L'exposition "Saint Laurent rive gauche. La révolution de la mode" se tient du 5 mars au 17 juillet 2011

La Fondation Bergé-Saint Laurent qui est l'aboutissement de 40 années de création -née après la fermeture de leur maison de haute couture- doit promouvoir l'oeuvre d'Yves Saint Laurent, faire des actions dans le domaine de la mode en matière de formation ou de bourses et poursuivre l'action de mécénat culturel.

La Fondation consacre sa 15ème exposition à la marque de prêt-à-porter Saint Laurent rive gauche. Près de 70 modèles sont présentés dans une scénographie qui reprend le décor de la première boutique Saint Laurent rive gauche. Pierre Bergé montre comment le couturier a accompli un acte social et politique fort en prenant la décision de créer une marque de prêt-à-porter à son nom.

 

Saint Laurent rive gauche est née de la volonté d’Yves Saint Laurent de rendre ses créations accessibles à un plus grand nombre. Le couturier ne voulait pas se limiter à habiller des femmes riches, lui qui était en phase avec les femmes de son époque. Aussi, à peine cinq ans après avoir fondé sa maison de haute couture, il sera le premier à lancer une marque de prêt-à-porter à son nom. La première boutique sera inaugurée au 21, rue de Tournon, Paris VIe, le 26 septembre 1966. Catherine Deneuve en est la marraine.

 


Cette décision n’a rien d’une stratégie commerciale, il s’agit d’un engagement, d’un acte politique, d’une volonté à visée sociale. Dans les années 60 les femmes ont commencé à revendiquer leurs droits. Elles ne demandent pas à leurs pères ou maris l’autorisation de descendre manifester dans la rue. Elles ont pris de l’importance sur le marché du travail, se sont parfois révoltées contre les injustices et ont réussi à modifier leur statut et leurs conditions de vie tant professionnelles que sociales. Ce sont toutes ces femmes qu’Yves Saint Laurent a envie d’accompagner. En créant rive gauche, il instaure un dialogue permanent entre les femmes et lui, entre la rue et lui.

 

Cet acte sonne la fin de la mode telle qu’elle avait existée jusque là avec ses règles strictes, ses diktats, ses codes rigides. Yves Saint Laurent ouvre la voie au futur en amenant la mode sur un territoire social. Chanel avait ouvert une première brèche : en faisant disparaître le corset et en proposant le pantalon aux femmes, elle leur avait donné la liberté. Yves Saint Laurent prend le relais en faisant glisser le smoking des épaules des hommes à celles des femmes. Il leur donne le pouvoir. Avec rive gauche Yves Saint Laurent ne décide pas de créer des adaptations simplifiées de modèles haute couture. Il propose une mode autonome et dont les prix sont nettement plus accessibles. Il affirme : « Je veux rompre avec cette idée de la couture en tant qu’unique image de la mode. La mode c’est ce qui se porte. C’est la grand-place, non le cercle fermé ». Il s’adapte alors à ce qu’une usine est capable de produire et tient compte dans son travail des contraintes de la fabrication industrielle. Pour le couturier, l’étape la plus importante dans le processus de création de rive gauche est l’essayage. Il explique: « Un vêtement rive gauche doit aller à tout le monde, c’est pour cela que les essayages sont pour moi si importants. Pour que la fabrication en usine soit impeccable ».

 

Saint Laurent rive gauche propose des vêtements pour accompagner le quotidien des femmes libres, jeunes et actives qui composent le vestiaire de la femme contemporaine. Il emprunte aux hommes les uniformes comme le caban, la saharienne, le costume, le trench, les manteaux militaires, les capes de cochers… Les robes en tricot sont légères et décontractées et les jupes s’agrémentent de petits hauts. Il veut proposer un style plus qu’une mode, éliminer le superflu pour atteindre l’essentiel en proposant des modèles de base sur lesquels les femmes peuvent compter. Saint Laurent rive gauche habille les femmes du matin à l’aube, les petites robes argentées accompagnées de collants dorés et brillants s’arrachent et les accessoires sont mis à l’honneur. Le cuir, lacet ou tressé s’attache autour du cou ou du front, les grandes ceintures larges s’enroulent autour de la taille des jupes d’esprit bohème, les chapeaux souples ont de grands bords larges, les bottes sont lacées et leur cuir bicolore, les cuissardes font leur apparition sur les caleçons longs et moulants. La femme rive gauche est sûre d’elle et de sa féminité.

 

Saint Laurent rive gauche est contemporaine. Yves Saint Laurent ne s’inspire pas du passé, il perçoit les mutations de la société. Il sait capter l’importance du moment. Dans l’exposition est reconstruite la boutique telle qu’elle était à l’époque. Yves Saint Laurent confie l’espace de la rue de Tournon à la décoratrice Isabelle Hebey. Cette dernière raconte : « Je fais la connaissance d’Yves Saint Laurent qui me confie l’installation de ses boutiques en France et dans le monde entier, toujours en recherchant l’équilibre avec trois points essentiels dans une boutique : l’aluminium, l’orange et pas de blanc, afin que les robes soient prises dans une chaleur enveloppante ». Elle y ajoute les bancs Djiin recouverts de tissu violet, dessinés un an plus tôt par un designer, Olivier Mourgue, et des lampes de l’artiste américano-japonais Isamu Noguchi. Les clientes sont accueillies par un portrait en pied, grandeur nature d’Yves Saint Laurent peint par Eduardo Arroyo, un des fondateurs du mouvement de la figuration narrative qui a fui l’Espagne franquiste en 1958. L’arrière de la boutique donne sur une cour où l’on trouve les sculptures Nanas de Niki de Saint Phalle qui vient de rejoindre le groupe des nouveaux réalistes.