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RENTREE LITTERAIRE 2008

02/09/2008 | 14:16 par Anne BRIGAUDEAU

Romans de l'automne : premières recommandations

- Trois livres de la rentrée 2008 : "Le soldat et le gramophone", "La Porte des Enfers", "La beauté du monde" -

Trois livres de la rentrée 2008 : "Le soldat et le gramophone", "La Porte des Enfers", "La beauté du monde"

© France 2

Septembre sonne le gong de la rentrée littéraire avec la sortie des premiers romans, sur 676 annoncés

Premiers coups de coeur pour Laurent Gaudé, qui revisite le mythe d'Orphée dans "La porte des enfers" (Actes Sud), mais aussi pour "Le soldat et le gramophone", oeuvre drôle et terrifiante sur la guerre de Yougoslavie, vue par les yeux d'un enfant et pour le prodigieux "Là où les tigres sont chez eux" de Jean-Marie Blas de Roblès.

Saluons également "La beauté du monde" de Michel Le Bris, récit au long cours qui nous emmène sur les traces d'un couple d'explorateurs américains des années 20, Osa et Martin Johnson, et l'inquiétant dernier roman de François Vallejo, "L'incendie du Chiado", dans le Lisbonne en feu de la fin août 1988.

Plus proches dans le temps et dans l'espace, les romans de Colombe Schneck ("Val-de-Grâce", Stock) et de Stéphanie Janicot ("Dans la tête de Shéhérazade", Albin Michel),  s'inscrivent dans une même rue du cinquième arrondissement, celle du Val-de-Grâce. Sinon ? ils ont peu à voir, sauf, peut-être une foi qui s'obstine dans l'avenir, même incertain. Une foi qui fait défaut, malgré le titre, dans "Un brillant avenir", le dernier livre de Catherine Cusset, plus sombre qu'il n'y paraît.

Ci-dessous sept critiques de romans de la cuvée d'automne 2008 qui nous emballé, touché, séduit ou plus simplement fait ouvrir les yeux, différemment, sur le monde.

 
Le soldat et le gramophone (Sasa Stanisic)

Vue par les yeux d'un enfant, la guerre n'est pas seulement tragique, elle est d'abord absurde. "Le soldat et le gramophone" est le récit à la première personne d'Aleksandar, qui a vu voler en éclats la Yougoslavie de son enfance. Celle, mythifiée, de Tito, telle qu'elle était racontée par son grand-père, fidèle du parti. Celle, réelle, de familles réunies autour d'un banquet, peu soucieuse de l'origine serbe des uns ou bosniaque des autres.

Le roman s'ouvre sur une scène digne de Kusturica, l'inauguration en grande pompe de toilettes neuves chez les grands-parent sur fond de banquet, rire, musique et repas à n'en plus finir. "Il y a  soudain du börek, de la pita aux pommes de terre, de la pita aux orties, de la pita au potiron, du gâteau aux noix...il n'y a pas d'ordre, les plats ne se suivent pas, sans arrêt, quelqu'un dit qu'il ne peut plus rien avaler, pas même une bouchée..." Fête et musique sont brutalement interrompues par un des convives,  qui brandit son pistolet face au trompettiste et hurle : "Chantez les exploits de nos rois et de nos héros, nos batailles et la Grande Serbie !"..."Je ne laisserai pas plus longtemps des Bohémiens me servir des chants oustachis et des gigots turcs"...La colère annonce d'autres orages. Et des questions alors inconnues : "Ver de terre m'avait demandé : T'es quoi en fait toi ?" Serbe, bosniaque, croate ?

L'enfant narrateur, qui se croyait jusque là yougoslave, se découvre à moitié bosniaque : "Dans la rue, un garçon m'a traité de bâtard. Il prétend que ma mère a empoisonné mon sang serbe". Par chance, face aux soldats serbes, il apprend aussi qu'il porte "un nom parfait" (Aleksandar). Contrairement à ceux qui ont été emmenés "parce qu'ils n'avaient pas le nom qu'il faut" - ils s'appelaient Aziz, Husein ou Fadil. Avec sa famille, l'enfant fuit la guerre en Allemagne : "Quand on me demande d'où je viens, je dis que c'est une question compliquée parce que je viens d'un pays qui n'existe plus à l'endroit où j'ai vécu."

