| Chirac le discret dévoile son versant intime
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Après avoir cultivé la discrétion sur sa vie privée pendant cinquante ans de vie publique, Jacques Chirac lève un coin du voile dans le premier tome de ses Mémoires, qui sort en librairie jeudi.
Né à Paris en 1932, Chirac enfant passe ses vacances en Corrèze, dans le fief familial de Sainte-Féréole, où il pêche l'écrevisse "à la lampe carbone".
A quatre ans, celui dont les talents de séducteur furent par la suite souvent relevés par la presse, a déjà une "petite amie" - Bernadette, prénom de sa future épouse - qu'il embrasse "tout le temps, paraît-il". Elle "n'arrêtait pas de me dire: 'Jacques, tu m'uses, tu m'uses!'", raconte l'ex-chef de l'Etat.
Né dix ans après la disparition de sa soeur aînée, morte d'une pneumonie à l'âge de deux ans, il se sait choyé à l'excès par sa mère, Marie-Louise. "A mon retour de l'école (...) elle allait jusqu'à préparer ma sucette en enlevant le papier pour m'éviter toute fatigue inutile", se souvient-il.
A 15 ans, il achète en cachette des livres d'art avec son argent de poche, songe à se convertir à l'hindouisme et explore, à l'insu de ses proches, le Musée Guimet consacré aux arts asiatiques, situé sur le chemin de son lycée. "J'ai continué à l'âge adulte à ne rien livrer de mes hobbies personnels, au point qu'on a fini par me croire
imperméable à toute culture. Un quiproquo que j'ai soigneusement entretenu, en laissant penser que je n'avais pas d'autres passions que les romans policiers et la musique militaire",
s'amuse Jacques Chirac .
Sa connaissance de l'Extrême-Orient - de la musique chinoise à la cuisine japonaise "kaïsaki" - le conduit naturellement à s'intéresser aux combats de sumotoris, une passion qui sera un jour brocardée par Nicolas Sarkozy.
"Leur rituel est pour moi une leçon de vie: celle qu'il ne faut jamais lâcher prise et qu'on doit se battre jusqu'au bout", explique Jacques Chirac dans "Chaque pas doit être un but".
"Honey child"
Persuadé qu'une "autre vie est possible", il s'embarque à 17 ans sur un cargo charbonnier, le Capitaine Saint-Martin, en partance pour l'Algérie. Il y gagnera "le goût de l'aventure et l'amour des grands espaces" et y perdra sa virginité, dans la casbah d'Alger.
A l'été 1953, il part pour les Etats-Unis. Il fait la plonge dans le sous-sol d'un restaurant de Boston, devient le chauffeur d'une riche vieille dame. Il tombe amoureux de la Nouvelle-Orléans et d'une "jeune fille ravissante", Florence Herlihy qui le surnomme "Honey child".
Leur idylle prend fin avec l'automne, victime des objections familiales, de part et d'autre de l'Atlantique: "Ma mère (était) littéralement horrifiée à l'idée d'avoir une bru américaine qui roule en décapotable".
Rentré en France, il intègre l'ENA, qu'il n'aime guère, et, juste avant d'être envoyé en Algérie, épouse Bernadette de Courcel qui fut "d'emblée confrontée à une vie de couple peu ordinaire".
"Son intuition, sa capacité d'écoute et son sens politique (...) lui valent souvent d'avoir raison avant tout le monde, moi compris", salue l'époux Chirac . "Nous sommes restés indissociables (...). Les aléas de la traversée n'y ont rien changé".
En cinq pages poignantes, il revient sur le "drame" de l'anorexie mentale de sa fille aînée, Laurence, et ses multiples tentatives de suicide, dont il n'a "longtemps pas parlé (...) parce qu'il ne sert à rien d'exhiber ses souffrances en public".
Selon certains médecins, le mal dont souffre Laurence pourrait trouver sa source dans la "frustration que l'enfant, dès son plus jeune âge, a pu éprouver dans les rapports avec son père".
"N'ai-je pas été assez présent pour elle?", s'interroge Jacques Chirac , qui, alors maire de Paris, s'efforcera de venir déjeuner avec sa fille tous les jours "pour l'entraîner à se nourrir, mais en vain". De cette "épreuve", il dit avoir tiré une "conscience plus
aiguë du désarroi des familles confrontées au handicap" dont il fera l'un de ses grands chantiers présidentiels.
Laure Bretton (Reuters)
-> "Chaque pas doit être un but. Mémoires T.1" Jacques Chirac (512 pages, Nil éditions)
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