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LECTURES DE VACANCES

10/08/2008 | 13:53 par Anne BRIGAUDEAU

Dix livres pour un bel été

Vous faites partie des aoûtiens ? Quelques suggestions de romans à glisser dans votre valise estivale ...

Des oeuvres qui vous mèneront de la mer du Nord aux confins de l'Anatolie, et de la montée des dangers dans l'Europe des années 30 aux ivresses de Sagan à toute allure dans son Aston Martin.

 
L'enfant des ténèbres

 "Par la main du diable" nous avait emballé. Sa suite, "L'enfant des ténèbres", est à   la hauteur : un haletant roman d'amour et d'espionnage dans les années trente, entre montée du nazisme en Allemagne et du fascisme en Italie.

L'héroïne, Camille, pleure un ami perdu dans l'Amérique de la dépression.  Un photographe fraîchement immigré aux Etats-Unis, avec qui elle avait arpenté l'Alabama sombrant dans la misère.

De retour à Paris, de nouvelles amours et de nouveaux dangers attendent l'héritière de la famille Galay, à l'issue de ses retrouvailles avec son amie hongroise, Magda, en lutte contre le régime fascisant du dictateur Horthy.

Et à quel (double ou triple) jeu se livre la belle Julia, espionne fascinante évoluant dans le sillage des diplomates et manipulant de troubles ficelles, de sa chambre du Lutétia ?

Partout en Europe s'organisent de sombres chasses à l'homme, résistants ou démocrates tentant de défendre les libertés et de prévenir les périls qui s'élèvent.

Croisant avec brio des destins sans cesse menacés, la romancière s'est fait plaisir et nous fait plaisir sur sept cents pages, avec une maîtrise et une virtuosité rares. Un récit où affleure une fine connaissance du cinéma et de la photo, en plein essor entre les deux guerres. Un bonheur supplémentaire.

-> L'enfant des ténèbres Anne-Marie Garat (Actes Sud)
-> Et aussi, dans la collection de poche Babel, "Par la main du diable", premier tome de cette saga

 
Le chevalier de la Barre

Qui n'a pas lu, comme Sartre enfant, la série des "Pardaillan" de Michel Zevaco ne sait pas ce qu'est un vrai héros - courageux, moqueur, intraitable défenseur de la veuve et de l'orphelin, en guerre contre tous les pouvoirs (religieux, monarchique...) et toujours du côté du petit peuple opprimé.

Les éditions Phébus ont eu la bonne idée de rééditer dans leur collection de poche Libretto "Le Chevalier de la barre", ce noble de 19 ans condamné et exécuté (souvenez-vous de Voltaire) le 1er juillet 1766, pour ne s'être pas découvert au passage d'une procession catholique.

Michel Zevaco en fait un héros qui ressemble à son Pardaillan, en plus jeune et moins invincible. Vous narrera-t-on ici les amours du chevalier et de Belle-de-Mai? Et les horreurs auxquelles peut se livrer un prêtre dévoyé et libidineux (un pléonasme, chez Zevaco)?

Non, puisque vous les lirez. Un vrai sucre d'orge que ce feuilleton publié en 1899 dans l'anarchiste "Journal du peuple", avec ce fond anticlérical qui nous ravit toujours. Citons à titre d'exemple une seule phrase, la dernière du roman :"car qui peut se flatter de toucher le fond de la douleur dans un coeur de femme, lorsque cette douleur a été creusée par la main criminellement savante, odieusement habile de l'un de ces monstres d'iniquité, d'hypocrisie et de férocité que l'on appelle un prêtre ?"

-> "Le Chevalier de La Barre" Michel Zévaco (retrouvé et préfacé par Bayon, éditions Phébus libretto)
-> Lire aussi la série des "Pardaillan", en collections Bouquins (Robert Laffont).

