Si en Europe le châle cachemire est un accessoire purement féminin, en Inde, son pays d’origine, il est réservé aux hommes, qui le portent en ceinture ou en turban. Tissé au cachemire dès le 15ème siècle, à partir du duvet d’une chèvre vivant dans les hauteurs du Tibet, il est le plus souvent rectangulaire. Son décor est constitué d’un centre uni terminé au deux bouts par des bordures, ornées d’une palme appelée Boteh. L’origine de ce motif est obscure et les explications nombreuses. Certains y voient une larme de Boudha, une pomme de pin, une goutte. Pour d’autres il serait une interprétation stylisée de l’œillet ou du moins aurait un lien avec le monde floral, puisqu’en Persan Boteh signifie Bouquet de fleurs.
Le succès du châle cachemire en France commence avec la campagne d’Egypte de 1798. Les officiers de Bonaparte le rapportent dans leur bagage. Il sera dès ce moment et pendant plus de 70 ans un élément indispensable de la garde robe féminine ainsi qu’un symbole fort d’appartenance et de réussite sociale.
La mode du châle en Europe aura des répercussions, non seulement sur la production locale indienne, qui devra répondre à la demande en modifiant les modes de fabrication et le style des dessins mais aussi sur l’industrie textile européenne qui tentera d’imiter ce genre pour répondre à une demande grandissante.
Il est difficile d’appréhender l’ampleur de cet engouement pour le cachemire mais il est bon de rappeler que les formes développées sur les châles vont jusqu’à influencer l’art des jardins sous le second empire. La forme en S inspirée de la variation du Boteh sera utilisée par des paysagistes renommés pour l’aménagement de parcs parisiens tel celui de Montsouris par exemple. Des centres de fabrication de châles se développent ainsi en Angleterre, en Autriche, en France et en Russie. Si l’imitation du châle des Indes se fait surtout par le tissage, on trouve également une production de châles imprimés sur laine. Il convient de préciser que le terme cachemire s’applique au support utilisé pour le tissage mais aussi au motif et au genre. En fait les châles imprimés utilisent rarement le support cachemire mais des étoffes en laine, en laine et coton ou laine et soie. Pendant longtemps les châles imprimés étaient considérés comme des productions mineures, destinées à une classe modeste.
Il faut aujourd’hui nuancer cette affirmation. Tout d’abord l’on constate que les grands centres de fabrication de châles tissés tel que Paris, Lyon, Nîmes en France, Vienne en Autriche, Norwich et Paisley en Angleterre, Moscou en Russie, produisent également des châles imprimés. Ces châles étaient certes moins coûteux qu’un châle indien ou européen tissé. Cependant il faut différencier une production de châles imprimés haut de gamme, destinée aux magasins parisiens et portée dans les saisons plus douces par les femmes élégantes, d’une production plus rustique destinée aux gens de la campagne.
Les dessinateurs et les manufacturiers alsaciens se sont rapidement intéressés à ce nouveau genre. Ils adoptent tout d’abord le motif du Boteh pour orner les mouchoirs de coton constituant alors l’essentiel de leur production. Les techniques du rouge turc et du bleu lapis se prêtent bien à ce genre. Puis à partir de 1837 Ils commencent à imprimer sur laine pour la fabrication de châles et de métrages.
A partir de la collection de châles du Musée de l’Impression sur Etoffes, des dessins et livres d’échantillons conservés dans les archives du Musée, il a été possible d’établir une chronologie des châles. Il a également été possible d’identifier la date et l’origine de certains exemples conservés. Cependant l’absence de signature ne permet souvent qu’une identification par analogie. Les châles arrivés jusqu’à nous donnent une idée incomplète de la production alsacienne du 19ème siècle. Les nombreux dessins et échantillons conservés en fragments témoignent d’une production variée en motifs et en styles. Steinbach-Koechlin, Thierry-Mieg, Hofer-Grosjean produisent ainsi majoritairement des impressions sur laine destinées à la fabrication de robes, de robes de chambre et de cravates où le motif cachemire est roi. La fabrication de châles atteindra son apogée dans les premières années du second empire avant de se cantonner dans un style uniforme qui le conduira au déclin.
Le songe créatif de Christian Lacroix
Dès les fantaisies élégantes de Joséphine, le cachemire n’a cessé d’inspirer les créateurs et s’inscrit comme constante de l’histoire de la mode. Ce motif, dessinant des contours parfois exubérants, offre un moyen d’expression à la créativité extraordinaire de Christian Lacroix, qui en puisant dans un métissage de culture renouvelle sans cesse le genre.
Dans le cadre de l’exposition, le Musée de l’Impression sur Etoffes de Mulhouse, offre à ses visiteurs la découverte d’un espace imaginé et scénographié par Christian Lacroix présentant ses plus belles réalisations autour de ce thème. Au travers de ses dessins, de ses créations haute couture et prêt-à-porter ainsi qu’au travers de ses accessoires Christian Lacroix fait la preuve de la modernité et de l’élégance du genre cachemire. Les couleurs flamboyantes que ce couturier affectionne particulièrement, la richesse des matières célèbreront une invitation aux voyages où pureté des structures et ivresse des ornements se conjuguent dans une savante esthétique.
Musée, mode d'emploi
Musée de l'Impression sur étoffes. 14, rue Jean-Jacques Henner. 68100 Mulhouse. www.musee-impression.com
Quelques images
Maquette originale Thierry Mieq, vers 1850 |
Châle, impression sur laine, vers 1860 |
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![]() Gravure de mode, Steinbach, Koechlin et Cie, vers 1866 |