C'est en Allemagne qu'il va vivre son adolescence. Tenter de savoir si Asina, l'enfant blonde bosniaque cachée avec lui lors de l'arrivée des troupes serbes, a survécu. Et se souvenir d'une enfance heureuse, à pêcher le silure sur les bords de la Drina et à brandir la badine taillée par grand-père Slavko pour en faire une baguette magique. "En portant le chapeau et en brandissant ta baguette, tu seras le plus puissant magicien du possible et de l'impossible dans l'ensemble des Etats non-alignés," lui avait-il dit.  Magnifique premier roman, écrit en allemand, langue de l'exil, "Le soldat et le gramophone" mêle aux horreurs de la guerre les enchantements de l'enfance. Dans une Europe en construction et en déconstruction, Sasa Stanisic, tout juste trentenaire (il est né en 1968), promet d'être, en littérature, "un puissant magicien du possible et de l'impossible".  

-> "Le soldat et le gramophone" Sasa Stanisic (Stock, 376 pages, 21,50 euros. Traduit de l'allemand par Françoise Toraille. Parution le 20 août)

 
Là où les tigres sont chez eux (Blas de Roblès)

Le prodigieux roman de Jean-Marie Blas de Roblès, "Là où les tigres sont chez eux", a déjà reçu un des premiers -et des plus vendeurs- prix littéraires de la saison, le prix Fnac 2008.

Une récompense plus que justifiée pour cet ample roman (quasiment huit cents pages) qui entremêle savamment plusieurs histoires, entre le Brésil d'aujourd'hui et l'Europe déchirée de la guerre de Trente ans.

Le héros, Eleazard von Wogau, vague correspondant de presse français au fin fond du Nordeste brésilien, s'attache à reconstituer la vie d'Athanase Kircher (1601-1680), esprit encyclopédique, jésuite curieux de tout, déchiffreur de hiéroglyphes, passionné de la Chine, avide d'expériences scientifiques sans limites (la machine volante de Léonard de Vinci, testée sur des condamnés à mort, l'alarme dans les cimetières pour les enterrés vifs, qui sera plutôt actionnée par les asticots...).

Mais, plus encore que la fascinante figure de ce "professeur, astronome, physicien, géologue&géographe, spécialiste des langues, archéologue, égyptologue, théologien", le roman captive le lecteur par ses héros contemporains, happé par un Brésil multiple, souvent violent et parfois enchanteur.

Plusieurs récits s'entrecroisent: celui d'Eléazard, séparé de sa femme Elaine, et amoureux d'une belle Italienne, Loredana, porteuse d'un lourd secret. Celui d'Elaine, partie avec d'autres scientifiques à la recherche de fossiles dans la jungle du Mato Grosso :  une expédition ultra-dangereuse conduite par un ancien nazi et interrompue par des tribus indiennes, dans une nature hostile.

Il y a encore l'histoire de la fille d'Elaine et Eleazard, Moéma, qui aime les filles et les garçons, la drogue et les plages reculées du Nordeste, où les pêcheurs peinent à gagner leur vie. Moins cependant que Nelson, l'"aleijadinho" ("handicapé" et"allégé") qui survit par la mendicité dans une favela de Fortaleza.

Comme dans un roman-feuilleton du XIXème siècle, il y a  des bons et des méchants, du rire et des larmes, de la truculence et de l'érudition. Des images qui vous emplissent longtemps la tête, de la frêle "jangada" qui vogue sur les rouleaux de l'Atlantique à l'"inselberg" (île au sommet de la montagne) qui surgit au milieu de la jungle. Et des notations qui vous enchantent ("piranha" : "étymologiquement "porte du clitoris") ou vous désolent tour à tour, ou simultanément : "Les champions de la faim : La punaise - vit plusieurs mois sans s'alimenter. Le tatou - presque un an sans rien manger. Le serpent - plus d'une année à se repaître seulement de son venin. Le Nordestin - la vie entière à se nourrir d'espérance". Résumons : huit cents pages de bonheur.

