Défilé Lacroix haute couture été 08.

Défilé Lacroix haute couture été 08.

France 3
Le tribunal de commerce a avalisé le plan de redressement de Christian Lacroix des propriétaires de la maison de couture

Faute de garanties bancaires de la part de deux candidats au rachat, c'est finalement le plan de redressement des frères Falic qui s'applique.

Un effectif de 11 personnes sera conservé sur un total de 120, pour gérer les contrats de licence des accessoires et des parfums mais les activités de haute couture et de prêt-à-porter sont abandonnées.

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Mais la décision du tribunal de commerce de Paris ne scellera pas pour autant l'avenir de la maison de couture, des candidats à la reprise pouvant faire des offres et négocier ensuite, de façon contractuelle, avec le groupe Falic.

Le cheikh Hassan ben Ali al Naimi et le cabinet Bernard Krief Consultants n'ont pas été en mesure de présenter une attestation certifiant de la disponibilité des fonds nécessaires à la reprise de la maison de couture et le tribunal de commerce de Paris avait remis son jugement en délibéré au 1er décembre.

Le ministre de l'Industrie "ne perd pas espoir" pour la maison Christian Lacroix, qui doit se séparer de 90% de son effectif et renoncer à la haute couture, et affirme se "mobiliser pour  tenter de favoriser une issue positive", dans un communiqué mardi. Christian Estrosi, qui doit recevoir le couturier français dans les prochains  jours, se dit "en contact permanent" avec les responsables des différentes parties "pour tenter de faire aboutir une offre de reprise". Il ajoute qu'il a mobilisé "le réseau diplomatique français des Emirats arabes unis afin d'alerter le cheikh sur l'urgence de la situation".

Louis Pétiet, le PDG de Bernard Krief Consulting  (BKC), a indiqué qu'il maintenait son offre de reprise de la maison  Lacroix  après la décision du tribunal de commerce de Paris d'autoriser  l'application du plan de redressement des actionnaires actuels.

Une maison fragilisée
Jamais rentable, la société Lacroix a été revendue en 2005 par le numéro un mondial du luxe au groupe américain Falic, spécialiste de la distribution de produits hors taxes. Fragilisée par la crise, la maison a accusé une perte de 10 millions d'euros en 2008 pour un C.A. de 30 millions. En 2009, les ventes de la collection d'été de prêt-à-porter féminin, qui représentent l'essentiel de l'activité, sont en recul de 35%.

Le dernier défilé haute couture automne-hiver 09

"Christian Lacroix forever" sur une banderole et une ovation debout : le public lui a exprimé avec émotion, son soutien et son espoir de le voir continuer son activité. Le carton d'invitation était noir et gris. Pour le couturier, "il reflète la collection, une collection achevée mais qui n'a pas été faite dans les mêmes conditions que d'habitude. C'est comme une esquisse, comme un dessin avant la peinture". "La seule chose qui me travaille les tripes, c'est le devenir des ateliers", confiait-il à l'AFP, en mettant la touche finale à ses modèles la veille de son défilé, début juillet.
Défilé Christian Lacroix Haute Couture Automne-Hiver 2009/10 AFP - Pierre Verdy
280 invités ont pu assister au défilé le plus attendu du calendrier, qui pourrait être le dernier de la maison Lacroix. Dans des salons mis à disposition par les Arts Déco, il a livré une collection très sombre, à dominante de noir et bleu nuit, éclairée de broderies or. Cette collection de 24 modèles a été réalisée avec les stocks de tissus de la maison et le soutien du brodeur Hurel et du bottier Roger Vivier. Les mannequins ont défilé gracieusement. "C'est une collection très radicale, très concentrée", a déclaré Christian Lacroix à l'AFP. "Dans une situation comme celle-là, c'était bien de chercher et de trouver la quintessence de ce qu'on aime". Selon lui, "il n'y a aucune connotation de deuil. J'aime bien l'encre noire", a t-il précisé avant d'ajouter "Il fallait que ce soit une collection assez abstraite, graphique comme un coup de pinceau". www.christian-lacroix.fr


Retour sur l'histoire de la maison Lacroix

Fondée en 1987 grâce à LVMH, la maison a vu défiler plus d'une dizaine de PDG, avant d'être rachetée en 2005 par le groupe américain Falic. "En 22 ans, nous nous sommes bien installés, mais le business n'a jamais été au rendez-vous, je pense que c'est parce que nous n'avons jamais été en osmose avec nos actionnaires", relève le couturier. "Je nous considère plus comme une maison de couture artisanale qu'une grande marque qui doit bétonner la planète avec des produits de toutes sortes et des logos partout", dit-il. Car ce couturier, qui peut aussi bien redécorer le TGV que réaliser la couverture du Petit Larousse ou créer des costumes de scène, occupe une place à part. "Le bling bling, on l'a fait avant les autres, on appelait ça kitsch", soutient Christian Lacroix qui n'apprécie guère "le côté people". "L'été, j'aime être avec ma femme et quelques amis dans le sud caché, plutôt que bien en vue des photographes avec des top modèles et des milliardaires". "J'ai eu tout faux, j'ai toujours été à contre-courant", reconnaît-il. "Et pourtant je me suis toujours retrouvé avec des gens qui avaient envie de faire de l'argent très vite".