 
Sagan à toute allure

La sortie du film de Diane Kurys offre un prétexte idéal à se plonger dans l'excellente biographie de Marie-Dominique Lelièvre parue en début d'année chez Denoël. Elle emprunte la  grâce à son sujet. "Pour écrire ce livre", explique-t-elle en préambule, "je n'ai pas passé des milliers d'heures à interroger tous ceux qui se sont trouvés à un moment ou a une autre sur son passage éclair. Je me suis concentrée sur une cinquantaine de témoignages et en premier lieu le sien. Je l'ai lue et relue. J'ai rencontré ses amis les plus chers...J'ai visité ses maisons, feuilleté ses livres et ses dictionnaires, consulté ses manuscrits et sa garde-robe, sa discothèque et dormi dans son lit. Ce livre est un récit de voyage au pays de Sagan".

Un voyage qui est celui de toute une génération : celle qui a connu, enfant, l'horreur de la guerre et entend désormais vivre vite. Voici le trop doué et si dilettante Bernard Frank, payé des années par Julliard pour écrire un roman qui ne vit jamais le jour. Voici la délicieuse Florence Malraux, fille d'Andrée et de Clara, femme d'Alain Resnais, ange bienfaisant qui tente d'apaiser les tourmentes. Voici le voltigeant Jacques Chazot qui complète la brillante bande de Sagan, si drôle, si vive, si impressionnante que le polytechnicien Claude Perdriel (patron et principal actionnaire du "Nouvel Obs") craint d'y jouer les balourds de service.

Mais les fêtes elles-mêmes perdent de leur éclat. Depuis son accident de voiture à 22 ans, en Aston Martin, Sagan est accro à la morphine. S'y ajoute ou s'y substitue l'alcool, puis la cocaïne. Ses amis se compromettent avec tout ce Paris compte de dealers pour lui fournir les substances qu'elle réclame. Lorsque la passion de sa vie, Peggy Roche, meurt d'un cancer, l'écrivain reste orpheline. En manque de tout : drogue, amour, affection. Ses droits d'auteur ne suffisent plus à combler ses dépenses, gouffre sans fond. Elle meurt ruinée, ne laissant à son fils que des dettes. Et à nous le souvenir d'une étoile filante dans le ciel littéraire de l'après-guerre. Merci à Marie-Dominique Lelièvre de nous l'avoir rendue si proche, si fragile et si lumineuse.

-> "Sagan à toute allure" Marie-Dominique Lelièvre (Denoël)

 
La princesse des glaces


Fort du succès de "Millenium", les éditions Actes Sud publient une nouvelle série de polars dans leur collection Actes Noirs, signée Camilla Läckberg, grimpée au top des ventes en Suède.

Le premier, sorti en mai, s'intitule "La princesse des glaces". Une jeune femme est retrouvée morte gelée dans sa baignoire. Meurtre ou suicide ? Ericka Falck, trente-cinq ans, mène l'enquête, avec ses états d'âme, ses inquiétudes et son coup de coeur pour un beau policier qu'elle connaît depuis l'enfance.

Camilla Läckberg ne vaut pas Stieg Larsson et son héroïne, Ericka, n'égale ni Mickael Bloqmvist ni Lisbeth Salander. Mais elle est sympathique et attachante, cette écrivaine mi-Sherlock Holmes mi-Bridget Jones qui découvre avec stupeur les pesanteurs provinciales d'une petite ville balnéaire, aux secrets chabroliens bien gardés. Servie encore fraîche, cette "Princesse des glaces" accompagnera sans peine votre sorbet préféré.

-> "La Princesse des Glaces" Camilla Läckberg (Actes Sud)
-> Et aussi : les trois tomes de "Millenium" de Stieg Larsson (Actes sud),
si vous ne les avez pas encore lus.

 
Des oiseaux sans ailes

De Louis de Bernières, vous avez adoré "La mandoline du capitaine Corelli" ? Précipitez-vous sur "Des oiseaux sans ailes", paru cette année en Folio : huit cents pages épiques sur le sort d'un paisible village d'Anatolie, au début du XXème siècle.

