Boutique Ecrin de Balmain à Paris
BalmainEn 2006, Christophe Decarnin prend la D.A, il revisite les classiques de Pierre Balmain, respecte la sobriété des coupes et les modernise de son style rock et graphique. Il fallait aussi repenser le lieu, le faire évoluer en lui restituant son ADN, c'est l'architecte décorateur Joseph Dirand qui a eu "carte blanche" pour conduire la réhabilitation.
Franck Durand, D.A de l’image Pierre Balmain, trouvera en Joseph Dirand, le partenaire pour penser ce nouvel espace. Dans l’entrée, un buste XVIIIème est placé au pied de l’escalier. Au fond, un bureau, sorte de boudoir aux couleurs sombres rehaussées de baguettes dorées. Par l’escalier en pierre orné d’une rampe dessinée par Joseph Dirand, on accède au palier qui dessert une enfilade de pièces : le grand salon d’apparat et le petit salon. Puis on se dirige vers la partie plus intime des salons d’essayages spacieux, propres aux maisons de couture traditionnelles. Les salons, du sol en parquet Versailles au plafond, sont traités dans des tonalités de blancs et de beiges.
Beaucoup de maisons de couture ont tourné le dos à ce qu’elles étaient. Ce sera le défi de Joseph Dirand: recréer l’histoire de la marque et préparer l’avenir. Il faut retranscrire au XXIème siècle les codes et les gestes ancestraux. Utiliser les mêmes méthodes de travail pour retrouver l’allure d’un hôtel particulier. Les plafonds sont exécutés par un maître staffeur de Versailles. Des artisans apportent leur savoir-faire. L’éclairage est apparent : "Je ne voulais pas encastrer les spots dans un faux plafond nous précise l’architecte, j’avouais un mensonge, ce qui dénature mon propos." Les meubles ponctuent avec subtilité les différents espaces. Pour certains ils ont été dessinés par Joseph Dirand : tables, embrases col de cygne, portants, table d’appoint. Pour d’autres, ils font le lien avec l’origine de la marque. Le choix se fait parmi les plus grandes signatures des années 40 : une console de Gilbert Poillerat, une table ronde d’appoint d’André Arbus et des appliques de Jean Royère. Le lieu a retrouvé son cadre qui fait écho à la maison de couture d’hier. Joseph Dirand étonne et imagine dans ces pièces aux proportions généreuses trois formes abstraites en miroir qui viennent s’interposer dans l’espace. "Je ne cherche pas à impressionner, mais au contraire, je cherche un équilibre un peu piquant, tout comme les pièces de Christophe Decarmin qui, dans ce lieu, auront une lecture plus sophistiquée."
Retour sur l'histoire de la maison Balmain
C’est ici au 44, que le jeune couturier Pierre Balmain, après s’être essayé à des études d’architecture pour satisfaire sa mère et après son apprentissage auprès de Molyneux et Lelong, crée sa maison de couture. À cette époque, à Paris, il en existe plus de 80. La mode s’appelle Chanel, Patou, Scaparelli, Vionnet, Molyneux. Les maisons sont commanditées à Mallet Stevens et leur aménagement à Jean-Michel Frank.
C’est ici, que Pierre Balmain se baladant avec une amie à la recherche d’un appartement aperçoit des soldats allemands qui entassent des archives devant l’immeuble. Le concierge leur confirme qu’une fois libéré de ces occupants, il sera loué mais en bail commercial, signe du destin, il s’engage pour le premier étage et va présenter sa démission à Lucien Lelong. C’est ici enfin, en cet automne 1945, que Pierre Balmain dessinera sa première collection, dans cet appartement incommode qui lui sert de maison de couture. L’ancienne salle de bains sera son studio. Le bureau se résumant à une planche posée en travers de la baignoire, et la cuisine sert à stocker les tissus. L’équipe comprend 24 personnes, dont 16 ouvrières qui se partagent 15 tabourets. La dernière s’installe sur le porte-parapluies ! Il faut penser à faire des travaux d’aménagement et de décoration. Les salons seront dans des tons aigue–marine avec des rechampis blancs. Les plafonds, ornés d’une profusion d’angelots peints vers 1870 par une princesse de Broglie sont épargnés. Aux fenêtres, rideaux de lin blancs mercerisés. Pour s’asseoir, des copies de chaises Louis XVI à dossier cabriolet. C’est le vendredi 12 octobre 1945, avec la bénédiction du père Martin, que Pierre Balmain présente sa première collection.
Balmain a toujours établi un lien fort entre architecture et couture, au point qu’en marge des croquis de ses modèles, il griffonne des projets de maisons. "C’est en architecte que je réagis souvent, en architecte que je pense, déclare-t-il. Il y a certainement une grande parenté entre l’activité de l’architecte et celle du couturier. Que l’un construise en pierre et l’autre en mousseline, que l’un ambitionne de braver les siècles et l’autre exige de ne faire qu’une saison ne constituent pas de différences essentielles. Tous deux créent dans la masse, en volume et dans le souci d’une certaine harmonie. Architecte et couturier s’expriment avec leur propre personnalité en observant cependant une donnée initiale qui, pour l’un, est la configuration du terrain, l’espace à remplir, et pour l’autre, le corps féminin…" Au cours des années, le lieu subira un certain nombre de transformations, la dernière en 1991 : tons clairs, moquette, lumière zénithale, et aux murs, les croquis de René Gruau. L’ambiance est à la modernité.