-> "Là où les tigres sont chez eux" Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma, 24,50 euros)

-> Voir aussi :
. notre article précédent :  Un pavé publié chez Zulma, futur best-seller ?
  le site de Jean-Marie Blas de Roblès

 
La beauté du monde (Michel Le Bris)

 "La beauté du monde ! Vous le savez bien, vous autres, quand elle vous a ébloui un jour, celle-là, elle ne vous lâche plus. Et vous ne vivez plus que pour l'éprouver de nouveau, comprendre son mystère."

Qu'est-ce qui a poussé Michel le Bris à retracer l'odyssée d'Osa (1894-1953) et Martin Johnson (1884-1937) , couple intrépide d'explorateurs américains parti dans les années 20 à la découverte d'un Kenya largement inconnu, alors sous coupe anglaise ?

Probablement (voir interview ici) un compréhensible emballement pour l'histoire extraordinaire d'un couple extraordinaire : Martin Johnson, l'aventure chevillée au corps, s'enfuit tout enfant par le premier train, puis, dans sa prime jeunesse, suit Jack London dans ses périples avant de découvrir la photo et surtout le cinéma, encore à ses débuts.

Après une première expédition dans la jungle de Bornéo avec la jeune Osa, fraîchement épousée et tout juste sortie de son Kansas natal,  Martin revient à New York, le New York des roaring twenties, de la prohibition, du jazz et des "flappers", ces jeunes branchées qui, dans le sillage de Zelda Fiztgerald, osent tout, en jupes courtes et coiffure "à la garçonne", pour défier l'ennui. Tandis qu'Osa découvre Harlem où s'invente une nouvelle musique, Martin, lui, tente de convaincre des producteurs de financer sa prochaine expédition.

L'explorateur trouvera l'argent et partira vers cette Afrique rêvée pour en ramener des images inédites et inouïes. L'Afrique de tous les dangers : "Parce qu'un lion chassé à pied, il vous charge à partir de trente mètres . Trente mètres ! Ca vous laisse deux secondes pour tirer. Trois au maximum, s'il est un peu mollasson." L'Afrique des matins du monde, paysages splendides, gazelles, félins, girafes, éléphants, rhinocéros s'abreuvant aux mêmes lacs... L'Afrique aussi de la colonisation anglaise, des premières révoltes, des revendications oubliées. Qui sait encore, hormis Michel Le Bris, que des Indiens réclamaient aux Anglais le Kenya comme terre de peuplement ?

En se glissant dans la peau de Winnie, écrivaine débutante chargée de retracer la vie d'Osa, Michel Le Bris, qui aime l'air du grand large (lui qui créa le festival Etonnants voyageurs à Saint-Malo) nous offre un rebondissant roman d'aventure : sous sa plume, cette histoire vraie se fait épopée.

-> "La beauté du monde" Michel Le Bris (Grasset, 679 pages,  21,90 euros. Parution le 19 août).

 
La Porte des Enfers (Laurent Gaudé)

Réécrire le mythe d'Orphée, franchir la porte des enfers, il fallait oser. Laurent Gaudé s'est attaqué à un thème périlleux, il en sort largement vainqueur. 

Comme ses oeuvres précédentes, également parues chez Actes Sud,  ("Le soleil des Scorta", Goncourt 2004, "Eldorado" en 2006), le roman se situe dans l'Italie du Sud chère à l'auteur, à Naples précisément. Le roman débute sur une fusillade où un enfant, emmené par son père à l'école, est fauché par une rafale qui ne le concernait pas. La mafia règle ses comptes, parfois en aveugle.

La douleur du père lui fera accomplir l'impossible. Ne dévoilons pas l'intrigue de ce livre qui fait appel aux profondeurs des mythes et au tragique d'un Mezzogiorno trop souvent endeuillé par la violence.  Pas de psychologie : des sentiments et des émotions à vif, à nu. La mère refermée sur sa douleur. L'érudit qui aime trop la jeune chair. Et le serveur qui "sait faire les cafés pour chaque désir, chaque humeur", avant d'accomplir le devoir de sa vie. Une oeuvre coup de poing, brutale et douloureuse, et un des livres choc de la rentrée. 

-> "La porte des Enfers" Laurent Gaudé (Actes Sud, 19,50 euros. Parution le 20 août.)

 
L'incendie du Chiado (François Vallejo)

Ce qu'il y a de bien avec François Vallejo, c'est son mauvais fond. Les lecteurs d'"Ouest" me comprendront : il y a dans ses romans peu de croyance en la bonté de l'homme. Creusez les motivations, vous tomberez sur du trouble, du ranci, du pas net.