En 1900, la ravissante Philothei naît à Eskabatche et y grandit sous l'oeil amoureux du berger Ibrahim. Mais à l'issue de la Première guerre mondiale, l'empire ottoman se disloque, provoquant d'immenses mouvements de population - et le génocide arménien. Grecs, Turcs, orthodoxes et musulmans, qui y vivaient en paix depuis des siècles, se jettent les uns contre les autres. Là comme ailleurs, le nationalisme naissant se fortifie dans un bain de sang. L'amour survivra-t-il à la haine ?

Comme dans "La mandoline du capitaine Corelli", de pauvres destins individuels aspirant au bonheur sont broyés par le rouleau compresseur de l'histoire, mais rendus, et avec quelle vivacité et quel humanisme, par une plume attachante. Louis de Bernières mit dix ans à écrire ce roman que vous ne mettrez pas dix jour à lire.

-> Des oiseaux sans ailes Louis de Bernières (Folio)
-> Et aussi : "La mandoline du capitaine Corelli" Louis de Bernières (Folio)

 
Nous sommes cruels

Réécrire "Les liaisons dangereuses", en prenant pour héros de (brillants) lycéens parisiens, il fallait oser : Camille de Peretti l'a fait.

Ses personnages, Julien, Camille, parfaites têtes à claques, manipulateurs de cours de khâgne qui font fi des sentiments des malheureux croisés sur leur chemin, ont le sens de la réplique et de l'écriture. Ils ont moins le goût de l'humain et l'apprendront à leurs dépens.

Au delà des citations empruntées au grand Cholderlos de Laclos ("Eh bien la guerre" ?" La guerre"), l'exercice est brillant, bien mené, entraînant. Ne vous refusez pas -pour 6,50 euros - ce poche de 250 pages au goût de fruit acide. Il vous changera des sucreries douceâtres accumulées en piles épaisses en librairie, quand vient le temps des vacances .

-> "Nous sommes cruels" Camille de Peretti (Le livre de Poche)

 
Tissé par mille

De "sexe" à "style"et de "trop" à "cadeau", Camille Laurens passe 70 mots au crible dans "Tissé par mille".

En deux cents pages alertes (qui furent à l'origine 70 chroniques diffusées sur France Culture en 2005 et 2006), la romancière propose moins un dictionnaire qu'un lexique allègre et subjectif où chaque mot est soupesé, regardé sous ces multiples acceptions, puis repassé au tamis de l'histoire.

Ainsi de "trop". Camille Laurens annonce tout net son intention "d'en découdre" avec  l'usage excessif qu'en font les moins de vingt ans. Agrégée et mère de famille, elle entend remettre de l'ordre : "personnellement, chaque fois que ma fille s'exclame qu'elle est "trop contente" ou que le contrôle de grammaire était trop facile, j'y vais de mon petit couplet - qu'on ne saurait être trop content, qu'on est seulement très content...Quand j'ai le temps, j'en rajoute une couche : que trop vient du latin troppus, "troupeau", ce qui n'est pas étonnant quand on voit tous les moutons qu'il engendre. "Maman, dit-elle alors, t'es trop forte !"

Hélas, trois fois hélas ! Emportée par sa conscience professionnelle, l'écrivain a vérifié de plus près l'emploi du mot par les meilleurs auteurs. Et qu'a-t-elle noté ? Chez Racine : "rendons-lui les honneurs qu'il a trop mérités" (Phèdre). Chez Madame de Sévigné : "Elle est trop jolie". Les jeunes auraient-ils raison contre leurs aînés pontifiants ?

Dans cette balade en vocabulaire, Camille Laurens rappelle quelques étymologies oubliées. "Précaire" signifie ainsi "obtenu par prière". Et  "comme le remarque Rivarol,"cela prouve le peu qu'on obtient par la prière".

Un vrai plaisir que cette série de textes courts, même s'ils sont parfois inégaux. Ils permettent, à la manière de ceux d'Alain Rey,  de se replonger à la source de la langue et de faire ressurgir des richesses sémantiques méconnues.

