, Maurice Béjart), le monde de la variété française (Yvette Horner, Mylène Farmer…) et de la pop internationale (Kylie Minogue et Madonna –qui a accepté de prêter 2 corsets iconiques de son Blond Ambition World Tour). Une place importante est accordée à la photographie de mode grâce aux prêts de tirages souvent inédits de photographes contemporains et d’artistes renommés (Andy Warhol, Cindy Sherman, Erwin Wurm, David LaChapelle, Richard Avedon, Mario Testino, Steven Meisel, Steven Klein, Mert Alas & Marcus Piggott, Pierre et Gilles, Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin, Paolo Roversi, Robert Doisneau…).

Curieux de toutes les cultures et contre‐cultures, Jean Paul Gaultier s’empare de l’air du temps. Il revendique le droit à la différence, concevant ainsi une nouvelle manière de faire et de porter la mode: détournements, métamorphoses, transgressions, réinterprétations. Il efface les frontières entre les cultures, mais aussi entre les sexes: il crée une nouvelle androgynie ou s’amuse au contraire à renverser les codes d’une mode hypersexualisée.
Véritable installation célébrant l’esthétique hétéroclite et la vision humaniste de Jean Paul Gaultier, cette exposition multimédia souligne l’audace et l’invention de sa mode avant‐gardiste au travers d’un parcours thématique en 6 sections, traçant l’itinéraire imaginaire du couturier qui puise son inspiration depuis le pavé parisien jusqu’à l’univers de la science-fiction : L’odyssée de Jean Paul Gaultier ; Le boudoir ; À fleur de peau ; Punk cancan; Jungle urbaine ; Metropolis.
Le Musée des beaux‐arts innove en collaborant avec la compagnie théâtrale québécoise UBU à qui il a confié la conception et l’animation d’une création multimédia. Denis Marleau et Stéphanie Jasmin ont imaginé d’animer une trentaine de visages grâce à une projection audiovisuelle. Coiffés des perruques et chapeaux réalisés par Odile Gilbert, fondatrice de l’Atelier 68 à Paris, ces mannequins ponctuent le parcours de leurs présences. Une quinzaine de personnalités, dont Jean Paul Gaultier, les mannequins Ève Salvail et Francisco Randez, la chanteuse et réalisatrice Melissa Auf der Maur, la soprano Suzie LeBlanc et l’animatrice de télévision Virginie Coossa, prêtent leur visage, et parfois leur voix, pour la réalisation de ce projet produit pour la première fois par un musée. Une scénographie originale a été conçue avec l’agence d’architectes scénographes Projectiles.
Un ouvrage monographique, le premier sur Jean Paul Gaultier, est publié par le Musée des beaux‐arts de Montréal, sous la direction de Thierry‐Maxime Loriot, et en collaboration avec les Éditions de La Martinière pour la version française, et Abrams pour la version anglaise. Ce livre d’art (424 pages, 550 illustrations) est présenté sous forme de coffret. Le graphisme a été confié à l’agence montréalaise Paprika. Cette monographie rassemble des documents d’archives et plus d’une cinquantaine d’entrevues sollicitées pour cette occasion auprès des collaborateurs et muses de Jean Paul Gaultier ainsi que des artistes pour lesquels il a créé des costumes: Pedro Almodóvar, Catherine Deneuve, Madonna, Helen Mirren, Carla Bruni‐Sarkozy, Martin Margiela, Pierre Cardin, Dita Von Teese, Marion Cotillard, Kylie Minogue, Polly Mellen et Tom Ford. Il propose une iconographie souvent inédite grâce à la collaboration des plus grands photographes de mode et de la Maison JeanPaul Gaultier. La publication comprend deux entretiens avec le créateur, l’un par Florence Müller, historienne de la mode à Paris, l’autre par le commissaire Thierry‐Maxime Loriot ainsi qu’une entrevue avec Valerie Steele, historienne de la mode et directrice du Museum at FIT, New York. Un essai rédigé par Suzy Menkes, journaliste de mode et rédactrice au New York Times et à l’International Herald Tribune, examine les défilés de Jean Paul Gaultier et démontre comment ils ont reflété de façon visionnaire les évolutions sociétales. Ce livre est vendu en exclusivité à la Boutique‐Librairie du Musée, avant d’être distribué à l’échelle internationale en septembre 2011.
À propos du Musée des beaux‐arts de Montréal
Ce musée conçoit, produit et met en tournée en Europe et en Amérique plusieurs de ses expositions. Il est aussi l'un des plus importants éditeurs canadiens de livres d'art bilingues. C'est un musée privé qui doit s'autofinancer à près de 50% de son budget de fonctionnement annuel et à près de 100% pour l'acquisition des oeuvres de sa collection.
Musée des Beaux-Arts de Montréal. 1379, rue Sherbrooke Ouest ontréal (Québec) Canada 3G 1J5.