 AFP - Pierre VerdyIl revient sur ses débuts au milieu des années 80. "A l'époque affirmer des racines qui n'étaient pas parisiennes dans un univers qui allait tomber dans le minimalisme ou le grand genre parisien, c'était un peu étrange. Depuis, le midi, la Méditerranée ont fait florès, comme le métissage et le nomadisme".  Toutes ces sources d'inspiration, le couturier les déclinera au fil de ses collections en les épurant. "Aujourd'hui, l'inspiration est un peu délestée. C'est une ligne de silhouettes, assez droites, sexy et douces en même temps, avec quelque chose qui se passe dans la chute des reins, des épaules dénudées sous un fichu qui les met en valeur, des broderies noir sur noir. C'est un peu le répertoire classique de la maison, ce qu'il en reste, le disque dur", note-t-il.

Christian Lacroix a cédé son nom en 1987, lors de la création de sa maison. Pour le reprendre, il doit le racheter. "J'ignore ce qu'il coûte. Du côté des Falic, je pense qu'ils ne le céderaient pas à si bon compte. Mais, demain, si le scénario catastrophe s'installe, il ne vaudra pas grand chose et je pourrai peut-être le récupérer".


Un fleuron de la couture en difficulté

La maison Lacroix a été placée le 2 juin 2009 en redressement judiciaire avec une période d'observation de six mois par le Tribunal de commerce de Paris et la nomination d'un administrateur judiciaire. Si aucun repreneur ne se manifestait, elle devait fermer ses portes fin juillet. Le plan social prévoit 112 licenciements sur 124 salariés.

Interviewé par Europe 1, au début du mois de juin 2009, le couturier avait indiqué éprouver une "énorme colère". "Voir son nom accolé au mot de cessation de paiement, ce sont des choses qui me font mal. La peine est là, après il y a la colère", avait-t-il dit. "Ce que je dénonce aujourd'hui, ce sont des actionnaires et une équipe qui ne m'ont pas permis de faire développer mon nom", avait-t-il ajouté. Depuis 2005, "je n'ai jamais eu les interlocuteurs dignes de ce nom qui puissent porter mon travail et le promouvoir", avait accusé le couturier, "on a toujours hérité des seconds couteaux".
Christian Lacroix dans son atelier, le 6 juillet 2009. AFP - Pierre VerdyDans une interview au Monde, Christian Lacroix, qui reconnaît que les problèmes de gestion de la griffe "ne sont pas récents", affirmait n'avoir eu "aucune information financière depuis deux ans". De même, il affirme "avoir été tenu à l'écart des négociations" avec de nouveaux investisseurs potentiels. "Je ne veux pas d'un désossement de la maison avec des licences conclues à tout va sur un squelette décharné".

Pendant ces six mois, "je vais essayer de prouver (à l'administrateur judiciaire) que l'on peut peut-être faire un prêt-à-porter de très grand luxe", a ajouté le couturier. "Au tout début, nous avons décidé ensemble d'une stratégie qui me semblait  excellente, c'est-à-dire de resserrer un peu les collections vers le haut de gamme. C'était courageux de leur part et de la mienne de se séparer de  collections qui rapportaient de l'argent, comme les jeans. Mais derrière, il faut prévoir ce que ça va coûter, en dépenses et en moyens".

La maison de couture avait annoncé le 28 mai 2009 être en cessation de paiements, frappée par "la crise financière mondiale qui touche de manière significative le domaine du luxe". La griffe avait indiqué qu'elle proposerait au Tribunal de commerce "un plan de continuation" et le maintien de "ses activités pendant cette période".

 

Une maison créée en 1987
Christian Lacroix avait créé la maison de couture qui porte son nom en 1987, avec l'appui du numéro un mondial du luxe LVMH de Bernard Arnault qui s'en est séparé début 2005, pour cause de mauvais résultats chroniques, la cédant au groupe américain Falic spécialisé dans le duty-free.

La société a rappelé qu'elle avait entrepris après son acquisition un "plan ambitieux et à long terme de repositionnement de la marque sur le marché du prêt-à-porter de luxe" mais cette stratégie "malheureusement a subi de plein fouet les conséquences de la crise financière mondiale, qui touche de manière significative le domaine du luxe".

L'an dernier, l'entreprise avait enregistré 10 millions d'euros de perte pour un C.A. de 30 millions. La collection automne-hiver 2009/2010, présentée en mars, a vu les commandes chuter de 35%. Dès 2008, la société Lacroix avait lancé une recherche de partenaires financiers, mais "ce processus, qui était en phase finale, a été directement touché par la crise financière et n'a pu être finalisé dans des délais suffisants", précisait la griffe.

Dans une lettre interne aux salariés, le couturier, qui n'est pas salarié mais rétribué par sa société personnelle, avait déclaré ne pas savoir "de quoi sera fait demain, si demain il y a, mais sachez que je ferai tout pour que nous restions une maison de couture à 200%". Le couturier avait révélé que la griffe lui devait "1,2 million d'euros" et qu'il dessinait "les collections gratuitement depuis plusieurs mois". 


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