Son dernier roman, "L'incendie du Chiado" se déroule à Lisbonne, le 25 août 1988 et les jours suivants. Le feu a pris dans le vieux quartier de la capitale portugaise. Les pompiers, rapidement, en interdisent l'accès. Pourtant, quelques personnes errent dans les rues interdites.

Il y a là Agustina, qui cherche sa fille. Toutes deux avaient rendez-vous, paraît-il, aux "Grandes Armazens do Chiado" (Grands magasins du Chiado). Même un jour pareil ? Même un jour pareil. Il y a Eduardo, le photographe. A la recherche d'un scoop, forcément. De la photo qui fera la une des magazines.  Il y a aussi le vieux Carneiro, qui veut veiller sur son appartement, quoiqu'il arrive. Et le Français qui avait décroché pour la première fois un rendez-vous avec un "interlocuteur sérieux" ce matin là. Pour un travail ? Ou pour éclaircir un mystère familial qui lui tient à coeur ? Et il y a Juvénal. Le très étrange Juvénal, qui sort avec désinvolture son briquet au milieu des flammes.

Mais sont-ils là vraiment pour ce qu'ils avancent, ces hommes et cette femme qui bravent les autorités ? Agustina cherche-t-elle vraiment sa fille ?  Carneiro veut-il réellement protéger sa maison des pillards ? Et Juvénal, le plus malin, celui qui devine  les autres sans se dévoiler , avant de leur parler, tout de même, du Mozambique de son enfance, qu'il a bien fallu quitter, comme l'Angola, comme les autres colonies portugaises ?  Ils mentent tous, avant de se livrer parce qu'il faut bien se délivrer, dans un style sec qui dépouille les personnages de leur faux-semblant. Le coeur mis à nu, chez Vallejo, est rarement aimable. Son roman n'en est que plus fort.

-> "L'incendie du Chiado" François Vallejo (Viviane Hamy, 222 pages. Parution le 20 août.)

 
Val-de-Grâce (Colombe Schneck)

"Est-ce qu'on me pardonnera d'avoir été aimée à ce point ?" proclame insolemment la quatrième de couverture du dernier roman de la journaliste Colombe Schneck, Val-de-Grâce.

Le ton est trouvé : la narratrice raconte une enfance de rêve. "L'argent n'existait pas. Il n'y avait ni abondance ni souci. On n'en parlait pas. J'ai dix ans et je pose la question à mon père : "on est riches ou on est pauvres ? Il répond "On est moyens". Je crois que c'est vrai, les autres vivent comme nous".

Une enfance qui se déroule rue du Val-de-Grâce, petite rue tranquille du 5ème arrondissement, à deux pas du Luxembourg. A huit ans, la petite fille, qui ignore tout de "la vraie vie, celle où l'on meurt et où l'on travalle" rêve de rencontrer Fred Astaire. Qu'à cela ne tienne : son père écrit  à l'acteur américain. "Lui accorderiez-vous une danse ?" C'est oui, et l'enfant s'envole pour Los Angeles. Dans ses bagages, une robe jaune pâle, comme celle de Ginger Rogers. Refuse-t-elle d'apprendre une poésie sur le monstre du Loch Ness, parce que "c'est trop idiot" et que "le monstre n'existe pas" ? Son père la convainc, lui promettant de l'emmener en Ecosse aux bords du Loch Ness.

Colombe Schneck l'a deviné, tant de bonheur frôle l'indécence. Elle le sert entre deux tranches de malheur : le cancer de sa mère, qui succombera, et l'enfance ballottée de ses parents, fuyant la Shoah. Ce livre qui frôle toujours l'overdose - trop de bonheur, trop de richesse, trop de malheur - parvient à se maintenir sur le fil : est-ce la simplicité de l'écriture ? Les touches d'humour ? L'habileté à jouer avec l'excès, mais aussi la retenue ? Val-de-Grâce est une réussite, un petit bonheur de 140 pages, émouvant et maîtrisé.

-> "Val-de-Grâce" Colombe Schneck (Stock, 139 pages, 14,50 euros.Parution le 20 août.)

