Le Musée des Tissus de Lyon accueille jusqu'au 28 mars 2010 cette exposition inédite

Le Musée des Tissus de Lyon présente une sélection de plus de 150 gants de la fin du Moyen-Age à nos jours provenant de ses propres collections historiques ainsi que du Conservatoire des collections Hermès, du Musée de Millau et de la Maison Causse.

Quoi de plus anodin qu’un gant, cet accessoire du costume, qui invariablement au cours de son histoire se présente avec cinq doigts, en peau animale ou en textile mais dont la forme n’offre que de maigres perspectives de développement et d’innovations.

Et, pourtant, ce petit objet dont l’objectif principal est la protection de la main contre diverses agressions, est devenu au fil de son histoire un objet fascinant aux variations, aux significations et aux formes multiples. Son histoire est ancienne. Les premiers gants sont représentés sur les parois d’une grotte sous-marine du Paléothique supérieur, soit 27 000 ans avant notre ère. L’Antiquité le considérait comme un simple accessoire de protection, comme le prolongement de la manche. C’est à la fin de l’époque carolingienne que le gant est doté d’une signification symbolique. Au 9ème siècle, il entre dans la parure des évêques au même titre que la mitre et la crosse : il devient un symbole fort du pouvoir religieux. Au cours du Moyen-Age, cette signification est renforcée et le gant devient synonyme de pouvoir politique. Ainsi, en droit germanique, le gant est l’insigne de la décision royale. Aucune ville ne peut se doter d’un marché ou frapper monnaie si l’empereur du Saint Empire Germanique n’a pas envoyé son gant de la main droite pour signifier son autorisation.

Un peu d'histoire

Dès le 15ème siècle, le gant entre dans la parure, les femmes le portent à partir de cette époque ; il devient partie du costume, accessoire et bijoux à la fois. Il renvoie au monde du paraitre et de la beauté. La cour raffinée d’Henri III l’a doté d’une fonction d’embellissement de la main en le parfumant et l’induisant d’onguents et de crème. Quand Henriette de France épouse Charles 1er d’Angleterre, son unique cadeau de mariage consiste en six paires de gants enrichies de pierres précieuses tandis que la lecture des

inventaires montre combien cet accessoire pouvait se rapprocher du bijou. Anne d’Autriche ne possédait-elle pas trois cent quarante-sept paires de gants ?

Gants de dames à crispinsAccessoire féminin par excellence, il appartient au monde de la mode. Il est le prolongement du costume, mais il s’en détache pour devenir autonome doté de son propre langage. Il est une seconde peau signifiante, celle dont Jacob se couvre les mains pour tromper son père Isaac et se faire passer auprès de lui pour son frère Esaü dans la Genèse, celle que revêtent dès le 9ème siècle les évêques pour se distinguer du clergé et montrer leur pouvoir, celle dont se dotent les rois et les princes pour exprimer leur puissance.

Le gant se révèle alors multilingue, il appartient au vocabulaire du pouvoir, il est aussi signe d’appartenance sociale. Et quand Rita Hayworth ou Greta Garbo s’en dénudent, il devient la métaphore d’un érotisme évocateur. La pudibonderie parfois excessive du 19ème siècle l’avait déjà montré et le cinéma l’a exacerbé. Même dans sa fonction première, qui est de protéger, le gant prend mille facettes : il protège du froid, mais aussi du soleil, il protège des blessures, mais aussi des microbes, il est un équipement de sport indispensable, mais aussi un accessoire sportswear chic, il protège de tout relevé d’empreinte digitale, mais aussi des regards.

Le gant ouvre donc à travers son histoire et son usage contemporain des portes signifiantes diverses et multiples, il est le reflet de la vie sociale, de l’histoire, depratiques variées.


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