Signalons par ailleurs la réédition en Folio de "Philippe" publié en 1995 par la romancière. Un bref récit bouleversant sur la mort de son enfant, quelques heures après sa naissance.  "On peut bien dire qu'on est malheureux, mais on ne peut pas dire le malheur... Le malheur est toujours un secret. »

-> "Tissé par mille" Camille Laurens (Gallimard, 229 pages, 16,90 euros)
-> "Philippe" Camille Laurens (Folio, 96 pages, 4,80 euros)

 
Tout Desproges

D'accord, ça pèse près de 3 kg. Mais si vous restez chez vous, quoi de mieux à picorer que l'intégrale Desproges constituée avec bonheur par les éditions du Seuil, à l'occasion des vingt ans de sa mort ? 

Feuilletez au hasard : rien que du bonheur. Tout résonne encore aujourd'hui.  Voir, dans "Fonds de tiroir". "E" comme Epiphanie  : "7 janvier 1980. Guidés par leur bonne étoile, 50.000 rois mages sont arrivés à Kaboul." C'étaient alors les Russes (encore soviétiques). "E" comme "Egocentrisme" : "François Mitterrand est tellement égocentrique que, quand on  ne parle pas de lui, il croit qu'il n'est pas là".

Parcourir ce livre permet de revenir sur toute une vie. Après avoir rédigé à l'"Aurore" des brèves acides dévorées par les amateurs,  dont Françoise Sagan, Pierre Desproges débutait à la télévision dans "Le Petit rapporteur" de Jacques Martin en 1975. Mais c'est en procureur  du "Tribunal des flagrants délires" (1980-1983) sur France Inter, aux côtés de Claude Villers et de Luis Rego, qu'il s'est gagné une immense popularité.

Pour rien au monde, les auditeurs captifs n'auraient raté ses entrées en matière : "Françaises, Français, Belges, Belges, socialistes, socialistes, public chéri mon amour". Sans oublier: "Bonjour ma hargne, salut ma colère et mon courroux coucou". Ils restaient suspendus à son implacable réquisitoire jusqu'à la conclusion : "Donc" l'accusé (Reiser, Gisèle Halimi, Jean d'Ormesson, parmi tant d'autres ...)- est coupable, mais son avocat vous en convaincra mieux que moi".

Souvenez-vous, par exemple, de ce 3 septembre 1982 où il s'attaqua à Daniel Cohn-Bendit pour finir sur un verdict sans appel : " Oui, cet homme qui mange le sein des Françaises est à la fois psychotique et névrosé. A l'intention des imbéciles et des électeurs de gauche qui nous écoutent par milliers, je rappelle la différence fondamentale qui existe entre un psychotique et un névrosé : le psychotique pense que deux et deux font cinq, et il en est absolument ravi. Alors que le névrosé, lui, sait que deux et dont font quatre, et il en désespéré..."

En 1982 toujours naquit sur France 3 une merveille d'humour comme la télé en produit parfois : "La nécessaire minute de Monsier Cyclopède". La seule énumération des titres plonge déjà les inconditionnels dans le fou-rire. Rappelons-en quelques-uns: "défendons la veuve contre l'orphelin" "ignifugeons Louis XVI", "évitons de sombrer dans l'antinazisme primaire". Et celui-ci qui revient comme un leitmotiv chez ce pessimiste feignant la gaieté : "Tuons le temps en attendant la mort", écho au célèbre "vivons heureux en attendant la mort".  Entre autres expériences scientifiques irréfutables, Monsieur Cyclopède prouva qu'il est possible d'"insonoriser une Andalouse", souhaitable de "jouer à colin-maillard avec un aveugle" et indispensable de "rentabiliser un général de brigade entre deux guerres mondiales".

