Kate Middleton, bientôt mariée.

Kate Middleton, bientôt mariée.

AFP/Odd Andersen
La rumeur avait circulé que la maison McQueen fabriquait la robe de mariée. Par ce choix judicieux, Kate s'est affirmée

La robe de mariée, signée des ateliers Alexander McQueen et dessinée par Sarah Burton, est "élégante et chic", a estimé Karl Lagerfeld en commentant le mariage royal pour France 2, le 29 avrill. La dentelle caudrésienne était signée de deux maisons françaises : Sophie Hallette et Solstiss.

 

Voir le site spécial sur le mariage princier


"C'est une robe de mariée très raffinée dans le détail, beaucoup plus raffinée que celle de la princesse Diana. (...) Les robes Alexander McQueen sont toujours très habillées. C'est très joli, relativement classique mais ça va dans le décor, avec un petit air années 50 qui rappelle Marylin ou la robe de mariage  d'Elizabeth II", a ajouté le couturier de Chanel. "La dentelle est jolie, notamment le voile rebrodé et le diadème placé pas trop haut, sans un trop gros chignon. C'est ravissant et la proportion de la traîne est parfaite", a observé le couturier. "C'est tout en élégance et en chic: pas besoin d'être née princesse royale pour être comme ça!", a encore jugé Karl Lagerfled. "Kate est une jeune femme moderne".

Pour la styliste Nathalie Rykiel, la tenue de Kate était "très juste et parfaitement appropriée à l'événement". La robe "simple mais magnifique" mettait bien en valeur la silhouette jeune et mince de la mariée, qui est apparue "parfaite, égale à elle-même mais sublimée". Avec son voile léger, elle était "très naturelle, pas du tout déguisée, exactement comme on doit être le jour de son mariage", a-t-elle jugé.


Jean-Charles de Castelbajac s'est dit profondément ému par sa "noblesse" et cette "évocation presque définitive de pureté, au sens spirituel". Sa tenue "très moderne" dans sa simplicité avait même un caractère d'"exemplarité", a expliqué le couturier. A côté des robes de mariée "meringues, volants et autres noeuds" qu'on a pu voir aux mariages princiers, "là, on est dans l'essence même de la dignité". Kate a fait le choix "très audacieux" et même "courageux" de confier sa robe à la créatrice Sarah Burton, directrice artistique de la maison Alexander McQueen, a jugé M. de Castelbajac: "Elle affirme déjà un style". Le fondateur de cette maison, surdoué, qui s'est suicidé l'an dernier, s'était fait connaître pour sa grande force créative mais aussi son sens de la provocation. "Il y a presque une dimension de transcendance dans ce choix", a jugé M. de Castelbajac, soulignant aussi la féminité de l'allure de Kate Middleton, qui n'avait "rien de distant" mais au contraire quelque chose de "très doux, de très proche".

Une robe signée McQueen

Kate, les cheveux lâchés sur les épaules, s'est avancée vers l'autel sous un long voile brodé de fleurs et retenu par un diadème appartenant à la reine, laissant transparaître le haut d'un corsage et de longues manches en dentelle.

Derrière elle, une longue traîne de 2,7 m, ornée de fleurs brodées à la main, des roses, des chardons, des jonquilles et du trèfle, les emblèmes floraux du Royaume Uni. La robe en satin blanc et ivoire s'évasait à la taille comme une fleur.

Pour agrémenter sa tenue, Kate portait des boucles d'oreille en diamant en forme de feuilles de chêne, référence aux nouvelles armes de la famille, que lui ont offert ses parents pour les noces. Et un bouquet de fleurs blanches à la main, dont des oeillets du poète qui répondent en anglais au nom prédestiné de "Sweet William".

 

La petite histoire de la dentelle 

La robe en satin blanc et ivoire, oeuvre unique réalisée par la directrice artistique de la maison Alexander McQueen, a été estimée à près de 50.000 euros. A lui seul, le prix des dizaines, probablement des centaines de mètres de dentelle commandés à cinq fabricants - dont deux sociétés de Caudry, capitale mondiale de la dentelle haut-de-gamme - dépasserait les 10.000 euros.

