Dans les ateliers d'une maison de mode
Une pratique courante qui vient d'être dénoncée par deux des principaux consultants en stylisme de Paris: Donald Potard, agent de luxe artistique pour les créateurs de mode et Jean-Jacques Picart, consultant mode et luxe auprès du groupe LVMH notamment.
"Toutes les maisons (de couture) font appel à des rédactrices, grandes éditrices, femmes d'influence des magazines. Ca les rassure d'avoir un avis de la presse sur leurs collections", explique Donald Potard, agent de luxe artistique pour les créateurs de mode. Il fait état sur son blog (Uncross Your Legs) de l'"affaire", dont toutes les rédactrices de mode discutaient pendant la fashion week parisienne qui vient de se terminer, en l'occurence celle du Vogue France et de sa patronne Carine Roitfeld, qui auraient été "blacklistés" des défilés par Balenciaga. Si cette maison utilise leurs conseils, elle n'aurait pas apprécié de retrouver la même inspiration chez la concurrence. http://donaldpotard.yagg.com/2010/03/08/balenciaga-creve-l%e2%80%99abces
Interrogées par l'AFP sur le sujet, ni Vogue, ni Balenciaga n'ont souhaité commenter.
"Ca existe depuis longtemps mais ce qui n'était que conseils entre amis s'est professionnalisé et les tarifs sont considérables", tient à souligner Donald Potard. Certaines rédactrices pouvant toucher "jusqu'à 50.000 euros la journée et 10.000 euros l'heure", affirme-t-il. "Elles sont parfois trop gourmandes, multipliant les maisons. On finit par avoir la même griffe... Ca pose la question éthique de leur indépendance", ajoute-t-il, estimant que "les jeunes créateurs, pour lesquels trois lignes dans Vogue ou Elle c'est le graal, en font les frais".
Pour Jean-Jacques Picart, consultant mode et luxe auprès du groupe LVMH notamment, "la pratique d'échanges monnayés de conseils entre journalistes et marques s'est popularisée avec l'arrivée des groupes financiers, il y a 20 ans". "L'argent, le business, les enjeux sont devenus dramatiquement importants.... Au nom d'un risque calculé, les maisons de couture demandent des conseils à des rédactrices talentueuses qui rendent leur image attrayante", ajoute-t-il. "Soit on estime que le but c'est l'efficacité et ce qui compte, c'est que la robe soit achetée, soit on se place sur le plan déontologique et on ne peut que dénoncer le manque d'indépendance et d'objectivité journalistiques", dit-il.
Il souligne dissocier" le travail rémunéré de ces rédactrices et le "bras de fer" que se livrent leurs titres et les annonceurs publicitaires, dont la pagination est fonction de l'investissement accordé. Jean-Jacques Picart parle de "campagnes de séduction" autour de "ces femmes d'influence". Parmi elles, la puissante rédactrice en chef du Vogue américain, Anna Wintour devant laquelle tous s'inclinent, y compris les couturiers stars.