Le 18 avril 1988, à 49 ans, après avoir longtemps nargué la maladie ("moi, j'ai pas de cancer, j'en aurai jamais, je suis contre"), Pierre Desproges a succombé au cancer qui le rongeait. Ca ne l'empêche pas d'avoir le mot de la fin ("Plus cancéreux que moi, tumeur") et de continuer à nous faire rire, post-mortem.

-> "Tout Desproges" éditions du Seuil
-> Et aussi (plus léger) : les oeuvres en Point Seuil.

 
Les enfants de l'empereur

Si vous goûtez Jay McInerney et les gratte-ciels de New York  comme décor romanesque, vous aimerez "Les enfants de l'empereur" de Claire Messud.

A Manhattan en 2001 se retrouvent trois trentenaires qui n'ont pas encore renoncé à leurs rêves, mais déjà mesuré la résistance du réel.

Il y a Marina la journaliste, Julius le pigiste gay, et la sérieuse Danielle en quête de l'âme soeur. Et la figure de Murray, le père de Marina, très influent dans l'intelligentsia new yorkaise...

Le 11 septembre bousculera faux-semblants et jeux de rôles, et précipitera dans l'Histoire et la tragédie ceux qui étaient restés des enfants immatures. Trois destins et le basculement d'un monde, magistralement contés sur six cents pages.

-> Les enfants de l'empereur Claire Messud (Gallimard)

 
Les années

Que retient-on, au cours d'une existence, de la mémoire collective ? Dans "Les années", Annie Ernaux se livre à ce délicat exercice: l'aller retour entre ce qui appartient à tous et ce qui n'appartient qu'à elle.

Le livre débute avec les réminiscences d'une France rurale des années 50 qui découvrait, avec la croissance, la médecine de masse : "on attrapait la gale, des poux, asphyxiés sous une serviette à la Marie-Rose. On grimpait à la file dans un camion de la radio pour la tuberculose en gardant manteau et cache-nez. On passait la première visite médicale en riant de honte d'être juste en culotte dans une salle que ne réchauffait pas la flamme bleue courant dans un plat rempli d'alcool à brûler sur la table â côté de l'infirmière...Les discours disaient qu'on représentait l'avenir".

Il se poursuit avec les années 60 désormais symbolisées, un peu vite, par 1968.  Sous la poussée d'une jeunesse qui n'en peut plus des blocages d'une société ultra-conformiste, le monde bascule.

Et Annie Ernaux de rendre, si vivace, le choc ressenti à la lecture du manifeste des "343" publié le 5 avril 1971 par le Nouvel Observateur. "On ne se souviendrait ni du jour ni du mois -mais c'était le printemps - seulement qu'on avait lu tous les noms, du premier au dernier , des 343  femmes -elles étaient donc si nombreuses et on avait été si seule avec la sonde et le sang en jet sur les draps -  qui déclaraient avoir avorté illégalement". Si seule",  elle a décidé, à partir de ce moment, de ne plus l'être, se jetant à corps perdu dans quelques-uns des combats des années 70, notamment en militant avec le MLAC (mouvement de libération de l'avortement et de la contraception).

Mais l'ouvrage, jusque là fluide et passionné, faiblit au tournant des années 80 - divorce sur le plan privé, arrivée au pouvoir, dans la sphère publique, d'une gauche tant attendue avec l'élection de François Mitterrand à l'Elysée en mai 81. Le récit s'enlise, au fur et à mesure que la narratrice prend de l'âge. Moins d'empathie avec un monde moins en phase avec l'écrivain ? Si certaines formules restent percutantes, les ères Mitterrand, puis Chirac, nous sont rendues comme un édredon dans lequel on s'enfonce et s'endort.

La romancière a-t-elle réussi son pari de "saisir cette durée qui constitue son passage sur la terre à une époque donnée, ce temps qui l'a traversée, ce monde qu'elle a enregistré  rien qu'en vivant" ?  Oui, mais le récit ne garde sa flamme que le temps de la jeunesse.

-> "Les années" Annie Ernaux (Gallimard, 241 pages, 17 euros)

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