 
Un brillant avenir (Catherine Cusset)

La veine mélancolique l'a emporté,  dans le dernier roman de Catherine Cusset, sur la veine humoristique qui caractérisait "Confessions d'une radine" ou de "La haine de la famille".

"Un brillant avenir" est le récit éclaté de la vie d'Elena, née à la fin des années 30 en Bessarabie. Elle grandit dans la Roumanie communiste, s'éprend d'un jeune homme juif, Jacob, parvient à fuir avec lui en Israël le régime de Ceausescu, puis part pour les Etats-Unis avec Jacob et leur fils, Alexandru.

Malheur ! Devenu grand, Alexandru s'éprend d'une jeune française, Marie, et Elena devenue Helen redoute plus que tout que cette étrangère ne lui ravisse son fils pour l'emmener en France.

Le roman  va et vient entre le Bucarest des années 50 et 60 et le New York de la fin du XXe siècle et du début du troisième millénaire. Un fil conducteur, l'existence d'Elena. Elena, élève brillante devenue ingénieur, constamment ravagée par l'angoisse. L'angoisse des persécutions antisémites en Roumanie, l'angoisse de la guerre en Israël, l'angoisse de se faire voler son fils unique aux Etats-Unis, l'angoisse de voir son mari perdre la tête. Avec le savoir-faire qui est sa marque et cette écriture épurée de normalienne qui a choisi la simplicité, Catherine Cusset nous vrille à cette angoisse, rend attachante cette Elena qui a tant de travers, possessive, impérieuse, anxiogène. Une vie de femme se transforme sous nos yeux et devient de plus en plus dense, à chaque épreuve traverséee. Quand le livre est refermé, Elena a intégré notre univers.

-> "Un brillant avenir" Catherine Cusset (Gallimard, 369 pages, 21 euros. Parution le 25 août.).

 
Dans la tête de Shéhérazade (Stéphanie Janicot)

Elle a tout pour elle, Stéphanie Janicot : belle, talentueuse, imaginative. Pas étonnant que son dernier roman, "Dans la tête de Shéhérazade",  se réfère à la plus connue des conteuses orientales.

Mais son héroïne, également prénommée Shéhérazade, est plus contemporaine que celle des Mille et une Nuits, jusqu'au cliché parfois : excellente élève admise dans le meilleur des lycées parisiens au nom de la "discrimination positive", elle devient, une fois ses études achevées, présentatrice d'une émission de télé en vue, une de ces émissions où l'on vient déballer sa vie, sa dépression, ses complexes, ses angoisses.

A 30 ans, la Shéhérazade qui a réussi au-delà de ses ambitions d'enfance a envie de revenir sur ses 15 ans. Dans ce lycée d'excellence où elle ne se sentait pas au niveau, elle s'était liée d'amitié avec deux des adolescents les plus doués d'une classe qui n'en manquait pas : Sophie et Aubin, à qui viendra s'ajouter Ariane, en voie de rémission d'un cancer. Un trio qui va concocter une machine infernale contre la mère de Sophie, soupçonnée d'aveuglement coupable envers son mari adultère. Souvenirs, souvenirs... Pourquoi Shéhérazade n'inviterait-elle pas, quinze ans, plus tard, Sophie et Aubin à une émission intitulée "Rêves d'adolescents"? D'autant qu'elle meurt d'envie de connaître les destins des surdoués d'hier. Que sont-ils devenus ? Ecrivains célèbres, profs d'université ?

Tout le roman est un aller-retour entre l'aujourd'hui de Shéhérazade -à qui presque tout sourit, sauf son couple menacé - et cet hier plein d'amour dans un café du Val-de-Grâce, entre un père marocain qui a tout sacrifié pour elle -sa mère est morte - et une famille parfois envahissante, dont une des branches, en banlieue parisienne, accumule les problèmes.

S'il n'évite pas les écueils d'images toutes faites, "Dans la tête de Shérérazade" se dévore, tant la conteuse tient habilement le fil du récit, et sait en manier les ficelles. On retrouve aussi ici quelques obsessions chères à la romancière, notamment une prédilection pour les filiations électives et les dénouements heureux, qui finissent de conquérir le lecteur.

-> "Dans la tête de Shéhérazade"  Stéphanie Janicot (Albin Michel, 313 pages. Parution le 21 août.)

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