La maison caudrésienne Sophie Hallette a livré 40 mètres d'une matière truffée de boutons de rose, de trèfles, de muguet et d'arabesques tissés, selon la tradition, sur d'antiques métiers Leavers, des monstres de fonte mis au point par des ingénieurs britanniques au XIXe siècle.

Sa concurrente,
Solstiss, a livré deux modèles comprenant eux aussi fleurs et arabesques, référencés dans son catalogue sous les numéros 401.200 et 403.054. "Nous leur avons d'abord donné deux créations, sur 50 mètres de dentelle, six ou huit semaines avant le mariage, explique Hervé Protais, directeur commercial de Solstiss. Trois semaines avant la cérémonie, ils ont repassé une commande en urgence". "Le 8 avril, j'ai retrouvé le frère de Sarah Burton en gare d'Euralille... et il est reparti pour Londres en Eurostar avec une valise de dentelle", raconte-t-il.

Officiellement, la dentelle devait servir à la confection de robes
destinées à Naomi Campbell et Anna Wintour, rédactrice en chef du magazine Vogue, pour une soirée dans la capitale anglaise. Ce n'est qu'une fois Kate descendue de sa Rolls que les tullistes de Caudry ont découvert que leur travail d'orfèvre l'habillait : le bustier et les manches pour Sophie Hallette, le bas de la robe pour Solstiss. "Il y avait 2.000 motifs de six dentelles différentes. Sarah Burton a tout découpé et tout recomposé. C'est un travail phénoménal, au point qu'il est quasiment impossible de reconnaître sa dentelle", admet Hervé Protais.

Kate Middleton a choisi pour la dentelle le savoir-faire des tullistes de Caudry (Nord), qui fabriquent depuis 150 ans une dentelle de Calais haut de gamme exportée dans le monde entier.
La dentelle de Calais, fabriquée à Caudry, sort des métiers à tisser  "Leavers". Il en reste entre 120 et 150. Ces monstres de fonte de près de 12 tonnes, nés vers 1840 de l'adaptation de la technique Jacquard au métier à dentelle, imitent mécaniquement le mouvement des mains d'une dentellière. Grâce à des cartes perforées similaires à celle d'un orgue de barbarie, où chaque trou correspond à un type de point et à une couleur, le métier permet de  reproduire l'entrelacement de fils de la dentelle de Calais.

"Calais produit de la dentelle de petite largeur, pour la lingerie. A  Caudry, nous nous sommes spécialisés dans la dentelle pour robes parce que nous avons pu acquérir des métiers de plus grandes dimensions grâce aux dommages de guerre" versés par l'Allemagne après la Grande guerre, explique Angélique Chevalierdu musée de la dentelle de Caudry. "Ce sont un peu les Rolls-Royce du textile", note Maud Lescroart, porte-parole de la maison Sophie Hallette, qui a fourni la dentelle de la robe de la duchesse de Cambridge. Pour la confection de cette dentelle, le passage des millions de fils dans les machines est fait à la main, le remplissage des bobines également: il n'y a pas d'étape mécanisée ou automatisée.

Plus importante entreprise du secteur en termes d'effectifs, la maison Sophie Hallette, fondée en 1887, compte des artisans qui y travaillent de père en fils et de mère en fille. Elle emploie 260 personnes, dont 80% d'ouvriers. 6 entreprises totalisant 800 salariés sont en activité à Caudry. Spécialisées dans les robes de mariée, le prêt-à-porter et la haute couture, elles exportent 80% de leur production.

Très exposé à la conjoncture économique, le secteur a souffert de  la crise et près de 400 emplois ont été supprimés depuis 2009. "Avec la reprise, nous connaissons quelques problèmes (de recrutement) étant donné qu'il faut entre 5 et 10 ans pour former une tulliste", explique Olivier Roussel, chargé de communication à l'Union professionnelle des dentelles et broderies (UPDB).

La robe de Kate Middleton offre "une très, très belle récompense, pour tous les artisans" de la dentelle de Caudry, a indiqué Maud Lescroart.

cliquez ici